gruyeresuisse

08/08/2016

Matt Mignanelli : une certaine idée du paysage…


Mignanelli.jpg« Pop up ! », Dubner Project Lugano, du 2 Septembre au 29 Octobre 2016. (Dubner Moderne, Lausanne).

 

 

 

 

 

Mignanelli 2.jpgPar indices géométriques parfois résolument abstraits mais parfois plus « véristes » Matt Mignanelli crée une béance oculaire face au paysage. Le « fictionnant » presque jusqu’à la parodie il traverse des façades pour atteindre des lieux à la fois proches et lointains. L’hyperréalisme se mêle à la fantasmagorie. L’artiste sait que franchir la frontière du réel, modifier les manifestations visibles, transformer leur perception restent un plaisir qui fascine. Les hybridations cassent les frustrations : peuvent surgir des phosphorescences mystérieuses où - sur les ruines du réel - se redessine une architecture admirable nourrie de clarté.

Mignanelli 3.pngLe jeu des lignes crée une distance plus complexe que certaines prophéties le suggèrent. Matt Mignanelli anticipe donc ce qui tend à modifier nos paysages. Il propose aussi la possibilité d’atteindre des environnements sensoriels inédits à travers des mises en scène et en jouant sur les couleurs, les formes, les lumières. Le paysage prend une valeur hypnotique. Il agit sur la perception sans emprunter le détour de la symbolisation. L’artiste préfère jouer d’une « monumentation » particulière entre le flou et le précis. Le réel redevient habitable même si l’individu est absent des images. Il pourra pourtant y trouver une matrice dynamique et « avènementielle » loin de ce que l’architecture classique a monté, tout en s’appuyant sur elle.

Jean-Paul Gavard-Perret

12:09 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

05/08/2016

Anne -Laure Lechat : Lausanne ville miroir


Lechat Bon.jpg« Landing Gardens », Adrien Rovero et Christophe Ponceau, art&fiction, Lausanne, 2016, Parution le15 septembre.


Comme toutes villes Lausanne est le lieu d'interactions sociales : les jardins y insèrent leurs partitions ludiques et leurs respirations : 29 d’entre eux y ont été revisités lors de la 5ème éditions de « Lausanne Jardins » il y a près de deux ans. La Lausannoise les a repérés avec deux autres photographes (Milo Keller et Matthieu Gafsou) au moyen d'une caméra qui n'avait rien de surveillance.

 

 

Lechat 3.jpgSans chercher les effets superfétatoires ou l’humour dont elle est capable (voir son toutou penseur…) elle a su montrer sa ville loin des sentiers battus. La cité vaudoise n’a rien d’une facticité aguicheuse ou de pure « façade ». Anne-Laure Lechat prolonge sa contemplation et le plaisir des ballades par l’intelligence en articulant l’architecture et le jardin.

Lechat2.jpgElle prouve que les deux sont réactifs et « métabolistes ». Leur jonction respire parfaitement et suggère l’idée d’innovation et de paix. L’imaginaire de la créatrice a su franchir avec discrétion des seuils. Ils restent au service d’harmonies complexes. Plis et ruptures, jeux de couleurs font que la ville et ses jardins se regardent et se complètent. Par le passage d’un lieu à l’autre, d’un moment à l’autre l’espace y devient temps. Et l’évocation de l’évènement festif diffère de la simple prise d’un moment.

Jean-Paul Gavard-Perret

29/07/2016

Jacqueline Veuve la vagabonde

 

veuve.pngSensible aux choses de la vie, reconnue très tôt par Jean Rouch, la Vaudoise (installée à Payerne) Jacqueline Veuve a redonné de la Suisse une vision ouverte. Sans doute parce que la documentariste était elle-même sensibles= aux diverses cultures rhizomatiques - ouvrières ou bourgeoises - du pays « objets » implicites de son œuvre .

veuve3.pngElle a créé plus de 60 films. Ils interrogent souvent les exploités - loin de toute idéologie ou engagement fléché. La documentariste est sensible à la vie telle qu’elle est. Remplaçant les ethnologues trop bavards elle a su filmer son pays : « être Suisse n’est pas simple, c’est même assez lourd » dit-elle mais, face à un ostracisme diffus (façon « coucou et chocolat »), elle montre un terroir éloigné du paradis comme de l’enfer. Elle exclut le «spectaculaire» au profit de l’évocation de communautés locales dont la culture disparaît. L’empathie est toujours là. Fidèle à Rouch, Jacqueline Veuve ne démontre jamais : elle montre.

veuve 2.pngPartant d’enquêtes de terrain elle y revient pour construire avec précision maniaque et obsession chaque film. Le rythme lent crée une poésie contemplative pleined’émotions, de sensualité. Souvent productrice de ses réalisations elle préserve sa liberté de choix et reste - tout en s’en défendant - une réalisatrice féministe. Elle a ouvert bien des voies même si elle fut exclu du « nouveau cinéma suisse » tant lui fut reproché son « apolitisme » - il l’a soustraite toutefois à bien des errances.

Jean-Paul Gavard-Perret