gruyeresuisse

24/03/2019

Redécouvrir Max Kohler

Kolher Bon bon.pngMax Kohler,"Ellipse, préambule", Circuit, Lausanne, jusqu'au 23 mars 2019.

 

Max Kohler est resté méconnu trop longtemps en dehors de la région jurassienne et soleuroise. L'artiste a pratiqué la gravure, la peinture et l'art monumental souvent avec génie tout en transférant ses découvertes d'un médium à l'autre. Il creusa la matière picturale avant de l'étaler par larges coups de pinceaux multidirectionnels qui le rapproche de Cobra. Il s'orienta aussi vers des plans déliés de ses linogravures et gravures sur bois.

Kohler Bon 2.jpgApparaissait tout un monde souvent monstrueux puis il s'orienta vers la création d'architectures plus ou moins théâtrales. Tout joue entre un art monumental et la gravure et peinture avec astres et rosaces ornementaux peints sur des tentures. Existe aussi une fantaisie où des plans en relief sont construits pour improviser avec la perspective et afin de créer des perspectives "indéfendables" et des errements afin que les yeux du regardeur s'ouvrent.

 

Kohler Bon.jpgL'artiste poussa toujours des modifications ludiques pour brouiller formes et des genres. Et non sans ironie dans une pratique artistique multiforme. Fidèle - mais par la bande - au pur esprit dadaïste, le "moi" n'est jamais au centre de son oeuvre et des ses motifs. Au sein de ses manœuvres tout est construit  afin de brouiller les pistes par des artifices visuels de mise en scène. Le "genre" n'est donc plus impératif. Il s'éteint, il sombre. L'image invente des programmations intempestives pour un devenir plus intense qui cesse de nous "parler".

Jean-Paul Gavard-Perret

15:07 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

20/03/2019

Sebastian Stadler : subversion des motifs

Stadler.jpgSebastian Stadler, "Travestines, Heinzer-Rezsler, Lausanne, du 29 mars au 4 mai 2019.

 

L'œuvre du zurichois Sebastian Stadler crée des zones de potentialité. Elles se distinguent de toutes les figures de représentation dont les photographies incarnent pourtant l’apparence visible. Tout concourt à excepter l’évidence directe pour d’autres figures plus denses, mouvantes, expressives. Surgit une corporéité particulière, alchimique par "erreurs" d'optique pour atteindre l'impénétrable dans le réel.

 

Stadler 2.jpgL’œuvre se veut exaltation, elle est de l’ordre de la célébration mais demeure en état de guet. Nous sommes là dans la situation contradictoire d’avoir affaire à un monde et à son absence. Les éléments juxtaposés sont à la fois enfermés et ouverts en un schème d’immanence, de dispersion et de concentration et aussi d’énergie constitutive de ce qui a priori échappe à la forme.

Stadler 3.jpgChaque élément est inclus en elle sans véritablement «la rencontrer». Tout est en rapport mais de manière solitaire. Il existe une approche sensorielle mais aussi une séparation. Cela permet l’épanouissement d’un phénomène de pollinisation sombre et habitée. Stadler crée un contact avec l'au-delà ou l'en-deça de l'apparence par la matière sensible sur le mode de la fascination. Celle-ci ne cherche pas le fantastique mais le vertige attirant de la pure possibilité.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

15:40 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

19/03/2019

Céline Masson : masques

Masson.pngCéline Masson, "Toison", Le Flon, Lausanne, du 29 mars au 27 avril 2019.

 

Par ses effets de surface Céline Masson ne cherche jamais à épater au moyen d’images fausses, frelatées et éphémères - ce qui paraît pourtant souvent le plus original aux yeux des gogos. Elle attire l’attention par ses jeux de superpositions pour transformer le trivial en des sortes de "tableaux vivants" qui ne recyclent jamais de vieilles formules.

Masson 2.jpgPas de compromis avec le fantasme mais les noces de l'audace et de l'impertinence. Elles portent en elles une vérité à la fois d'apparence et d'apparentement. C'est habile et drôle. Le corps est tissé mais s'y ouvre des poches d’ombre en aplomb du chaos. Jaillissent l’énergie hallucinante et les effets d'une sorte de cinéma où l'artiste mêle à sa manière Louise Bourgeois et Charlie Chaplin.

Céline Masson ne veut pas diminuer l'obscurité mais augmente la lumière. Chaque fois en filigrane il existe une différence inattendue. Le corps change sa "'viande". Voire son âme. Celle-ci semble parfois sous éteignoir : une bouche se tord, une farce prend forme. Et ce pour souligner qu'en chacun de nous demeure un "monstre" caché qui fait tout notre mystère. L'artiste le rapproche moins du voir que de l'entrevoir - ce qui est bien plus intéressant.

Jean-Paul Gavard-Perret