gruyeresuisse

22/07/2021

Noeuds rythmiques de Hans Erni

Erni 2.jpgHans Erni  (1909-2015) est né et mort  à Lucerne. Il fut à la fois peintre, muraliste et graphiste connu pour les œuvres qu’il réalisa pour le gouvernement et les institutions. Il étudia à l’École des arts appliqués de Berlin où il développe une admiration pour le travail de Georges Braque et Pablo Picasso. Il organisera d'ailleurs la première exposition de l’artiste espagnol au Lucerne Museum of Fine Arts.
 
Erni 3.jpgSes grands projets comprennent la fresque "Vacation Land of the People" (1936) créée pour l’exposition nationale de Zurich et plusieurs timbres postaux suisses. Erni fournit également des peintures pour illustrer des billets de banque suisses, mais ils ne seront pas imprimés pour des raisons politiques.  Plus tard, il crée des œuvres gravées, des affiches et illustre de nombreux livres - entre autres pour la Guilde du Livre. En 1992, Erni réalise aussi le portrait du Secrétaire Général de l'ONU, Javier Pérez de Cuéllar affiché dans le bâtiment de New York.
 
Erni.jpgSe retrouve dans ses oeuvres l'influence de Braque, Masson, Picasso, néanmoins le créateur développe un langage plastique particulier où il fait la synthèse de diverses écoles. Tout s'exprime chez lui avec retenue qui n'exclut pas un certain lyrisme. Son travail souvent officiel reste audacieux et permet de suggérer jusqu'au mystère  de l'éros selon une suite de nœuds rythmiques aussi nuancés que sensibles.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Hans Erni, "Catalogue raisonné des livres illustrés", 312 p., "Les affiches", 360 p., Jean-Charles Giroud, "Hans Erni", 328 p. Tous sont édités par Patrick Cramer, Genève.

Déclinaisons des présences et leurs effacements : Andrea Mastrovito

Mastro.jpgAndrea Mastrovito, "Sous Rature",  Wilde, Bâle, du 5 juin au 7 août 2021.

Wilde présente "Sous Rature", une exposition personnelle d’Andrea Mastrovito. Elle se compose d’œuvres récentes dans divers médiums, tels que tableau noir sculpté, vidéo, œuvres sur papier et une installation spécifique au site faite de gommes à crayons.
 
Mastro 2.jpgL'artiste italien y poursuit ses efflorescences particulières. Cartons sculptés, impressions numériques. L'exposition est centrée autour du concept d’effacement, métaphore du destin. Le visiteur lorsqu'il entre, marche sur des milliers de gommes à effacer posées comme des mosaïques. L'artiste par ses propositions fait alterner le calme et l'horreur.
 
Mastro 3.jpgSelon lui les films d’horreur représentent des promesses et des possibilités de catharsis, mais peuvent également prédire un grand danger. Et les gommes essaimées ressemblent à des cercueils dans un cimetière. Cependant, l'artiste ne considère pas cela comme morbide. D’une certaine manière, la sérénité donne l’occasion d’oublier l’horreur comme l'angoisse de l’année écoulée sous le Covid lorsque notre mode de vie a été effacé.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
 

21/07/2021

Kristin Oppenheim : la voix et l'espace

Opp.jpgKristin Oppenheim, MAMCO, Genève, jusqu'en décembre 2012
 
Pour Kristin Oppenheim, les voix tiennent lieu d'oeuvre d'art. Son installation sonore est  composée de sept séquences musicales. La voix s’approche, éveille l’attention et enveloppe en douceur. Une seconde voix, plus lointaine, se superpose à la première et élargit l’espace sonore. La spatialisation et la réverbération des voix permettent de reconnaître les distances et de prendre ainsi conscience du lieu. Le visiteur se retrouve en conséquence au milieu d'un  espace auditif où la voix a cappella conserve l’essentiel d'un chanson originale réduite à  une courte mélodie et une ou deux phrases.
 
Opp 3.jpgLa créatrice en appelle à la mémoire individuelle et collective en proposant un air déjà entendu et diffusé en boucle. Mais le chant permet de "jouer" sur toute la gamme des sentiments et des sensations primaires, à travers la vibration vocale, le balancement des voix. Le rythme proche d’une respiration crée des hantises vaporeuses. Si bien que les répétitions et les diverses tonalités cherchent à révéler des voix enfouies en chacun de nous. Le corps n’est donc plus un appareil capable de percevoir une voix. Il permet de redécouvrir les propriétés tactiles du son en un savoir vivant en écho à l'évanescence créée par l’absence du corps qui émet ce chant épuré dans l’espace.
 
Opp 2.jpgQuant aux paroles elles signalent aussi un manque et une distance vis-à-vis de l’autre. Suivant les mélodies choisies, l’artiste parfois aperçoit quelqu’un par la fenêtre, parfois elle est délaissée ou en pleurs. Néanmoins elle peut tout autant séduire avec le "Squeeze me tight" (Serre-moi fort) de "Starry Night" et son appel à l'autre et à l'amour dans un filet de voix qui se voudrait nasse enjôleuse.
 

Jean-Paul Gavard-Perret