gruyeresuisse

29/09/2021

Philipp Goldbach sans complaisances

Golbach.jpgPhilipp Goldbach, Schriftstücke (Pages d'artiste), Exposition Galerie Gisèle Linder, Bâle, du 4 septembre  au 16 octobre 2021
 
Philipp Goldbach poursuit chez Gisèle Linder son approche artistique des possibilités cognitives et physiques du travail humain par rapport à la production technique. Entre perfection et insignifiance volontaire les créations de l'artiste deviennent aussi hermétiques et originelles qu'elles relativisent le présent en diverses dérives. D'où ce théâtre d'ombres.
 
Goldbach 3.jpg
 
L'oeuvre sert de vecteur à un travail de prothésiste prophétique là où tout navigue entre le chaos ou le désordre et une forme d’élégance  subtile voire raffinée dans divers jeux de plans et paliers. De telles images interrogent le monde par des structures qui forcent l’œil à errer tant il est mis face à des présences particulières :  il se jette comme par une fenêtre en traversant la nudité du monde.
 
 
 
Goldbach 2.jpgQu'il transforme et transfère sur des « microgrammes » (en hommage à Robert Walser) ou qu’il fabrique entièrement et à la main ses productions, il invente un grand écart par un processus technique non-transparent dans un contact direct avec les matériaux. D'où ce transfert vers l’énigme par décalages et associations ironiques et poétiques.  L’artiste fait le ménage, se dégage des apparences pour atteindre petit à petit une radicalité plastique. Il s’élève contre la confusion des images et contre leur mythe de fusion. S'écoule un obsédant staccato de sobres chimères qui viennent mettre en mal d'autres bien plus débauchées et qui hâtivement croient consoler de la réalité.
 
Jean-Paul Gavard-Perret

28/09/2021

Kathrin Kunz : ce qui sommeille et couve

Kunz 3.jpgKathrin Kunz, "chambre jaune", Exposition Galerie Gisèle Linder, Bâle, du 4 septembre  au 16 octobre 2021
 
Peu a peu, Katrin Kunz, artiste de l'effacement se met à mettre des éléments scénographiques propres à travailler notre inconscient. Les formes créent des épisodes narratifs qui donnent de l’univers une forme de spectre plus que de reflets selon une discontinuité charpentée de lignes et de courbes dont les avatars créent ce qui sommeille et couve en nous.
 
Kunz bon.jpgL'artiste avance à pas de louve dans un voyage débarrassé de tout ego entre le noir et le blanc. Partant de la photographie et selon en lent travail de recouvrement l’artiste crée moins un masque sur le réel qu’une fécondation particulière au sein même d'extinction du réel.
 
Kunz.jpgJaillissent et se pensent  en un contre-récit et un contre-jour quelques données essentielles. Le tout en ce qui tient d'un récit dépouillé et un artefact de la mort (on croit voir parfois une couronne d'épines) mais d'où jaillit une paradoxale renaissance. Celle de tout  ce qui est occulté dans le rouleau du temps et de la photographie classique. Kunz la contredit. Elle trouble et transforme l’idée même d’image, la sort de la fange du concret. Ici le fragment préserve l'usage d'une paradoxale "démesure".
 

Jean-Paul Gavard-Perret

Julia Scher : souriez vous êtes filmés

Scher 3.jpgDepuis les années 1980,  Julia Scher s'intéresse   aux outils de contrôle, dont  la vidéo-surveillance. Elle a acquis des connaissances précises sur ces différents systèmes. Elle a d'ailleurs longtemps travaillé pour une compagnie  avant de fonder sa propre agence, "Safe and Secure Productions". De manière parodique, l’exposition du MAMCO nous fait pénétrer dans cet univers du contrôle total afin de souligner un trouble induit par des visiteurs autant observateurs qu'objets regardés. Tout joue à la fois sur la puissance des pouvoirs de surveillance et l'attrait voyeuriste et narcissique pour les enregistrements intimes.
 
Scher.jpgD'où le sarcasme face à l’idéologie sécuritaire et les dangers qu'elle induit.  L'artiste présente une nouvelle version de ses "Girl Dogs" - statues en marbre de dobermans femelles. Cette race canine est associée  au maintien de l’ordre et à la férocité. Leur couleur rose (omniprésente dans l’œuvre de Scher) semble par ailleurs les rendre vulnérables et doux.  Censée nous rassurer, cette présence a priori produit un certain malaise.
 
Scher 2.jpgSe découvre aussi   une caméra mal camouflée au milieu d’un bouquet de plumeaux fuchsia. "Hidden Camera (Architectural Vagina)" reprend les contours d’un vagin et rappelle la dimension féministe qui traverse l’œuvre de Scher. Si bien que le symbole féminin est là pour enrober des dispositifs perçus autrement comme intrusifs et liberticides. L’artiste de la sorte les déconstruit avec beaucoup d'humour. Comme pour répondre à ce qu'elle écrit  : « Il est évident que vivre dans l’ombre de ces dispositifs de sécurité en plein essor crée un sentiment constant de paranoïa et d’autocensure et se trouve largement responsable de l’érosion progressive de notre liberté. »
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Julia Scher, exposition, MAMCO, Genève, du 6 octobre 2021 au 30 janvier 2022.