gruyeresuisse

30/08/2021

La poésie visuelle progressive de Catherine Bolle

Bolle.jpgCatherine Bolle, "Eaux nomades"", Fabienne Levy. Lausanne, à partir du 10 septembre au 23 octobre 2021.
 
Catherine Bolle fut à l'origine de ce blog. Elle devint la première artiste qui a inspiré une longue traversée l'art de et/ou en Suisse. Et elle reste une pièce maîtresse de cette accumulation de regards. Son oeuvre parfois monumentale parfois plus discrète reste en absence de toute figuration humaine ou paysagère car l'artiste s'intéresse avant tout aux traces que laissent les humains et ce qu'ils créent dans leur développement.
 
Bolle 2.jpgLa place majeure de Catherine Bolle dans l'art helvétique s'explique par l'exigence de son travail en ses diverses approches de perfections, de matières et techniques. L'artiste cherche toujours à comprendre. Et voir comment au sein de son apparente immobilité une image bouge (d'où le titre de l'exposition)  à la fois par le déplacement de celles et ceux qui la regardent comme par les intentions de la créatrice.
 
Bolle 3.jpgIntéressée - entre autres - par le dessin et la transparence, elle redonne vie à l'image autant dans l'espace publique que dans des travaux plus intimes et quel qu'en soit le format. L'artiste se trouve désormais à la croisée des chemins. Va-t-elle continuer à répondre à des appels (entre autres d'architectes) ou en travaillant seule à seule face à elle-même dans une révélation et réverbération intimistes et selon des expérimentations qui se créent en avançant ? A la fois intellectuel et sensible son travail reste la recherche de nouvelles images en explorant comment font les autres mais aussi en développant leurs propres intuitions sans que la sienne demeure en reste. Bien au contraire.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

26/08/2021

Pierre-Alain Tâche lecteur attentif de Charles-Albert Cingria

Cingria.jpgPierre-Alain Tâche, "Vues sur Cingria", coll. Le Banquet, Editions de l’Aire, Lausanne, 2021, 80 p.
 
Pierre-Alain Tâche est né en 1940 à Lausanne, où il vit. Juriste de formation, il a d’abord pratiqué le barreau, puis a été magistrat judiciaire avant de se consacrer entièrement à l’écriture. Sa bibliographie comporte une trentaine de livres de poésie et de nombreux travaux critiques et un journal.
 
 
Cingria 2.jpgIl réunit ici trois textes sur Charles-Albert Cingria, l'homme et l'oeuvre. Ils mettent en exergue son univers varié et sa pensée protéiforme. Elle échappe à toute catégorie. Dans son premier texte le Lausannois restaure le contexte dans lequel il découvrit un écrivain doublé d’un personnage truculent qui se distinguait dans l'univers des lettres romandes. Le deuxième permet de découvrir certains motifs jubilatoires de l'oeuvre. Quant au troisième, sous forme de récit, il  lève le voile sur les  effets d’un long compagnonnage littéraire.
 
Cinbria 3.jpgCingria se dessine ici comme un personnage d’exception capable de dire l’essentiel du métier de vivre. Il sut aimer les choses passagères, les porter au bout des doigts et les restituer en consentant pour le faire d'effacer son propre visage. Le tout pour produire des pensées fluides et mouvantes, drôles parfois et parfois insaisissables. Des pensées inachevées et infinies que Tâche élève au jour.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

24/08/2021

Jean-Luc Godard : cinéma et littérature

Godard.jpgIl y a belle lurette que le cinéma ne reçoit plus le réel. Même dans le documentaire il se scénarise en objet sous ordre d'un "sujet" pouvoir ou finance.  C'est pourquoi JLG est toujours sorti d'un cinéma comme "une prostituée qui défend son honneur en disant : pas sur la bouche". Et cela dès 1965 où il commence à créer sa propre structure de production. Dès lors : que défend Godard ? Il répond "j'en sais rien mais c'est pour cela que je fais des films". Ses "histoires" du cinéma fascinent sans doute pour ça là où tout s'est fait peu à peu "philosophiquement" dit-il.
 
Godard 3.jpgPour lui le vrai cinéaste est un homme de lettre (en parie) et un animal. Il répond aux attaques des prédateurs en ayant toujours souci de s'évader pour refaire le cinéma, parfois sans scénario car pour JLG souvent le scénario est l'ennemi du cinéma. Ce qui crée un bémol nécessaire entre littérature et cinéma. Le scénario dans sa dictature s'éloigne de l'image. Il faut donc revenir à Niepce et aux frères Lumières pour laisser libre l'image non néanmoins sans mise en scène.
 
Godard 2.jpgPour JLG dans le cinéma existe aussi de la peinture : abstraite (Mondrian) mais sans que la littérature s'en empare au moment où dans sa vieillesse l'artiste s'intéresse à l'électronique et le relief comme si pour lui ce qu'il aimait était que l'écran ne soit plus plat. Il faut donc mettre des bémols à la "littératurisation" du cinéma. Sinon à savoir comment se fabrique l'écriture non dans la tête mais à travers les machines qui  la produisent parce que  JLG veut avoir "le dernier mot".
 
Godard 4.jpgFace à une critique qui ne parle plus du cinéma mais qui ne fait que donner son avis, JLG crée pour justement reparler du cinéma. Et aussi de l'amour qui reste sous-jacent à son oeuvre. Elle remonte à l'enfance. Mais  il n'en parle jamais. Il en fait des images. Impressionnistes et belles :  "One plus One" ou ses dernières expérimentations dont "Eloge de l'amour" et "Livre d'images". Pour l'enfance  il faut toujours revenir au "France, tour, détour, deux enfants ". Personne n'a fait mieux. Là où plus que jamais son cinéma privilégia le filmique au scénario qui souvent n'a rien à dire que "de la littérature pour écran".
 
Jean-Paul Gavard-Perret