gruyeresuisse

13/12/2019

L’escargot dans sa coquille : Pierre Alechinsky

Alechinsky.jpgMaintes et maintes fois Pierre Alechinsky se retrouve sur les rives de la peinture. Plutôt que d'y plonger corps et âme, il la longe tout en s'y enroulant. Son livre permet d'en donner diverses sinon clés du moins pratiques. Dans un travail toujours inventif et incessant il invente un monde rebelle aux figurations du temps mais qui néanmoins ont tendance à devenir une nouvelle doxa.

L'artiste œuvre désormais plus par allongements, étendues que réceptacles et coquillages ouverts. Le monde l'a rattrapé bien que les formes qu'il invente ne cessent de roue-couler sans nostalgie des ailleurs puisqu'il les propose  en évitant des explications : «À  la question : "Expliquez-moi votre peinture!", je lance : "Si je pouvais le dire, je ne le peindrais pas." Développerais-je, aussitôt mon tableau deviendrait la poupée du ventriloque. Mais la peinture ne couvre pas tout".

Ale 2.jpgL'œuvre qui était déjà une frontière en peinture et écriture entame ici un pas de plus vers l'écriture. Cet ouvrage devient un livre officiel où les formes jadis étranges et sauvages sont désormais domestiquées par le public : elles ont même fait leur entrée au Palais de l'Elysée. Ce qui ne les empêche pas de tenter de vagabonder sur de tels murs. Mais si l'artiste est alimenté par sa liberté, peu à peu son langage ressemble à ce que furent ceux de Buffet puis Folon en leur temps.

Ale.jpgMurailles en fragments, en jeu de l'oie  semblent peu à peu se répéter là  où jadis le peintre inversait ses données initiales ou les creusait entre encombrements graphiques et désencombrements plastiques. Il faudrait que l'ambidextre trouve désormais  une troisième mains pour quitter ses ivresses souveraines/souvenirs pour accomplir un virage plus marqué qui le dégagerait de sa route désormais balisée.

Jean-Paul Gavard-Perret

Pierre Alechinsky, "Ambidextre, "coll. Blanche, Gallimard, Paris, 2019, 472 p..

12/12/2019

Blaise Cendrars au-dessus des ténèbres

cendras.jpgLes éditions Fata Morgana ont la bonne idée de republier le livre qu'elles éditèrent en 1997. Ce livre - le premier écrit par Blaise Cendrars (qui n'avait pas encore pris son nom de guerre) - personne ne l'avait jamais vu ou lu dans son édition originale. Le poète en n'eut jamais un exemplaire. Il est vrai qu'âgé de 18 ans il avait d'autres chiens à battre et qui plus est une amoureuse à caresser. Dès lors certains spécialistes de l'oeuvre finissaient par douter de l'existence d'une telle publication.

Cendrars 2.jpgMais des passionnés ne renoncèrent pas à la retrouver. Et c'est en 1995 que le poète et bibliophile bulgare Kiril Kadiisky découvrit en quasi lambeaux ce premier livre écrit en russe sous le titre : "Frederic Sause(r), légende de Novgorod, traduit du français par R.R. - Sozomov - Moscou - saint Peresbourg - 1907". Le livre est restitué en français sous la direction de Myriam Cendras et cela avec une impeccabilité rare. Il est par ailleurs illustré par Pierre Alechinsky qui, après un temps d'hésitation, se ravisa afin de donner une vision astucieusement illustrative à ce texte déjà futuriste et d'amour.

Cendrars 3.jpgTout Cendrars  est déjà présent dans cette oeuvre première. L'auteur s'y affirme ainsi :  "Le poète est un Suisse aux lourdes portes entre le paradis et l'enfer - pour que le bien ne puisse se changer en mal et que le mal soit éternellement contenu". Celui qui se revendique déjà aventurier et vagabond y inscrit  l'art poétique qu'il ne cessera de défendre et d'illustrer au sein des affres du monde :  en Russie "où le ciel renversé comme un baquet inonde tout de lait", comme ailleurs, entre autre chez lui en Suisse, mais bientôt aux USA où il écrira à New York sa première œuvre "officielle".

Jean-Paul Gavard-Perret

Blaise Cendrars, "la légende de Novgorode", editions fata Morgana, Fontfroide le Haut, é019

11/12/2019

Vincent Pérez : l'habit fait le moine

Pérez.jpgVincent Perez "identités", Musée suisse de l’appareil photographique, Vevey du 7 novembre 2019 au 26 janvier 2020

Le comédien a d’abord voulu devenir photographe. Il a commencé des études de photographie à Vevey puis fut assistant chez un photographe de Lausanne où il découvrit la science de la prise de vue. Mais très vite il bifurque vers le métier qui le rendit célèbre. Peu à peu il est revenu à la photographie à travers le portrait qu'il traite toujours de manière atypique souvent en retour vers l’argentique et son Leica même s'il utilise aussi le numérique grâce au Pentax 645 : les deux outils lui permettent de retrouver des sensations premières de sa jeunesse.

Pérez 2.pngRefusant l'aspect conceptuel d'une certaine photographie contemporaine il cherche à retenir ce qui provoque chez lui des petits pincements au cœur non sans un goût du jeu là où le vêtement garde une grande importance et crée par lui-même une forme de mise en scène. Preuve qu'il existe un lien entre photographie et cinéma. Vincent Perez possède un œil est attentif aux autres. Ses photos sont avant tout expressionnistes et le plus souvent enjouées là où l'identité est soumise aussi à l'importance des accessoires et à la relation d’un corps avec l’espace.

Pérez 3.jpgBeaucoup de ses prises ont été réalisées dans une communauté du quartier de Barbès à Paris adepte de la "Sapologie" héritée d'une tradition africaine instigatrice d'un style de vie qui témoigne d'un art vestimentaire consumé avec ses codes. S’y joignent les portraits réalisés en Russie ( issues de son « Un voyage en Russie » de 2017) et une salle où est projeté sur grand écran l’ensemble des ses oeuvres photographique. Cet un bel hommage que rend enfin la Suisse à son "natif".

Jean-Paul Gavard-Perret

10:34 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)