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04/09/2016

Jean-Daniel Berclaz "l'inconstant gardener"

Berclaz.pngJean-Daniel Berclaz, « Vernissage d’un point de vue », dans le cadres de »Point(s) de vue » Musée de Moutier, d 19 juin au 28 aout 2016.

Table d’orientation, cibles, lunettes de tireur ont été convoquées à Moutier par Jean-Daniel Berclaz pour son exposition entre la salle du Stand (ancien stand de tir) et le musée. L’artiste a trouvé le lien idéal pour évoquer le lien où s’opère le « tir » photographique et celui du point de vue. Ligne de visée, ligne de tir sont interrogée par ce nouveau «vernissage d’un point de vue », série d’actions généralement autour d’un buffet (avec serveurs en tenue) que l’artiste poursuit depuis 16 ans.

Berclaz 2.pngIl reste à la recherche de la manière idéale pour voir le paysage et questionner ce qu’il en de son genre. Au passage il offre une réflexion sur le sens du musée dans ses divers rôles : conservation, classification, exhibition. Mixage du Land Art, du «ready-made», du paysagisme l’artiste se veut un « inconstant gardener » aussi performant dans la prise du paysage que sa mise en scène. En un certain « romantisme » et humour à la Greenaway le paysage reste le ferment d’une recherche qui l’ouvre non seulement sur lui-même mais sur ce qu’il suscite en tant que starter à la réflexion.

Jean-Paul Gavard-Perret

06:15 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

03/09/2016

La lutte F.I.N.A.L.E.

 

Humus.pngEros Indéfiniment, Editions Humus, Lausanne, 49 CHF, 2016.

 

 

 

 

Humus 2.pngCréée, en 1996, à Lausanne, la Fondation Internationale d’Arts et Littératures Erotiques (F.I.N.A.L.E.) rassemble les productions pluridisciplinaires que l’érotisme a inspiré et inspire : textes, oeuvres d’art, films, B-D, jeux, gastronomie, objets. Cette fondation est unique dans le monde francophone et « Eros, indéfiniment » sort de ses collections 1300 images passionnantes de ce patrimoine sulfureux. Le livre fait aussi place à 19 auteurs qui par leurs contributions enrichissent ce corpus (citons Philippe Brenot, , Isabelle Falconnier, Patrick Morier-Genoud, Emmanuel Pierrat, Michel Claude-Hubert Tatot, Chloé Voillat, Véronique Willemin).

humus3.jpgDans un tel ensemble le corps ne prend part - pour notre plaisir - qu'au déséquilibre. Le Y inspire, par sauts, d'inouïs émois. Un point d'union de gré à gré entre deux gués se dessine du diverses façons. Les formes s’envolent en flots pour les étreintes sous feulements qu'indique le jeu des courbes. Au besoin de petites "pestes" lectrices font oublier leur haut en grasseyant du bas là où le corps s'écope. Chacune ouvre son port de reine et lâche les chiens. L'ut du rut n'est pas forcément très loin. Adossés aux solives les corps fleurissent de leurs puits. Laçage, démâtage, peau halant vers nue et nuées. Les chairs de tout âge soutiennent et cognent, s'immiscent entre guenilles. Il y a du sel et de poivre. Comme les corps ils se mêlent.

Jean-Paul Gavard-Perret

26/08/2016

Arsène Houssaye : porc épique


houssaye.jpgArsène Houssaye, « La vie rustique », Les Pives, Paulette Editrice, Lausanne, 2016 .

C’est à Arsène Houssaye que Baudelaire a dédicacé les poèmes en prose du « Spleen de Paris ». Dans sa dédicace il écrit : « Mon cher ami, je vous envoie un petit ouvrage dont on ne pourrait pas dire, sans injustice, qu'il n'a ni queue ni tête, puisque tout, au contraire, y est à la fois tête et queue ». Ce qui est tout autant le cas de « La vie rustique » puisque le livre est consacré au cochon et la « tortueuse fantaisie » de morceaux qui prouvent combien tout est bon dans le cochon.


Houssaye2.jpgCelui qui était fils d’agriculteurs et connut une vie de patachon avant de recevoir honneurs et gloire (administrateur de la Comédie-Française, directeur de revues) est un auteur qui osa bien des genres et des fantaisies dont cette appétissante « vie rustique ». A ceux qui prétendent que le cochon est sans cause et sans pourquoi, l’auteur propose un démenti aux poils. Tel le soldat inconnu - à peine choisi et bientôt oublié de tous - le porc offre son songe qui ne manque pas de petit salé. Il convient de vaquer dans ses auges et de s’éloigner avec lui de la prétendue pureté dont s'oignent les littératures. Houssaye par la bête arrache à l'erreur mystique des Narcisses mélancoliques qui hantent les lettres. Son langage, aujourd'hui encore, renvoie à l'affolement dont il sortit. Le cochon rappelle que ce qu'on nomme l'humanisme est souvent loin des hommes qui livrent facilement la bête aux abattoirs. Le livre permet en conséquence de quitter le rêve de l'idéalité - la seconde annihilant  toujours le premier.

Jean-Paul Gavard-Perret