gruyeresuisse

01/06/2019

Paul Rousteau par monts et par vaux

Rousteau 2.pngPaul Rousteau, "Arcadies", Maison du Griffon, Neuchâtel, à partir du 6 juin 2019.


L'exposition monographique de Paul Rousteau permet de comprendre comment le travail photographique de l'artiste perce les apparences selon une picturalité aux couleurs vives, douces, impressionnistes et parfois fauvistes. Le monde est celui de la lumière travaillée avec une hybridation des rouges flamboyants, des bleus et des verts plus discrets et des jaunes violents. Il s'agit de se perdre dans une sorte d'Eden

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En dehors de tout souci de mode ou d'appartenance à une théorisation esthétique l'artiste opte pour un regard plus "simple" ou plus premier dont le seul objet est la beauté. Celle d'"une femme nue, une éclaircie sur une fleur, un lever de soleil sur la mer, un enfant qui rit, ou encore un oiseau avec de belles couleurs".

 

 

Rousteau 3.jpgL'artiste lie intelligence et émotion pour parcourir les seuils où le "je" comme le paysage cède. Mais ce qui est à contre-ciel ne se laisse pas facilement fracturer par les images. Il faut insistance et délicatesse pour trouver l'angle explosant et fixe sans que pour autant l'image prenne un tour oratoire. Tout semble se réduire à des «je ne sais quoi» mais des plus significatifs. Avec Rousteau Genève la sévère prend des couleurs chaudes. La pierre beige des bâtiments bronze. Une douce tiédeur réchauffe le Léman où dans ses "tableaux" les baigneuses nues et nostalgiques sont des statues.

Jean-Paul Gavard-Perret

20/05/2019

Claudie Laks : imbroglio et passementerie

Laks 2.jpgClaudie Laks, "Colorigraphies", Espace Nicolas Schilling et Galerie., Neuchâtel, à partir du 25 mai 2019.

Claudie Laks invente un monde coloré fait de taches marquées avec intensité sur la toile. Le geste est donc essentiel même si, contrairement à d'autres artiste, c'est pour la plasticienne, le résultat qui compte. Jaillissent des lignes qui se fracturent en des mouvements circulaires et un assemblage de points dont la matière colorée suinte.

Laks.jpgSur d'autres surfaces blanches les couleurs deviennent des sortes de bourgeons ou de graines de différentes tailles. Tout explose et semble jailir des profondeurs de la matière. Les couleurs semblent se battre les unes contre les autres dans leurs constellations. Dans un tel imbroglio une passementerie prend la forme d'un louvoiement poétique. L’artiste crée bien plus que de simples abstractions de quintessence. Surgissent des espaces chancelants, des lueurs d’ornières où un réel sauvage se tatoue. Les pelotes de couleurs deviennent les fleurs brèves écloses au bord glacé de la neige du support. La nostalgie de l’irréel tombe en chute libre. L’irrésolu se révèle hors pathos en d’étranges rondes.

Jean-Paul Gavard-Perret

09/05/2019

Stéphanie Serra l'indépendante

Serra bon 2.jpgStéphanie Serra, "Through the Words of Others", Finck Editions, CHF 15, 2019.

Publié avec le soutien de la Ville de Lausanne, le Canton de Vaud et de la Fondation Jan Michalski, ce livre est celui d'une femme libre. Ses choix et de son parcours original le prouvent. Stephanie Serra plus que de se mettre en avant-scène dans une propension  de l'égo cherche à travers les mots des autres et leurs oeuvres comment l'art dialogue avec le présent. Existe donc "une méthodologie de l'agencement" dans un "entretien" avec les créateurs comme les lecteurs.

Serra bon.jpgL'entreprise est originale, non sans grâce et impertinence et sans les moindres "chichis". La réflexion est profonde et astucieuse. Elle crée un double mouvement entre l'auteure et les arts, entre elle et le lecteur. Elle montre la lumière perceptible dans l'obscurité mais tout autant l'obscurité qui apparaît dans la lumière et comment cela se crée. Pour le comprendre, le saisir il faut s'arrêter devant un tel livre épouser ses puzzles et mouvements ou plutôt s'y laisser prendre.

Jean-Paul Gavard-Perret

Lancement du livre : Circuit, centre d’art contemporain, Lausanne, le 10 mai 2019