gruyeresuisse

11/07/2021

Johan Creten irrégulier de l'art

Creten 3.jpgJohan Creten, Galerie Ephémère, Genève, été 2021.
 
Johan Creten ose tout : sculptures monumentales en bronze, intimité de petits objets en céramique qu'il installe selon des angles précis sur des murs pour obliger le regardeur à ralentir sa visite. Il joue sur les textures, les matières, les échelles entre le monumental et l'humain, le délicat et la puissance, le brut et le raffiné. 
 
Creten.pngIl n'hésite pas à conserver dans ses oeuvres une certaine imperfection inspirée ici de ses "Gloires" qui lient sexualité, beauté et décor. De tels propositions sont troublantes et dérangeantes à souhait. La provocation prend racine là où tout semble se détériorer. Mais il ne faut pas s'y tromper : l'oeuvre avance dans un large éventail de propositions et d'idées où se logent parfois des bijoux de famille incandescents.
 
 
 
Creten 2.jpgLe sculpteur flamand reste un irrégulier de l'art de la céramique et du bronze dans un travail complexe qui ne fait jamais abstraction du quotidien. Si bien que tout ici dépote à souhait dans l'ordre d'une fête étrange, mystérieuse et avant tout iconoclaste.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

10/07/2021

Matière et peinture : Yuri Kuper

Kuper.jpgEn mettant la notion de littéralité au premier plan, de manière certaine mais pas uniquement, Yuri Kuper transforme la saisie brute du réel, le témoignage concret. La distance fait partie de ce travail qui se refuse autant à l'auto-représentation qu'à la présence de l'humain. Le royaume est sans reines ni rois mais l'artiste est présent.
 
Kuper 2.jpgTout est affaire à la fois de proximité et de distance. Et cette double postulation accentue le plaisir l’attention et la surprise. Pour le Moscovite  “Il ne doit pas y avoir d’intermédiaire entre celui qui regarde et le tableau. Le tableau doit hypnotiser, de la même manière que la surface de la chose contemplée a hypnotisé le peintre”.
 
Kuper 3.jpgAu besoin il utilise divers rebuts pour les inclure dans ses toiles et les transformer comme par exemple le bois flotté en des gris merveilleux et argentés. C'est comme si de telles "choses" se dissolvaient afin que le tableau devienne une matière concrète en perdant sa nature première.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Yuri Kuper, "Techniques mixtes", Galerie Patrick Cramer, Genève, jusqu'au 15 juillet 2021.

09/07/2021

Mederic Turay : traversées

Turay.jpgMederic Turay, "Abandoned Memories", Bloom Galerie, Genève, du 9 juillet au 10 septembre 2021.

 
 
Surnommé le "Basquiat africain" Médéric Turray  est un plasticien ivoirien. Emigré avec ses parents aux Etats-Unis il est plongé au cœur des influences artistiques et musicales des Etats- Unis. Il débute par des bandes dessinées et s’inspire de peintres célèbres tels que Picasso, Bacon, Dali, El Anatsui ou  Basquiat. Le plasticien se  définit comme "un artiste Africain dont les pérégrinations incessantes rapportent encore et toujours quelque chose de nouveau à mon travail. Les méandres des villes se conjuguent avec mes toiles sur lesquelles je m’exprime tel un voyageur en recherche perpétuelle de couleurs."
 
Turay 5.jpgL'artiste a suivi une formation classique en art. et il revisite l'art occidental à sa main. Ses peintures sont l’assemblage d’objets d’origines diverses et chaque pièce fait partie d’un tout. La peinture acrylique, le pastel à l’huile et le café sont ses instruments artistiques de choix. Et son travail est une tentative de saisir les particularités qui rendent une personne sans visage anonyme. Son style est à la fois abstrait et figuratif entre construction et déconstruction.
 
Turay 4.jpgDéfiant le temps en ses "traces" il immortalise les choses les plus simples comme les plus complexes. Certains signes sont récurrents dans ses toiles (pomme rouge,  mots barrés, la bouche barrée par une croix).  D'où des connotations religieuses. Il ajoute des mots et des poèmes qui guident son inspiration sur des sentiers inconnus et à la recherche constante de la formule parfaite. Pour lui, l’art est expérimental. Il assemble, découpe, colle et ne s’arrête pas à la peinture pour donner vie à ses personnages dans un langage   métaphorique et universel qui parle de l’Afrique et du monde.
 

Jean-Paul Gavard-Perret