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14/03/2019

Pierre Gattoni : Avanti !

gattoni bon.jpgPierre Gattoni, "o p u s # 4 4 - 44 ans de peinture abstraite", Espace Nicolas Schilling et Galerie Faubourg de l'Hôpital, Neuchâtel, du 19 janvier au 10 mars 2019.

 

 

La peinture de Pierrre Gattoni navigue entre le radicalisme et le brutalisme sans pour autant cultiver la violence ou le provocation. L'artiste se "contente" d'extraire de l'art tout ce qui demeure en lui de supplétif.

 

Gattoni 3.png

Refusant la donnée d'inspiration  romantique ou farcesque , niant tout effet de style symboliste ou fait de contrastes, Gattoni crée un art des plus incisifs. Il cherche une corporalité de la matière et des formes mises en tensions ou en découpages pour créer un jaillissement lumineux.

 

 

Gattoni 2.pngPeu à peu dans l'oeuvre le jeu se complique mais les fondamentaux demeurent. Rien n'a lieu que des mises en rapports autant inédits qu'improbables parfois de manière subtilement insensibles. La technique possède chez lui des contraintes d'efficacité en créant des recherches de couleurs qui donnent à la peinture jeunesse, vigueur, intempérance (mesurée)  et une sorte de faux nihilisme comme suprême ironie.

Jean-Paul Gavard-Perret

20:14 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

11/03/2019

La peinture comme interface agissante - André Deloar

Deloar 3.jpgAndré Deloar, "Architektur", Espace Schilling, Neuchâtel, du 16 mars au 19 mai 2019

Bandes par bandes et dans un travail des couleurs (jaune, vert, rouge) afin qu'elles deviennent la structure de tels travaux, André Deloar crée un assemblage de structures colorées qui imposent autant l'immobilité que le dynamisme. L’objectif de l’artiste n’est pas de représenter mais de fournir un regard affûté. Celui-ci n’a plus besoin d’autre lieu que celui de l’oeuvre. Elle le situe dans des « espèces d’espaces » de surplombs et d'espace en porte à faux.

 

Deloar 4.pngEntre abstraction et figuration la force des tableaux tient à sa qualité de leurs surfaces multiples. Il y a là à la fois le génie du lieu et la hantise du non-lieu. S’y éprouve un mouvement au sein de la fixité. L’artiste par ses mises en espace mise sur la nudité des formes et leur délocalisation. Elle propose des matériaux comme «soufflés» sur des surfaces en ce qui tient du décrochement figural, de l’engloutissement, de la plongée. Les segments d'architecture expriment l'essence même des formes.

 

Deloae.jpgLes grandes toiles à l'huile ou à l'acrylique imposent une figuration d'éléments de construction. Perspectives, distances, segmentations transforment ce qui pourrait être un bâtiment en une présence picturale au formalisme puissant. L’œuvre garde à ce titre une vocation fabuleuse. Elle fait reculer le chant des certitudes et met une grâce dans les pesanteurs. L'image se manifeste comme apparition mais indique quelque chose qui ne se manifeste pas.

Deloar 2.jpgIl existe là un phénomène indiciaire aussi subtil qu’étrange et qui tient lieu de trouble. Il ne signifie pas simplement: il annonce quelque chose qui se manifeste par quelque chose qui ne se manifeste pas. vraiment. La réalité « vraie » est remplacée par une sorte d’indiscernabilité mise à jour à travers l’épreuve de la disjonction. Elle tient d’un soulèvement, d’une élévation. La révulsion du simple effet de surface joue pour créer une ouverture énigmatique. Le regard devient abyssal face à une oeuvre qui dérobe et se dérobe.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

13:51 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

10/03/2019

L'orfévrerie de la ronce et des fleurs : Anaëlle Clot.

Clot 1.jpgAnaëlle Clot, "Habité", Galerie Kissthedesign, Lausanne du 6 mars au13 avril 2019.

Anaëlle Clot poursuit son travail minutieux de décomposition et recomposition qu'elle définit pour sa troisième exposition à Kissthedesign de la manière suivante : "Des formes flottantes et foisonnantes aux identités multiples. Arc-en-ciel, colline, étoffe, coquillage, coiffe, arbre, canne, coq…? Ça n'a pas d'importance, laissons-nous rêver." Il faut en effet se laisser porter par des formes et structures où forcément l'imaginaire se met en branle.

Clot 2.jpgD'autant qu'il se trouve perdu entre abstraction et figuration là où tout est tracé avec une extrême précision voire une forme de préciosité et de raffinement. L'oeil se perd dans les jeux de lacis où les choses s'enfoncent, se combinent dans un falbala de formes où la nature - dans son mysyère - demeure présente.

Pour autant ce travail n'a rien d’ornemental. Il s'agit d'ouvrir le réel à des nouvelles présences et de nouvelles émotions entre ferveurs et tremblements qui sans doute évoquent les propres mouvements de la personnalité secrète et de la vie intime de la créatrice.

 

Clot 3.jpgRésurrection, déstabilisation trouvent une langue particulière. Elle reste un manifeste du panthéisme propre au romantisme marqué parfois d'un certain sceau nocturne. Cependant les ombres comblent la profondeur des vallées cachées, elles montent vers le regard en distribuant tout ce qui respire le sommeil et les songes.

Jean-Paul Gavard-Perret