gruyeresuisse

03/09/2021

Helge Reumann : réveiller les vivants plus que les morts

Helge.jpgHelge Reumann, exposition, Humus, Lausanne, du 16 septembre au 9 octobre 2021. (avec une performance sonore de "strom|morts").

Helge Reumann a étudié les Arts Décoratifs à Genève de 1985 à 1990. Il commence par créer plusieurs ateliers à Genève. En 1996, en compagnie de Xavier Robel et Marco Salmaso, il fonde l'Elvis Studio spécialisé dans les arts de l'illustration. Lauréat du Prix Töpffer 2019 pour son livre 'SUV' (éditions Atrabile) il fait paraître 'Totale Résistance' au moment de l'exposition BDFIL et Humus.
 
Helge 3.pngSoit dans un âpre noir et blanc soit en un éventail de couleurs pop, il célèbre par bandes dessinées des chairs convulsives et des âmes qui le sont tout autant. Les univers sont des plus anxiogènes.  Des bandes rivales se combattent au milieu d'amazones fanatisées, nabots haineux. C'est un carnage et des ruses quasiment anthophages à coups de bâton ou de fusil. Des bipèdes gélatineux sont mis en croix sur des pylônes ou vaquent à des occupations aussi basiques que manger des tacos…
 
Helge 2.jpgTout néanmoins laisse sourdre une intensité existentielle dans un combat contre l'indifférence au nom de droits humains. Pour autant le créateur ne joue ni les humanistes ni les donneurs de leçon. Maître des dystopies, il anime un chaos existentiel par son graphisme et son humour entre clameurs et blasphèmes d'une atavique anarchie. La vanité et la violence du monde ne sont en rien évacuées.
 

 Jean-Paul Gavard-Perret

Mise en boîte

Carton.jpgEcho, double conscience. L’un dit que la sobriété cause sa perte, l’autre dit son absolu mutisme. L’un dit que les coupables ne sont pas les esprits mais les hommes, l’autre dit qu’ils passent à côté de la vérité. L’un n’a ni chaud ni froid, l’autre chante l’apocalypse. L’un dit Dieu désespérable, l’autre, que ce qui est mort  ne lui appartient pas. Mais qu'importe :
 
La vie, ça rentre dans des cartons.  Presque tout est fait pour être empilé, les albums de photos rentrent  dans un carton.  Les livres, dans d’autres.  Tout est disponible pour la Croix Rouge ou pour être bradé. Mes vêtements seront portés par d’autres que restant ici je pourrais croiser. Le papier sera recyclé cinq fois de suite si j’en crois la publicité.  Je garde le livre de Schopenhauer que je dois relire. Je garde aussi la  photo de... .Je vide mes bouteilles d'alcool dans l'évier. Je laisse l'aspirateur pour le prochain locataire. Je rends les clés au propriétaire J'ai pris mon billet d'avion : je partirai demain. Sauf si :
 
On  m'a parfumé à l'eau de Cologne  et on m'a glissé dans un beau drap. Dans le lin je suis seul - mais on m'a laissé mes lunettes. Je dors comme jamais, je dors pour de bon. Sans cauchemar ni rêve.Je suis plus que jamais suspect de ne rien savoir.  J'ai tout laissé jusqu'à mes intentions. Plus besoin de me surveiller  pour savoir quelle connerie je pourrais faire.  C'est une crue de sommeil,. Je ne terminerai jamais les finitions que j'ai toujours reportées à plus tard.  Pas de larmes à ajouter.  Je préfèrerais un morceau de musique. Vieux rock ferait l’affaire. Gene Vincent, Buddy Holly. J’attire l’écart puisque j’ai conclu. J’entame le clos, je peaufine l’inachevable.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

10:18 Publié dans Humour | Lien permanent | Commentaires (0)

02/09/2021

Denise Bertschi et le monde

Ber.jpgDenise Bertschi, "Oasis of Peace. Neutral Only On The Outside", C.C.S.,  Paris du 12 septembre au 14 novembre 2021.
 
 
Denise Bertschi est intéressée aux apparences fissurées de l'Histoire et de de l’historiographie. L'artiste rend visibles les liens entre la Suisse et la géopolitique mondiale. Elle questionne les récits de l’imaginaire national comme celui de la neutralité.  Elle crée des installations et des vidéos dans lesquelles s’entremêlent des documents d’archives et des images personnelles avec des outils d’historienne, d’anthropologue et de journaliste d’investigation,
 
Ber 2.jpgL’exposition Oasis of Peace. Neutral Only On The Outside établit un lien méconnu entre la Suisse et deux régions géopolitiques majeures: le territoire démilitarisé entre Corée du Nord et du Sud d’une part, l’Afrique du Sud sous l’Apartheid d’autre part. La nouvelle création vidéo conçue pour l’exposition est entièrement montée à partir de ces matériaux d’archives.  La vidéo State Fiction est accompagnée de textiles accrochés dans l’espace, imprimés de fleurs et superposés à des slogans recueillis dans le « Swiss Camp » de la DMZ et la zone autour. Une publication éditée par Denise Bertschi à cette occasion, rassemble des essais sur le sujet ainsi que des photographies d’amateurs des années 1950 à 1980 de la Corée divisée.  
 
Ber3.jpgLe travail de Denise Bertschi, avec ses images, photos et vidéos presque banales, voire cryptiques, pourrait leurrer. Or ce qui les hante est hors-champ : à savoir ce qui se passe, ou s’est passé, juste à côté des plates-bandes fleuries, entre ici et les montages au loin, ou derrière les portes verrouillées. Denise Bertschi ausculte de près les lieux et les traces matérielles pour invalider les pratiques de l’oubli, retourner les images d’une fausse innocence et analyser la construction de récits qui deviennent des fictions instrumentalisées.
 
Jean-Paul Gavard-Perret