gruyeresuisse

26/07/2021

Edouard Vallet : le paysage hors de ses gonds

Vallet.jpgEdouard Vallet est un artiste majeur de l’art suisse du début du XXe siècle. Dans la peinture et la gravure il fait preuve d'indépendance et d'originalité si bien qu'il peut se rapprocher de Ferdinand Hodler, Max Buri, Giovanni Giacometti et Giovanni Segantini. Pratiquant l'introspection à travers l’autoportrait et l’évocation des "petites gens" par ses portraits il reste aussi un maître du paysage.
 
Vallet2.jpgSes transcriptions métamorphosent des lieux en eux-mêmes pittoresques. L'artiste leur ajoute sa propre vision en des formes d'ouvertures particulières. Parcourant  la campagne genevoise et celle de l’Isère, le marché de Carouge, la vieille-ville de Genève, les bords des lacs et des rivières puis la découverte du Valais, l’artiste réorganise le paysage par ses cadrages et remises en scène.
 
 
Vallet 3.jpgDans chaque oeuvre émerge un phénomène d'enlacement et de pénétration. L'image se manifeste comme apparition d'un phénomène indiciaire aussi subtil qu’étrange et qui tient lieu de trouble. Il ne signifie pas simplement : il annonce quelque chose qui se manifeste par quelque chose qui dans la nature et par effet de peinture se manifeste autrement. La réalité « vraie » est remplacée par une sorte d’indiscernabilité mise à jour à travers l’épreuve de la disjonction qui tient d’un soulèvement, d’une élévation. La révulsion du simple effet de surface joue pour créer une ouverture énigmatique vers d'autres repères.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 

Edouard Vallet, "Catalogue raisonné de l'oeuvre peint", 640 p. et "Correspondance", 240 p., Editions Cramer, Genève.

25/07/2021

Kira Weber : élargir le réel

Weber3.jpgKira Weber est née à Genève et vit actuellement en Grèce. Par son oeuvre  l'artiste creuse le cœur des choses par effet de surface. Sous  l'apparence réaliste, l’imaginaire domine néanmoins. L’artiste se situe à la charnière entre deux mondes comme elle-même voyage entre sa Suisse natale et la Crête dans une vision aussi momentanée qu'intemporelle qui tient d'une forme de célébration.
 
Weber.jpgPar ses natures mortes et la manière de les façonner selon une grammaire visuelle précise, surgit un univers de tendresse et d’intimité la plus pudique qui soit. L’atmosphère créée accorde une ressemblance à ce que nous ignorons encore. Il ne faut donc  pas chercher l'ailleurs ailleurs mais ici-même,  en une proximité qui provoque néanmoins une forme de distance face à ce qui ne dure pas mais que l'artiste rend non figé mais immuable.
 
Weber 2.jpgSa technique est parfaite. Loin de tout lyrisme Kira Weber se "contente" d’aller vers ce qui, se recréant, ne se pense pas encore et peut s'effondrer aux frontières d'un jour. Sans clinquant son œuvre impose moins un charme décoratif qu'une sidération à qui la contemple véritablement. Existent des connexions implicites avec les parfums du monde voire des respirations discrètement lascives. S'y ressent un frisson là où sous effet de réel tout est régi par une transfiguration poétique.
 
Jean-Paul Gavard-Perret
 
Kira Weber, "Huiles 1994-2007", "Huiles 2007-2009", "Pastels 2003-2011" Editions Patrick Cramer, Genève.

24/07/2021

Petite fabrique du syncrétisme : Namsa Leuba

Neuba 3.jpgIssue d’une double culture occidentale et africaine, par son père suisse et sa mère guinéenne, Namsa Leuba fait dialoguer la cosmogonie africaine avec ses origines. Pour se rapprocher de la culture maternelle en 2011  en Guinée-elle participe à des cérémonies et des rituels religieux. Cette expérience est déterminante. Elle est la source de son projet "Ya Kala Ben". Ces premières approches la poussent à aller géographiquement et intellectuellement plus loin - en Afrique du Sud par exemple - et à étudier et mettre en images des mécanismes de syncrétisme.

 
Neuba.jpgAvec "Inyakanyaka" (trouble » en zoulou), elle désacralise les fétiches et leur charge mystique en les figeant dans une construction occidentale.  Tous ces travaux sont une manière d’interroger l’ambiguïté de l’ethnocentrisme, et de faire converger cultures africaine et occidentale. Le tout à travers  un récit culturel que la photographie incarne en un dialogue entre l’identité africaine et le regard occidental. Elle ménage un équilibre là où la présence humaine devient ambiguë et selon divers projets personnels ou commerciaux.
 
Neuba 2.jpgL’expérience sensible de la photographe "dévisage". Elle reste un acte plus de foi plus que de la raison. Mais une foi non dans la religion : dans l’art. L'artiste envisage la plénitude de vie de l'image contre le vide du langage. Toutefois elle va encore plus loin : pour elle, l'obscur et la clarté restent insécables. L’artiste ne veut donc en aucun cas chasser la prétendue  animalité de la nuit noire pour la remplacer par la majesté du Dieu occident. Elle joue de l’entre deux en refusant fusion ou confusion.
 

Jean-Paul Gavard-Perret