gruyeresuisse

17/03/2022

Mary a tout pris

helene-schmitz-kvinna-med-sag-1983.jpegFils dit indigne, éloeufant de mère plus soumise que volage et futile par trop de pudeur et de foi. Etant arrivé au seuil, il lui fallait que bien que mal le franchir, histoire de s'arracher à un tumulte pour en rejoindre un autre.  Aspira à devenir à défaut d' homme de sacrifice et de salut comme le fut Jésus,  celui des récréations. Mais demeura muet parce que le seul amour possible lui était interdit et que la bienheureuse éternité lui restait refusée en raison de son péché d'être né. Continua cependant d’adorer Mary dite la germinante  et féconde où  poussa jadis son visage dans le ventre.  Le fit ensuite avec les autres gardiennes des mots et de l’âme des violons aux sanglots longs. A force de les jointoyer il trouva en elles et contre tous les didactismes, la musique des sens, les assonances du sens, le passage du souffle et de son brimborion. Du moins lorsqu'un tel compagnon était en expansion dans l’amande vive qui forge la forme rêvée de l'amour annoncée par la caresse, enrichie de la palpation des fastes qui vont de la morsure au glissement. Le tout dans la désespérante tentative de retour amont, de réincarnation. Et ce,  même auprès des plus orgueilleuses et sournoises qui a priori pouvaient l'empêcher  d’entrevoir la vérité et le fond. Il sut pourtant rompre la compacité de leur prévarication car  usait oh combien de ses charmes. De leur pouvoir il devint le miroir, campant là pour voyager en des forêts de songe au nom de celle qui  avait créé son sexe avant le reste et lui imposa de se débrouiller avec comme avec le mal et la perdition. Grâce à un brin d’intelligence et de sensibilité,  chaque fois que lui était offerte la  corolle ouverte  près de là où le bas blesse, il en ressortit chargé des vérités fortes de l’unité première.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Photo de Helene Schmitz

16/03/2022

"Entre l'étang et le feu" :  Christian Viguié

Viguié.jpgLe poète  ose un vertige par l'évocation du passé et la métamorphose du réel en une scénographique  ouverte sur un inconnu qui parle à l'inconscient. Ce sont des espaces limites aux indices interstitiels. C’est pourquoi en sortant parfois des moyens indiciels de la description Viguié  ouvre à la complexité.
 
Elle marque le seuil de l'intime et de ses sédimentations en rapport avec l’espace qui l’entoure mais surtout du passé tel qu'il fut. Dans une telle dérive la réversibilité du regard progresse par  diaphragmes de transgression. Rien chez le poète n'est de l'ordre de la simple monstration d'évidence. 
 
Viguier 2.jpgSurgit une forme de  jouissance d'une spiritualité païenne. Cela tient de l’incendie  et du tellurique. Celui-ci ne se contente plus du royaume des ombres et des corbeaux sous un ciel noir. Viguié remonte des courants. Se pose la question comment venir à bout de ce déferlement du passé ou de son  ascension.  D’une certaine manière le poète nous dégage du sol. Nous glissons au milieu des traces. La lumière ouvre sur l'inexprimable littérairement parlant. Un souffle puissant travers l’espace.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Christian Viguié, "Ballade du vent et du roseau", La Table Ronde, Paris, 2022, 224 p., 18 E..

Ariane Blanc-Quenon : haute couture

Blanc Quenon 3.jpgD'origine belge, née à Kinshasa. Ariane Blanc-Quenon s'est installée définitivement il y a très longtemps à Baulmes (Suisse). Elle suivit une formation professionnelle aux Beaux-Arts et au Conservatoire de Genève. Passionnée du travail graphique sur papier calque, elle pratique dessin, écriture et se révèle graveur d'exception.
 
 
 
Blanc Quenon.jpgElle illustre de façon poétique une ivresse horticole en métamorphosant les herbes folles selon un arrangement adéquat. Se dégage, à la frontière des images et du dialogue le jeu des formes selon les conventions de la créatrice en ses imbrications ingénieuses, drôles, pénétrantes, capables de suggérer le trouble des apparences d’un monde en dentelle.  .
 
 
Blanc Quenon 2.jpgLes visions jouent sur l’ambiguïté des fleurs,  fantômes bien vivants à l'incontournable présence. Le statique des "poses" catalyse une force et un mouvement des lignes. Isolées ou en groupes de telles fleurs hantent le monde des vivants non sans facétie et malice.  L'artiste a compris que la gravure lorsqu'elle est poussée comme ici à sa perfection permet d'obtenir l'œuvre idéale comparable à celle du tailleur de Beckett. Devant ce client qui se plaignait de sa lenteur, le couturier lui répliqua : « Tu as vu le monde ? Et regarde ton pantalon ».
 

Jean-Paul Gavard-Perret