gruyeresuisse

01/07/2021

Lipp&Leuthold : farces et attrapes

Litt.jpgLipp&Leuthold, "I Licked the Yellow Suit of the Sun", Kunstmuseum Lucerne, du 10 juillet au 9 septembre 2021
 
La nature de l’art est aussi dialectique. Cette déclaration tend généralement à s’appliquer à la conversation entre l’œuvre et son spectateur. Lipp&Leuthold (Paul Lipp, Reto Leuthold) cependant, n’en restent pas là. Ils explorent les frontières entre la peinture et la sculpture avec un esprit et un élan inépuisables.  Pour eux tout commence par la paternité, qui doit toujours être considérée au pluriel, puisqu’elle implique deux artistes. Du premier au dernier détail, ils travaillent en étroite collaboration, se mélangeant et se complétant mutuellement de manière unique.  
 
Litt 2.jpgL’ouverture résultante d'un tel processus créatif se reflète dans la diversité de la forme et de la couleur ainsi que dans le choix des matériaux. Chaque pièce est la preuve d’une véritable autonomie et d’un dynamisme qui électrise le processus d’observation. En même temps, chaque œuvre est le produit d’un sens de l’humour accompli qui révèle l’expérience esthétique comme un processus passionnant de réflexion sur l’art et le marché, le sens et le non-sens. Les deux artistes offrent donc ce que Quignard appelle « l’écart asocial rituel ».
 
Litt 3.jpgL’art est donc l’interdit comique et cosmique. Il n’est pas un songe capable de recouvrir (agrémenter) le réel. Il n’est ni fantasme, ni hallucination ni envoûtement. Même si c’est bien ce qu’on voudrait qu’il soit dans un court-circuit de l’esthétique. Il est de fait hors rseau, céleste, terrestre et infernal à la fois.  Son infection et sa contagion peuvent être épidémiques même s'il faut du temps pour que le virus éclate. Dans ce but les deux artistes articulent toujours une jonction et un hiatus avec ce qui est présent (ce qu'on voit, qu'on croit voir, qu'on croit). C’est pourquoi ils nous sidèrent en déconsidérant le cercle du monde et de l'art.
 
Jean-Paul Gavard-Perret