gruyeresuisse

12/09/2018

Christian Vogt : Y’at-il un pilote sur la moto ?

Vogt bon.jpgEn son atelier de Lausanne ou n’importe où, Christian Vogt dans toutes ses séries garde une faculté instinctive pour retenir l'instant ou le geste précis. Non celui du moment décisif d'une action paroxysmique mais celui d’une observation la plus précise et qui tient à un temps d’éclair : l’avant ou l’après et ce serait l’obscur et le ratage.

vogt.jpgBref et comme le prouve « Plus je regarde longtemps » celui qui se veut moins photographe que quelqu’un épris du médium poursuit son chemin de la manière suivante : . «Conduire une moto sans être motocycliste». Et de rappeler qu’il ne sert à rien de lui demander ce qu’il photographie. D’autant qu’il ne s’est même jamais intéressé sur le « comment ».

Vogt 2.jpgEn guise de preuve il ajoute : « Si vous demandiez à Van Gogh ce qu’il peignait sans connaître son style et que sa réponse soit «tournesols» – seriez-vous plus sage? ». Mais au-delà de la farce et de l’humour l’artiste ramène à une sorte de matérialité poétique du corps qu’il dégage de toute narrativité. Moins que de le représenter dans sa nudité il s’interroge dans des sortes d’enquêtes filées sur la signification du visible et la subjectivité du regard photographique.

Jean-Paul Gavard-Perret.

Christian Vogt, « ‘The longer I look », 6 Septembre – 20 Octobre 20, 2018, Esther Woerdehoff Galerie

 

 

02/09/2018

Le psychédélisme dissonant et ironique de Jiro Ishikawa

humus bon.pngExposition Jiro Ishikawa, Galerie Humus, Lausanne, du 11 au 29 septembre.

Jiro Ishikawa vit et travaille à Osaka. Dessinateur autodidacte il a commencé à publier au Japon en 1987 dans le magazine Garo. Au début des années 90, et au moment où il est sur la voie du succès sa santé physique et mentale s’altère. Il est contraint d’arrêter son travail, devient une sorte de zombie qui perd pieds dans ses rapports humains.

Humus.jpg

 

Toutefois il rebondit, confectionne ses propres publications qu’il met en vente dans une seule librairie de Tokyo. Il commence à être reconnu dans le monde et en particulier en Europe séduit par son psychédélisme sidérant et délirant. En un style minutieux, virtuose, lyrique il revisite avec humour les cultures populaires orientales et occidentales. Le corps miroir devient un émetteur narratif parcouru d’émissions érotiques surprenantes.

 

Humus 3.pngEntre sexe et rétine : désir et regard, l’artiste s’amuse à insérer du leurre dans le leurre. L’œuvre permet le doute, le désir, dessine le manque. La quête du détail fait parfois un détour par des chemins aussi balisés que sauvages. Le dessin fait trace et en appelle à un chemin narratif antérieur, qui lui-même est le palimpseste d’un autre. Jusqu’au moment où il semble que soit atteint un niveau narratif lui-même aperçu comme une indication de l’antérieur et qui devient étape ultime et futuriste de l’érotisme.

Jean-Paul Gavard-Perret.

31/08/2018

Le roman sous bonnet d’âne – Francisco Meirino

meirino.pngFrancisco Meirino, “Infernal à l’intérieur”, Editions Ripopée, Nyon, 2018

“Infernal à l’intérieur » est une histoire écrite par la réduction de pages complètes d'un roman aléatoire au moyen d’expressions simples. L’auteur et musicien invente une sorte d’écriture automatique et en collage qui tient d’une poésie abstraite (et quasi acoustique) qui évoque un abrégé tragique d’une histoire de famille, de séparation et de mort dans les boucles de temps.

meirino 2.pngLe créateur poursuit son goût pour les modifications, les filtres ou extraits qui semblent tirés d’un contexte énigmatique pour obtenir une telle substance suffisamment abstraites pour transformer le romanesque et obtenir une forme de « véda » plus ou moins chamanique. L’espace de la page « normale » est inversée : le fond est noir, le texte y apparaît en insert dans ce qui tient d’un réductionnisme un rien « punk ».

meirino 3.jpgC’est aussi une manière de cultiver certains fantasmes mais aussi de les électrifier ou les court-circuiter dans ce qui tient d’un condensé de Bukovski mais en moins dépressif. Comme lui il cultive le vrai du faux et affirme que l’art et la littérature ne servent à rien. Ce qui ne l’empêche pas de s’empresser de les transformer en termes addictifs tout en continuant à désobéir aux règles.

Jean-Paul Gavard-Perret