gruyeresuisse

15/05/2020

Gian Marco Castelberg : portraits

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Le zurichois Gian Marco Castelberg donne aux visages connus ou inconnus une grâce.  La notoriété ne devient qu'un monde dans un monde où la puissance du nom est remplacée par la force des images. Au lieu de dresser des couronnes de laurier sur les têtes, l'artiste les métamorphose en un éloge disctret en soulignant ce qu'ils font juste par la beauté de leurs portraits.

 

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Gian Marco Castelberg poursuit sa quête d’une lumière secrète en réalisant des prises qui semblent saisies au coin d’une table mais qui deviennent comme un bruit de pluie le matin. Surgissent des sursauts de mémoire entre le fortuit et l’essentiel. Le monde de la création s’y brasse à travers les indices des clichés.  Ils deviennent des métamorphoses plus que de simples coups de chapeau

 

 

Castelberg2.pngAvec le photographe il n'est pas jusqu'aux chevaliers à la « triste figure » a devenir joviaux. Et même les coupeurs de têtes pourraient sembler agréables. Quant aux femmes elles sont ici plus belles que jamais. Le portrait devient la parfaite reponse en négatif au faux-semblant par un regard capable de donner à toutes et tous une qualité d'émotion là où par effet de choix d'angles et de lumière l’inconscient affleure. Ce qui ne veut pas dire que soit offert d'emblée sa signification

Jean-Paul Gavard-Perret

14/05/2020

Le beau n'est pas toujours en haut - Maximilien Urfer

Urfer.jpgMaximilien Urfer, "Agrisculptures", coll. Cat , contextuel, art&fiction, Lausanne, 132 p. et "fond d'écran d'artistes", idem, 2020.

Maximilien Urfer pose - dans ses photographies comme avec tous les médiums qu'il utilise (vidéo, installation, dessin, peinture, son) - la question du regard. Puisque de fait c'est bien lui qui fait une oeuvre : sans celui-ci en effet elle n'existe pas. Le regard seul se frotte au réel comme à l'image, les divise pour en emporter le quotient. Il forge la poussée vers une profondeur qui finit par s'ouvrir.

Urfer 2.jpgDans "Agrisculptures", l'artiste montre comment changer "une perception lassée d’une plaine valaisanne où chaque parcelle est devenue propriété utile et où la trame des vergers saccade le paysage". Et le créateur d'ajouter : " Pas d’itinéraires de grande randonnée sur les chemins qui bordent ces terres, pas de glaneuses de Millet non plus, labeur et désarroi se disputent une place sur le trône bancal de la paysannerie contemporaine.". Sensible à ce domaine, le natif de Morges a écrit et réalisé un film en 2018 autour des risques naturels dans la littérature suisse dont sur ce plan Ramuz reste le grand aîné. La campagne romande reste nouée à sa langue patiente, active où d’invisibles voix allument de possibles voeux.

Urfer 3.pngDans ce livre, Maximilien Urfer montre comment découvrir, loin des axes majeurs de circulation, des éléments disparates qui jonchent le sol et dont l’usage reste parfois une énigme. Les" agrisculptures" sont donc des sculptures accidentelles exposées à l'air libre et qui témoignent des travaux agraires. De la disposition de pommes avariées sur la terre à l’empilement de caisses à légumes s'instruit un certain "discours" sur l'ordre et la méthode agricoles mais tout autant une forme d'abandon où objets et matières parcellent l'espace. Ne demeurent que des traces d'un presque rien de ce qui fut parfois un tout.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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Amourante tendresse de l'abandon - Barbara Cardinale

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Barbara Cardinale vit et travaille à Lausanne. Le livre d’artiste occupe une place prépondérante dans sa pratique artistique. Elle en publie régulièrement chez des éditeurs suisses et français. La plasticiene travaille en grande partie avec la technique du transfert qu’elle explore sur différents supports tels que le bois, le papier ou encore le cuivre et combine souvent cette technique avec des rehauts au crayon graphite ou à l’encre.

 

Barbara Cardinale 4.jpgSe créent de la sorte des "capsules périphériques" pour reprendre le titre d'un de ses livres mais aussi des portraits humains et animaliers dont la substance déborde ce qu'elle est normalement et ce dans le périmètre précis que représente chaque silhouette. Et si le ventre déborde ce n'est jamais d'un pantalon mais d'une bouche plus ou moins et implicitement dévorante au milieu de tenailles de marines exotiques au dessus des genoux.

 

Baraara Cardinale 3.pngDes bustes s'aggripent à divers éléments comme aux ligaments de la langue plastique dont les muscles nourrissent ce qui écrase les vertèbres. Le déconfinement n'est pas de mise puisque tout se passe à l'intérieur d'un corps en mutinerie. Avec Barbara Cardinale il ne se contente jamais de reposer en paix mais se délecte d’étoiles, disséque le soleil dont il avale la clarté. Le tout dans la vague d’une silhouette : la créatrice la coud en cert-volant pour la transformer en  danse ou rêverie.

Jean-Paul Gavard-Perret

Voir site art&tfiction, Lausanne.