gruyeresuisse

22/03/2015

L’érotisme transcendantal de Philippe Pache

 

 

Pache 2.jpgLe nu constitue en art un sujet majeur mais trop souvent  il est dévalué car ceux qui s’y penchent. Ils ne l’abordent pas comme émouvant, difficile et ferment la  fenêtre de l’âme qui l’agite. Philippe Pache à l’inverse porte l’éros dans un lieu plus sérieux, moins régressif.  Ses photographies offrent un ordre énigmatique à  la nudité.  La pulsation du corps ne penche pas vers le libidineux mais vers un rayonnement de l’être. La femme devient plus une « opératrice mystique » qu’un simple « objet » de désir. La peau devient la limite où porte le regard selon une pratique qui se veut une expérience plus transcendantale que libidinale.

 

Pache 3.jpgRejetant l’érotisme « délibéré »  le Vaudois  fait preuve de pudeur respectueuse envers ses modèles. La lumière du noir et blanc préserve leur énigme  plus qu’elle n’allume des fantasmes. Le corps est surpris dans l’impalpable étirement d’instants. Il devient presque immatériel. Le trouble est là sans doute mais tout est conçu dans le processus créatif afin que le regard contemple sans désir l’objet du désir. La sensualité est présente mais dépassée L’émotion esthétique est soumise à un filtre pour que surgisse moins le corps que la vie. La photographie se détache de toute confusion annexe afin de conserver le mystère consubstantiel à l’œuvre d’art. Elle tend à la lumière qui révèle sans épuiser, déploie sans disperser.  Le corps n’est plus « dévorable » : il agit sur le regardeur (moins que voyeur) plus métaphysiquement que de manière physique au sein de sa plénitude, de son aura particulière, de l’espérance d’une venue. Celle-ci n’est pas la promesse d’une consolation fantomatique. Le révélation est autre  :  le noir et blanc, ses volumes autorisent une transparence entre l’innocence et le sacré. Ils laissent affleurer une disponibilité autre qu’ « opportuniste » et plus intérieure que spectrale.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

17:56 Publié dans Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

Sylvain Croci-Torti : subversion du domain des images

 

croci 3.jpgSylvain Croci-Torti, Art Fair Paris sur le stand de la Galerie Heinzer Reszler, Quartier du Flon,  Lausanne



Dans une approche à la fois analytique et critique Sylvain Crici-Torti reprend  à son compte quelques données du Pop art.   Ses grandes toiles  où le rouge domine adaptent de manière plus abstraite une approche warholienne par un tachisme pictural lié à divers types de tramages très postmodernes. L’œuvre « cadre »  divers type de leurres et de biffures là où un imaginaire de lumière crée de nouvelles conjonctions que le spectateur peut reconstruire à son profit. Elles jouent contre les images habituelles par un travail de décomposition. Il n’exclut en rien le plaisir du regard dans un jeu de l’approximation d'un signifiant volontairement  "égaré"  en tant que "clé" afin de de créer une béance et une interrogation.

Croci 2.jpgCette manière de « casser » l’image et ses illusions par apparition de ce qui la constitue  ouvre à la production d’une absence, d'un manque. Mais ils ne sont que partiels : à travers les éléments de  structuration l’artiste élargit paradoxalement le spectre de l’assemblage : les éléments épars créent en effet des montages homogènes où une forme de  "sublimation" travaille.  Le tableau tel que le construit Croci-Torti par trames et maillages fait donc surgir un terme supplémentaire à l’image : là où elle se perd elle revient selon des espaces interstitiels. Ils donnent tout leur sens à l’acte de créer. La division  programmée permet de retrouver un sens qui n’est plus celui  de l’impasse de la jouissance mais sa régénération.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

08:48 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

21/03/2015

La connaissance par le "gouffre" : Claude Fauville

 

 

 

 

 

Fauville.jpgClaude Fauville, Les pisseuses, texte de Pierre Bourgeade, Chez Higgins, 200 Euros. Musée de la photographie, Lausanne.

 

 

 

La mise en évidence de Claude Fauville provoque autant de fascination que de répulsion. D'indifférence que d'agacement. Il s'agirait donc d'une présence inopinée dans le champ de l'art au moment où l'érotisme lui-même est nié au nom d'une fonction naturelle. C’est pourquoi il faut considérer cette recherche plastique comme un symptôme d’un retour de mémoire aussi individuelle que collective. Les images codées se trouvent renversées dans une coulure aussi normale qu'intempestive. Ce qui est mis au premier plan relève avant tout d’une rigoureuse décision et selon une sophistication parfaite de proposer formes et "matière". Elles sont sensées échapper "normalement" à la vision. Néanmoins on pourrait détourner la phrase de Michaux dans ce champ de représentation lorsqu'il affirmait : “ personne n’échappe à cette vision  lorsqu’on parle d’art ”. Il existe en effet soudain - et pour reprendre le titre du livre d’où est tirée cette citation - une  “ connaissance par les gouffres ”.

 

 Fauville 3.jpg

 

Fauville 2.jpgPhotographier la vision d'un processus qui échappe au "relevé ornemental" crée la transformation radicale de l’objet-image, voire la réversion ou la révulsion de son existence première. L'image jadis sainte ne devient qu'un vase d'où ne coule aucun breuvage sacré mais au contraire du "sale". L’effet de “ compacité ”  de l’image se double d’un effet de volume et d'une extériorité rendus visibles. Cela entraîne  à la fois une ritualisation qui prive pourtant l'image de son caractère  sacramentelle. La figuration offre ce qui est sensé se passer "derrière les portes" qui vouent certains actes à l’ombre "éternelle". Surgit une altérité. Elle se dégage de l'idée que l'art ne serait qu'une demeure spirituelle et qui offre chez le regardeur devant une hantise et d’infinie méditation face à ce qui pourtant est le plus naturel.

 

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

09:11 Publié dans Images, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)