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02/05/2018

Romaine Fauchère : appartenance et incorporation (Aperti 2018)

Romaine Fauchère Bon.pngRomaine Fauchère, Aperti, 5 et 6 mai 2018 Lausanne

Après des études aux Beaux-Arts de Florence et Milan et depuis 1991 Romaine Fauchère a créé une trentaine de scénographies pour le théâtre, l'opéra et le cinéma en France, Allemagne, Italie et Suisse. Quelques siècles plus tôt cela lui aurait sans doute causé des procès en sorcellerie. Et ce pour deux raisons majeures : des trompes l’œil architecturaux et des correspondances entre lignes horizontales et verticales.

Romaine Fauchère 2.jpgA la jonction de divers genres et plus particulièrement entre Optical Art et Art Concret, l’artiste joue de divers espaces et techniques (scénographie, peinture, sculpture, dessin d’objets) afin que le non-verbal trouve une transcription et une narration capables de suggérer des émotions intenses. Le jeu du concret et de l’illusion crée une beauté particulière : elle n’est pas d’apparence mais d’appartenance, d’incorporation.

Romaine Fauchère 3.jpgL’artiste propose un art aussi conceptuel que physique. Elle accorde une nouvelle identité à l’image : elle ne parle que par son propre langage. Existe aussi une déconstruction formelle pour générer une réflexion sur l’art lui-même. Tout est donc conçu selon des architectures improbables, des géométries que l’artiste traite en noir et blanc afin de créer un nouvel ordonnancement. Le travail permet une sublimation ou plutôt un dépassement des modèles concrets ou abstraits en ce qui est moins une transposition qu’une exploration du monde des formes et des sensations qu’elles induisent.

Jean-Paul Gavard-Perret

30/04/2018

Stéphanie Miguet : Paris reste une fête

Miguet.pngStéphanie Miguet, "La vie en ville" Musée Gruérien, Bulle, du 5 mai au 9 septembre 2018.


Pour « La vie en ville » Stéphanie Miguet a réalisé un grand tableau, avec « au premier plan le Bataclan et tout autour les cafés et restaurants qui ont été victimes des attentats. Ce tableau représente un Paris qui retrouve le goût de vivre, de la liberté et de l'amour après le drame ». L’artiste y fait preuve une nouvelle fois de tout son art du papier découpé.

Miguet 2.pngCelle qui souvent, face au signe abstrait, dresse des empreintes brodées avec brins de laine, bouton de nacre, petits bouts de papier crée ici une vision de la ville qui brisent certaines chaînes narratives. L’image matérialise les émotions autant que les lieux afin qu’elles et ils parlent autrement sous des « montures » qui les relaient les réaniment.

Miguet 3.jpgJaillissent un espace iconographique poétique, une expérience brute et immédiate de la profondeur par l’effet d’aplat. Se créent une trame singulière et une danse L’ensemble acquiert une voluminosité particulière qui s’apparente à ce que Merleau-Ponty affirmait : “ Le malade qui écrit sur une feuille de papier doit percer avec sa plume une certaine épaisseur de blanc avant de parvenir au papier ”. A sa manière l’artiste est donc une malade mais tout autant un docteur : elle soigne la violence par le virus de l’image en remplaçant la plume par le ciseau afin d’instiller le sérum nécessaire à la vie.

Jean-Paul Gavard-Perret

25/04/2018

Théâtralités et curiosités esthétiques de Guillaume Pilet

Pillet.jpgGuillaume Pilet, « My Life as a Parade », Galerie Joy de Rouvre, Genève et « I was born to be dramatic », Editions du Musée cantonal des Beaux-Arts, Lausanne, 2017

Guillaume Pilet est un artiste multi-médiums qui explore à travers eux les potentialités de l’abstraction comme des formes plus anciennes (avec des références à l’art populaire, primitif ou brut), de reprises en reprises. Néanmoins la peinture demeure au centre de sa pratique car plus qu’ailleurs il est question ici du retour à l’essentiel : se confronter à la surface la plus simple afin de l’animer par la fixité de la matière.

pILLET 2.pngUn tel geste apparemment simple est toujours à reprendre. L’installation, la performance, la céramique, la vidéo sont un moyen de prolonger ce geste par delà la figuration en deux dimensions. Mais l’artiste revient toujours au geste fondamental en dépit d'envies et d'intérêts primesautiers.

D’année en année, le travail devient de plus en plus ambitieux. L’humour perdure car c’est là le moyen de créer une distance naturelle avec une pratique et d’en proposer une critique en acte à mesure que les formes qui se précisent créent en une remise en question des processus de création. Mêlant ce qu’on nomme hâtivement le beau et le laid, la haute peinture et l’art vernaculaire Pilet crée des décalages, ouvre des portes - au besoin en trompe l’œil – si bien que  lorsqu’on croit les franchir, on va droit dans le mur. A chaque regardeur toutefois de trouver son chemin.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

18:07 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)