gruyeresuisse

22/03/2022

Kaspar Flück : le tendre et le ouaté

Fliuck.jpgKaspar Flück, "Tangled up in the Cosmic Web", Heinzer Reszler, Lausanne, du 24 mars au 7 mai 2022.
 
Kaspar Flück  né à Soleure en 1989, et vit et travaille actuellement à Zurich. Son éducation artistique a commencé dans son enfance dans  l’atelier de son père peintre lui aussi peintre et qu'il aidait pour travailler sur des œuvres à grande échelle. Il a suivi des études artistiques à l’École des arts visuels de Bienne puis une formation en design graphique dans la même école.
 
Fluck 2.jpgRemarqué pour la qualité de ses projets de ses diplômes il rejette un temps son travail plastique et part découvrir le monde. Mais en 2016 il s’est mis au travail dans son studio de Zurich.
 
Par sa peinture il cherche à communiquer une émotion comme dans un rêve, surréaliste et réel à la fois. Il a pour cela opté pour un langage mystérieux et féerique grâce à des matières traditionnelles (huile de lin, huile de graines de pavot, cire d’abeille et diverses résines naturelles et artificielles). Elles donnent à ces oeuvres un aspect voluptueux et ouaté d'une beauté particulière et originale.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

07:48 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

21/03/2022

Gît boulée

Varlez.jpgC'est dans un autre univers et en regardant sur son épaule que se jette le sel sur la neige. Le temps l'asservit mais soudain la voici délivrée :  bientôt icelle ruisselle sur le tailleur de ma Polonaise, se colle à ses cuisses avant que celle-ci rejoigne - sur le lit défait mais ainsi préparé à l'accueillir - deux bras d'un même fleuve pour qu'elle se retrouve jupe déployée comme un essaim. De blanc le ciel devient bleu et  l'infini y prend rivage en un cercle qui tient place de feu. On dirait soudain que le torride n'a plus d'âge. Il prend par surprise pour envoûter. Ici l'inquiète consent d'aimer les flots où deux corps se serrent. Mains s'attardent d' impatiences et les désirs ne savent pas vraiment ce qu'ils dénouent - sinon la lumière, les dons, les appels et les consentements hâtifs et éternels. Qu'importe si les  promesses seront  non tenues : tout se tend, se creuse, cherche dans l'ombre la soif puis l'ivresse. Le temps s'arrête entre les lèvres. L'accord se consomme, s'invente, redouble l'émoi de deux moi qui s'étreignent et s'accueillent. En deux  se réinvente l'origine. Les mains forment une coupe : chacun boit près de la soif de l'autre puis laisse l'eau couler sur son corps avant d'autres giboulées et l'ite missa qui signe la trêve d'une brûlure à perpétuité. Elle fait de la mariée d'un seule soir la passagère d'une odyssée dont le compagnon ressassera l'improbable histoire.

Jean-Paul Gavard-Perret

Collage de Robert (Al) Varlez

Ovale lie

Elsa CHa TEXTE bon.jpgEt après ça ne s’arrête plus.  Après. Reste le goût d’orage ou d'orange. Il est dans la bouche, allié d’étain sur le sillon de la jouissance. Et ce avec le poudroiement de lumière dans les yeux de ceux qui se contemplent en referment les yeux dans le regard tactile , le toucher de sueur  le long des hanches et de la sente où s'ébauche les lignes très convergentes d'où où naît le monde à moins qu'il ne plonge dans l'adorable jungle de chair. Après ça ne s’arrête plus. Lèvres toujours grandissantes dans la courbure au milieu du lit où deux loups arrachant l’éclat sont la source, la  pierre à moudre du monde  face au frelon qui sera parfois impossiblement dare d'art. Mais à qui dire toutes choses qui sont là sinon à celle aux cheveux noirs qu'elle écarte entre les doigts, espionne de l’univers aux longues vibrations. Reste la musique stridente au large d’incantation, les racines des mains reliées au fil d’horizon.  Mais qu’en retenons-nous exactement ? Nous ne connaissons même pas notre instant présent qui est un point mouvant. Ce n’est d'ailleurs  pas un point, plutôt un paysage, une habitation, une architecture, une flamme mouvante fantôme d'autres  fantômes. D'où cette apparition scénique propre à retenir une touche impalpable de toute construction de l’univers. Il est tout de même fabuleux de penser que si cette anthropologie terrestre disparaissait dans un coup de vent elle serait là pour personne, pas même pour soi dans le gris qui reste un mélange où tant vides et pleins se mêlent. Ici suivant le poids et le nombre de signes surgit  la seule image. Elle claque sonne en modelant hanches et lombes  pour  ne jamais écarter la chaleur. Il s'agit de franchir le cercle d'incision, d'écouter au creux du tronc des heures le tic tac du coeur, d'emporter la faim qui fait se coucher sur la meule de foin où fourmille la douce violence.  Le bousier noir est bouffé cru, courbé sur le dedans.  Son noir est strié par l'étincelle de la lune et  l'élytre oblongue qui sous le vernis que le sombre assemble fait bloc. Elle amasse la bifide antenne au foyer le plus noirci du rond.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Dessin d'Elsa Cha