gruyeresuisse

14/07/2021

Virginie Rebetez, exhumations

Rebetez 3.jpgVirginie Rebetez, "Avalon's speech" - tirage limitée // Images dormantes.
 
Il arrive que lors de la création d'une série certaines images doivent être écartées "non pas par manque de qualité mais pour cause de cohérence ou de rythme dans l'editing final" écrit Virginie Rebetez. Elle édite aujourd'hui ses abandonnées plus que laissées pour compte  durant la création de sa série "Under Cover", en Afrique du Sud, lors de sa résidence d'artiste Pro Helvetia, en 2013.
 
Rebetez.jpgLa photographe était allée dans le plus grand cimetière de Soweto pour s'intéresser aux pierres tombales recouvertes de différents matériaux, cachant ainsi l’identité du défunt.  Chez certain Sud Africains noirs traditionnellement, le revêtement des pierres tombales s’inscrit dans un rituel funéraire contenant plusieurs cérémonies. Au moment de la mise en place de la pierre tombale, la famille la recouvre immédiatement avec divers matériaux. Elle restera ainsi jusqu’à l’importante "cérémonie du dévoilement". Cette période d’entre-deux peut s’étendre  de quelques semaines à quelques années. Cette célébration est non plus en mémoire du défunt mais en  l’honneur de sa vie après la mort.
 
Rebetez2.jpgL'artiste a décontextualisé, ces pierres tombales. Elles deviennent des sculptures, des personnages silencieux en attente de leur dévoilement. De telles images reprennent de la sorte "Out of the blue"  un projet plus conceptuel. Mais ici en depit du cimetière le projet est moins tragique. L’image photographique atteint ici une autre limite dans la recherche du tangible et du matériel. D’où la création d’un puzzle optique funéraire particulier avec ses fantômes de pierre, de fer et de feu.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

13/07/2021

Andrea Gabutti : Monochromes vibrionnaires

Gal.jpgAndrea Gabutti, "Oeuvres récentes & Monographie, Galerie Rosa Turetsky, Genève, du 16 septembre au  30 octobre 2021.

Les oeuvres d'Andrea Gabutti trouvent leur source dans les photographies et les images qu’il rassemble. Chez lui le dessin demeure la technique de prédilection pour sa "re-présentation" du monde.  Le monde végétal et animal constitue sa source d’inspiration principale. Mais sa vision du paysage se renouvelle sans cesse. D’un fragment de réalité sorti de son contexte prend une dimension aussi monumentale que subjective.
 
Gal 3.jpgSes formats imposants sont créés en se fondant sur la qualité du support, son grain capables d'accorder à la texture et à l’aspect de la matière une "peau" particulière. Quant à ses petits formats, ils se rapprochent de la calligraphie. Andrea Gabutti joue avec subtilité de la large gamme de noirs et de gris afin de créer un réseau de lignes fines et enchevêtrées pour suggérer une vibration.
 
gal 2.jpgMais cette préhension du réel crée une méthode introspective selon un ordonnancement classique ou audacieux. Si bien que narration et contemplation sont intimement liées. Et le traitement monochrome de l’image vient renforcer ce sentiment de détachement par rapport au réel dans ce qui devient pour le Tessinois une manière de solliciter l'imaginaire du regardeur.
 

Jean-Paul Gavard-Perret

12/07/2021

Peter Fischli  : la peinture et son "après"

Prada.jpgPeter Fischli a conçu pour la Fondation Prada  de Venise ce qu'il définit comme comme la "sculpture d'une exposition de la peinture". Il a divisé la  mostra en dix cessions et une pluralité de narrations pour illustrer les questions qui ne cessent  de se reposer : assiste-t-on à l’histoire de la fin de la peinture ou cette idée est un problème fantôme ? Et si oui, les fantômes peuvent-ils être réels ?

 
Prada 3.jpgPour répondre il souligne cinq ruptures capitales causées par des changements techniques et sociaux qui correspondent à la mutation du paradigme de l'art à travers la peinture dans les 150 dernières année.
 
Prada 2.jpgLa première est causée par l'invention de la photographie. Elle fit affirmer en  1840 à l'artiste  Paul Delaroche en 1840 qu' "à partir d'aujourd'hui la peinture est morte". La deuxième apparaît avec l'invention du ready-made et du collage. Ils contraignent la peinture à trouver un nouvel espace à travers les objets. La troisième est provoquée par la mise en discussion de l'autorité de l'art et du créateur à la fin des années 60. La quatrième crise arrive lorsque que la peinture est critiquée en tant que bien de consommation. Enfin la cinquième lorsque à partir des années l'idée d'avant-garde devint obsolète.
 
 
Prada 4.jpgPeter Fischli  crée de la sorte un kaléidoscope de "gestes répudiés" en explorant cette série de moments de rupture. Et ce  en relation avec l'émergence de nouveaux facteurs sociaux et de nouvelles valeurs culturelles par l'arrivée  de la révolution numérique actuelle. En brouillant les cartes, elle peut devenir soit l'origine d'une nouvelle crise de la peinture ou, au contraire,  son renouveau.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
 

“Stop Painting”,  Fondazione Prada, Venise, du 22 mai au 21 novembre 2021.