gruyeresuisse

20/08/2019

Markus Weggenmann : dans l'espace nommé du neutre

WE.pngMarkus Weggenmann, «flirting with sculptures», Galerie Mark Müller, Zurich, du 31 août au 12 octobre 2019.

A tous ceux qui veulent comprendre comment se fomente le déplacement des formes et des couleurs, existe dans le travail de Markus Weggenmann bien plus qu'une initiation : le travail d'une vie et celui d'une oeuvre qui se poursuit. Le tout au sein d'une iconographie parfaite et en une suite de travaux qui font de l'oeuvre un "objet" précieux à l'intersection de diverses techniques et "genres".

WE 3.pngDes telles structures restent ici des "objets de désir". Ils permettent non seulement de traverser l'espace mais d'être pris par une beauté. Elle retrouve  là une valeur qui n'est pas seulement celle d'un goût mais d'un regard et d'une manière s'envisager un lieu que l'imaginaire crypte.

PWE 2.pngar les formes et les couleurs il s'agit toujours d'aller plus profond. L'artiste le peut car, connaissant toutes les gammes plastiques, il se permet l'improvisation pour sauter loin des partitions. Il ose - dans le trou des harmonies - des dissonances pour qu'au besoin le regard avance d'abord de guingois de la basse à l'aigu. Markus Weggenmann cherche à découvrir sinon l'accord parfait au monde du moins une liberté qui permet de le traverser.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

10:05 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

19/08/2019

La vie en rose selon Nici Jost

Jost.jpg"Nici Jost | To be continued….", Balzer Projects, Bâle, du 18 juillet au 24 août 2019. et "Instinctive Desire", Volume 8 de la serie Primeur, Editions Fink.

Jost 2.pngInstallée à Zurich et Bâle, la canadienne Nici Jost est une praticienne de la photographie conceptuelle. "To be continued..."  présente ses photos et le livre "Instinctive Desire" qui fait le point sur son parcours et  dont un essai analyse le rôle du rose dans son oeuvre.  Par cette couleur la plasticienne explore les tensions entre la technologie et la nature, l'espace et la perception et ce non sans humour dans ses transfiguration. Ce travail multimédia est induit par les construction sociales dans lesquelles chaque individu est imbriqué.

 

Jost 4.jpgQuand le "rose est mis " il devient le référent de son travail. Nici Jost en explore la puissance psychologique, sociale au sein de l'art, de la poésie et de la littérature. Pour elle cette couleur polarise beaucoup plus que toutes les autres du spectre optique par les imbrications sociopolitiques, genrées et symboliques qu'elle suggère.

 

 

Jost 3.pngLes photos conceptuelles de la créatrice superposent différents éléments pour attirer l’attention sur le processus même de création photographique et offrir un «commentaire optique» ludique sur la vérité et l’illusion. Les expérimentations interrogent le médium et rejettent l’illusion de réalisme au moyen des parodies critiques que le rose produit et qu'il entretient dans son rapport au monde en tant que chambre dans l'énigme de l'obsession comme de l'écart.

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 
 

18/08/2019

Chochana Boukhobza et Philippe Bouret : l'Ombilic des ombres

Folazil bon.pngOn ne se remet jamais de l’histoire, surtout lorsque sous Hitler être juif revient à devenir comme l'écrit Max Fullenbaum, « inflammable ». Et pour son premier livre de sa nouvelle collection, Marie Philippe Deloche, directrice de Folazil, donne voix à une créatrice dont le travail artistique ramène au coeur du mal. Poussée dans ses retranchements par Philippe Bouret, elle précise le cadre, l'objectif et les enjeux de sa quête. Le psychanalyste, membre de l’École de la Cause freudienne et de l’Association mondiale de psychanalyse, en maître des interviews, sait trouver les questions essentielles qui permettent de comprendre les principes  esthétiques et existentiels qui sont pour Chochana Boukhobza au dessus de toute soumission précaire.

Folazi.pngPensant à la Shoah et au système qui la prépara l'artiste rappelle qu'il faut toujours craindre le magnétisme d'hommes ou d'idéologies qui cultivent - sous prétextes de force de vie - la mort  qu'il donne là où s'installant à la place de la haute pensée les cris de haine. Cet entretien n'est donc pas un énième livre sur la Shoah. Pour dire le désastre Bouret au lieu d’étouffer la langue hiatus, la déplace à travers ses questions. Chochana Boukhobza répond directement pour exprimer l’irréductible et l'impensable à travers elle aussi les déplacements et les exils de la langue et des êtres.

Folazil 2.jpgEt ce pour une raison majeure et un défi : le dialogue s’invente et progresse au fil des questions. S'y remonte et s'y démonte la topographie de la Shoah qui sort soudain du forclos. Le livre offre une vision impitoyable mais laisse la place à une circulation parfois étrange : à l’étoile imposée succèdent d'autres délits. De la vie et de son exclusion, toute une charge souterraine suit son cours. D'où ce nécessaire rappel à l'horreur de ce qui fut.

Jean-Paul Gavard-Perret.

Chochana Boukhobza et Philippe Bouret, "La poésie est un art déchirant", Folazil, Grenoble, 2019.

De Chochana Boukhobza, "Le troisième jour", Denoël, 416 p., 20 €.