gruyeresuisse

01/10/2021

Lisa Lurati du passé au futur

Lurati.jpgLisa Lurati, "Raving Cosmo", Centre d'Art Contemporain, Yverdon les bains, du 10 octobre au 24 décembre 2021.
 
Née à Lugano, Lisa Lurati a étudié la photographie au Centre d’enseignement  professionnel de Vevey puis a obtenu un Master à l’institut Kunst de Bâle.  Elle utilise la photographie comme matière première dans son  œuvre. Elle y explore des techniques anciennes, y compris la cyanotypie. Elle utilise cette technique ancienne d’impression de photogrammes botaniques pour réaliser de grandes toiles qu’elle décrit comme étant "documentation fictive de la nature" en combinant   des éléments trouvés et des éléments inventés.
 
Lurati 5.jpgLa cyanotypie lui permet entre autres d'imaginer des plantes gigantesques ("Megaflora") avec du feuillage et des animaux de l’ère mésozoïque. Ces œuvres étranges évoquent un paradis oublié. Il sort de son bocal selon d'étranges lumières en créant une beauté sauvage. Qu'elle soit en fragments pour la préserver de l'usage de la démesure crée de nouvelles visions d'insaisissables syllabes visuelles.
 
Lurati 4.jpgLisa Lurati explore aussi également la photographie dans son aspect physique. Partant de photographies encadrées conventionnelles en passant par des œuvres imprimées sur du tissu, des miroirs ou du plexiglas elle trame  un univers fantastique de figures dont les sources sont aussi bien des corps, des sculptures en marbre et des images peintes. Naturelles et artificielles, domestiques et puisées dans les canons des  beaux-arts les oeuvres sont créées grâce à l’utilisation de négatifs, la saturation de couleurs et le recadrage. Tout se mélange pour créer une atmosphère étrangement homogène dont le souffle dépayse.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

18/09/2021

Étienne Malapert : Mad City ?

Mala.jpgÉtienne Malapert, "The City of Possibilities", Art&fiction, Lausanne, septembre 2021, 112 p..
 
Photographe diplômé d’un bachelor à l’École cantonale d’art de Lausanne (ECAL)  Etienne Malapert a reçu en 2015 le Prix BG (Bonnard & Gardel) du développement durable. Son approche artistique relève du documentaire et il s'intéresse surtout au paysage urbain, naturel, architectural, politique) et à celles et ceux qui l’habitent, de même qu'à la manière dont l’un s’adapte à l’autre.
 
Mala 3.jpgCe livre est le fruit du Projet de Malapert lauréat d’un Swiss Design Awards 2016  : Masdar City. Qu'on pourrait nommer "Mad City" tant l’absurde se cache sous couvert d’utopie scientifique. C'est en effet en 2006 que les Émirats arabes unis décident d’entreprendre le projet quelque peu farfelu de faire pousser une ville entière en plein désert. Masdar City - catégorisée "ville verte" - veut  atteindre le 0% d’émission de CO2. Ce projet pharaonique a été conçu par le bureau d’architecture londonien "Foster + Partners"  au moment  où les préoccupations écologiques liées à la consommation d’énergie et la pollution sont grandissantes.
 
Mala 4.jpgLes Émirats arabes unis souhaitent changer leur image en devenant la vitrine des technologies et des énergies dites propres. Située à 25 kilomètres au sud d’Abu Dhabi, Masdar City se destine à être dans une quinzaine d’années la première ville écologique entièrement autonome au monde, peuplée par 50’000 habitants et 1500 entreprises. Pour l'heure seulement quelques bâtiments sont sortis du sable dont une université scientifique, des laboratoires de recherche et les sièges de grandes multinationales tel que celui de Siemens. "The City of Possibilities" propose une série de photographies réalisées par Étienne Malapert lors de son voyage à Masdar City. A n'en pas douter le photographe reste perplexe face à de tels chantiers. Même s'il se garde de conclure.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

09:57 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

15/09/2021

Vies et contre-vies des pierres : Naomi del Vecchio

del vecchio.jpgLes recherches plastiques de Naomi Del Vecchio se fondent souvent sur de savoureuses tentatives de classement poussée parfois jusqu’à l’absurde et la percussion du logos avec le réel. L'artiste développe le lien entre mots, dessins et objets et se penche sur les questions de la nomenclature fidèle aux normes mais ouverte aux intrus où le réel et le banal basculent. Dans cette nouvelle "compil" tout est parti d'une balade avec une amie dans les alpages du Jura : "Nous avions toutes les deux remarqué cette étrange pierre, (...)Louise ne se doutait pas, en la ramassant et en me l’offrant, qu’elle initiait un long trafic de pierres. Cet exemplaire minéral fut ensuite dessiné dans l'atelier où il passa d'abord un mois comme objet décoratif avant d'être déposé sur la plage des Eaux-Vives. A sa place elle a pris un autre caillou ramené à l’atelier, dessiné puis placé dans une calanque marseillaise. Et ainsi de suite. 
 
del ve.jpgCe fut parfois un crève-coeur que de se défaire de ces pierres. Surtout la première qui ressemblait "à une petite dame". Pour les autres néanmoins ce fut plus simple. L'artiste s'est donc contenté de les dessiner, découper, épingler sur le mur avec la carte de leur itinéraire. La carte de leurs itinéraires est tracée sur le sol. Le tout selon une dérive que Naomi Del Vecchio "fantasme" : "Les pierres des montagnes se retrouvent dans des parkings, (...) des marseillaises quittent la Méditerranée pour s’installer sur les rives du lac Léman, des cailloux protégés par une Vierge Marie italienne déménagent dans un jardin zen".
 
del ve 3.jpgD’où l’importance de l’art qui est la riposte a-logique aux limites de la logique. En s’opposant à une vision trop simple de la réalité la plus humble, l’art introduit la notion d’immixtion et d’outre-passement en ouvrant un accès privilégié à de multiples possibilités de relations. Dans l'exposition comme dans le livre "Cailloux et autres pierres" cette entrée ne se limite pas aux "objets" dessinés mais aux mots qui eux-mêmes les "re-présentent. Et ce, au moment où le dessin offre un espace tiers afin que les mots trouvent un autre développement quasi surréaliste en des remarques apparemment les plus simples.  
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Naomi Del Vecchio, "Semer des pierres", Andata Ritorno, Genève, du 16 septembre au 9 octobre 2021, Naomi Del Vecchio, "Cailloux et autres pierres", Art&fiction, Lausanne, 2021.