gruyeresuisse

09/07/2021

Diane Rivoire et Arnaud Sancosme : quand les lauréats deviennent stars

Rivoire.jpegDiane Rivoire et Arnaud Sancosme, "I am the greatest star", Galerie Joy de Rouvre, Genève, de 8 au 31 août 2021.

La galerie Joy de Rouvre permet à la peinture murale de Diane Rivoire et Arnaud Sancosme  d’investir l’ensemble de l’espace de la galerie sans les contraintes liées à la production d’objets figés. Et cela permet de favoriser leur accession à la visibilité de leur art contemporain. D'où cette double narration intempestive des  lauréats ex-​aequo du prix HEAD 2020.
 
Rivoire 2.jpgDiane Rivoire développe sa pratique de manière "appropriationniste" au travers papiers peints, peintures, objets, textes ou performances. Elle s’inspire d’expériences vécues et emprunte des références à la culture vernaculaire et la pop culture. Arnaud Sancosme travaille l'abstraction et la mise en oeuvre de son geste. Il est également musicien. Et les deux corpus de répondent parfaitement bien entre strass et quotidien.
 
Rivoire 3.jpgLes travaux générés par les deux artistes engagent des modes de production, d’exposition et de distribution spécifiques qui répondent à l'esprit de la galerie Joy de Rouvre.  Et le caractère multiple de la sérigraphie, à l’inverse de l’objet unique fétichisé, permet à leur travail d’être apprécié, là aussi, dans des temps et des situations diverses et de circuler davantage. Les deux jeunes créateurs découvrent donc là le droit d'être eux-mêmes dans leurs extases clandestines et leurs épiphanies qui peuvent se faire gondoler les rêveurs insomniaques.
 
 
Jean-Paul Gavard-Perret

08/07/2021

Charlotte Herzig et les mystérieuses présences

Herzig.jpgCharlotte Herzig, "I like a bigger garden", Kunstmuseum Luzern, jusqu'au17 octobre 2021.
 
Le curatrice de l'exposition a demandé à Charlotte Herzig de créer une immense peinture murale pour accompagner ses autres tableaux et travaux. L'ensemble métamorphose le lieu par de telles surfaces troublantes.
 
Herzig 2.jpgL’errance est programmée en superpositions et effacements. Demeurent  d’étranges frottis dont l’artiste devient moins  narratrice que  poseuse de  questions. L’accoutumance n’a plus de prise. Les couleurs déteignent en un dégel espiègle. Tout crée des présences mystérieuses.
 
Herzig 3.jpgCrescendi et decrescendi, parenthèses jamais refermées et constellations ou nébuleuses font que tout se déboîte sans se couper du présent. L’ensemble attend on ne sait quel bris de glace. La lumière s’étale, la couleur s’efface. Le regardeur y cherche son chemin là où la peinture balafre jusqu’à sa presque disparition dans une recherche d’absolu.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

07/07/2021

"Couleurs de mon rêve" : contre toutes les attentes

Levy 3.jpg"Couleurs de mon rêve", Amina Benbouchta, M’barek Bouhchichi, Ekene Emeka-Maduka, Longinos Nagila & Alexis Peskin, Galerie Fabienne Levy, Lausanne, été 2021.
 
Le titre «Couleurs de mon rêve» choisi par la curatrice Kami Gahiga est choisi afin de souligner la diversité d'approches d'artistes africains. L'exposition ne prétend  donc pas généraliser une idée de l'art africain. Il n'existe pas plus que l'art européen ou américain. Chaque créateur propose son propre monde. Et la curatrice de mettre les points sur les i :" pour cette exposition, j’ai choisi des artistes qui, avant de partager un lien natif avec le continent africain, ont tous un regard qui nous apporte quelque chose". 
 
Levy.jpgIls sont 5 à porter  moins  les couleurs de l'Afrique qu'une utopie.  Entre autres à travers stèles  impressionnantes  du Marocain M’barek Bouhchichi. Ceui-ci crée un univers fascinant et qui arrache d'emblée toute idée arrêtée sur le continent. Il en va de même avec Nigérienne Ekene Emeka Maduka lancée dans une quête percutante du soi. Il en va de même avec la métrique du pliage du Kenyan Longinos Nagila. Se découvre chez tous ces créateurs arrimés à un idéal, le souci de perfection, de précision et de savoir faire. 
 
Levy 2 bon,.jpgDe telles œuvres d’art sont tout sauf bricolées même si souvent  beaucoup de critiques aiment rattacher les ambitions des sud à une esthétique du rafistolage.  Ces cinq célébrations plastiques donnent le jour à des rituels poétiques totalement décalés qui prennent à revers la représentation du monde  et la perception du spectateur.   Le but recherché par la curatrice et la galeriste est de cesser de laisser croire en la vérité des évidences  par des « évidements » chers à Georges Didi-Hubermann et des glissements entre l’imaginaire et la réalité. Les cinq artistes savent que pour embrasser le cœur des choses il faut passer par la périphérie. L’intégrité de leur travail oblige au refus du fantasme de type vériste afin que sourdent d’une fantasmagorie, géométrique ou non, des sensations énigmatiques.
 

Jean-Paul Gavard-Perret