gruyeresuisse

18/06/2018

Maryse Magnin : du visage au portrait

Magnin BON.jpgDiscrète au possible, Maryse Magnin ne dérange jamais celles et ceux qu’elle photographie. Partageant son temps entre la France, la Suisse c’est sans doute la Tunisie du sud qui est sa « vraie » patrie et plus particulièrement Ksar Ghilane sur les rives du Sahara Oriental là où vivent des hommes discrets comme elle et son animal préféré : le mehari. Très proche de l’artiste et écrivain Marcel Miracle (qui porte si bien son nom), elle apprécie - côté photographes Sally Mann et Peter Beard.


Magnin.jpgAnimé d’un sens profond de l’humain, Maryse Magnin saisit les âmes à travers la surface du monde non sans humour et magie. L’univers apparaît dans sa simplicité. Et surtout sa beauté. Nous pouvons consulter bien des archives des existences dans ses tiroirs à photographies. Elles permettent aussi de se réfugier dans des rêves – forains ou non - comme dans les plages de l’enfance.

Magnin 2.jpgEn faisant revivre les plus belles émotions qu’elle a éprouvées, Maryse Magnin, d’ici ou de là-bas, ne fait pas que tracer ses images dans le sable. Poreuse à tout elle ramasse les regards de celles et ceux qui les laissent tomber. Elle devient ainsi la poésie afin que nous n’ayons jamais l’occasion de ne pas exister.

Jean Paul Gavard-Perret

Maryse Magnin, exposition, Galerie Cyrille Putman, Arles, du 21 juin au 31 aout 2018.

(la photo 2 est un portrait de Djemila Khelfa).

15/06/2018

Quand J-L Godard taclait Jane Fonda

Godard.jpgJean-Luc Godard & Jean-Pierre Gorin, “Lettre à Jane”; Edition Alfredo Jaar, New-York, 4O p., 10E., 2017.


Prenant pour point de départ une photographie de l'actrice Jane Fonda au Vietnam dans l'article “Retour de Hanoï” publié par L'Express, Jean-Luc Godard et Jean-Pierre Gorin offrent une réflexion sur le rôle des intellectuels dans le processus révolutionnaire. Parue en 1972 dans la revue Tel Quel, cette Lettre à Jane, rééditée par Alfredo Jaar a valeur aujourd’hui de document sur lequel on aimerait l’avis du cinéaste.

 

Godard 2.jpgIl s’agit d’un des derniers textes textes du Groupe “Dziga Vertov” et reste autant un rituel d’humiliation de l’actrice, qu’une attaque de la bonne conscience de gauche et la prétention d’une starification de la cause révolutionnaire via une incarnation sexy. Jane Fonda ne comprit pas cette lettre. Elle aurait traité Godard de macho qui le prit mal. Les deux se fâchent en particulier lorsque le réalisateur reproche à l’artiste d’afficher son image au détriment du peuple vietnamien. Mais cette lettre s’insère dans le contexte plus large d’une révolution mondiale (cause palestinienne comprise).

Godard 3.jpgLes deux cinéastes décidèrent néanmoins d'utiliser cette image pour promouvoir leur film “Tout va bien” sorti la même année et où figure la star. La lettre servit également de trame au court métrage “Letter to Jane”, post-scriptum à “Tout va bien”. Existe là une réflexions sur la force de l'image au moment où la collaboration entre Godard et Gorin se termine. Que conclure de leur position d’un côté, de celle de Fonda de l’autre ? Les « torts » peuvent être partagés car deux stratégies s’opposent. Chaque camp prétend au vrai sens de l’image eu égard à la révolution. Néanmoins la photo comme sa critique restent encore un bel objet de réflexion même si les deux paraissent surannées par rapport aux iconographies, aux discours, à l’état du monde, aux illusions marxistes et aux modèles révolutionnaires (ou contre révolutionnaires) actuels.

Jean-Paul Gavard-Perret

Derrière l’image : Ole Marius Joergensen

Joergensen.jpgOle Marius Joergensen, « No Superhero”, « Confrontations Photo » de Gex, du 3 septembre au 2 octobre 2018.

Le photographe norvégien Ole Marius Joergensen, passionné de cinéma, a déjà mis en scène les héroïnes hitchcockiennes (avec « Icy Blondes »). Il s’en prend désormais à Superman. Celui-ci se transforme en héros pitoyable mais de la manière la plus drôle et iconoclaste qui soit.

Joergensen 3.jpgPlus question d’exploits. Voici le sauveur tel un ange déchu perdu dans la neige de Norvège, les températures polaires. Il est voué à) une certaine solitude avant que de nouvelles blondes (voyeuses) viennent apaiser le bougre passablement ridicule. L’artiste le jouxte avec un rien qui devient le degré juste au-dessous du peu mais où demeurent quelques indices dérisoires.

 

Joergensen 2.jpgFruits glacés d’une parfaite structure de telles photographies sont des régals optiques. S’y découvrent les enjeux du voyeurisme, du fantasme, du désir. Tout ce qui est geste semble saisit d’amorphisme. Le mythe vermoulu est planté comme un arbre au gré des bourrasques au sein de la neige. Elle est plus éternelle que le héros. Il faut une louve blonde pour lui offrir une parade plus glacée que brûlante lorsque ses petites mains la caressent.

Jean-Paul Gavard-Perret