gruyeresuisse

19/05/2019

Je ne vois que toit (XX)

Divoy 2.jpgInfusion lente

 

"Allez donc, allez !" disent aux garçons leur mère embrouilleuse "mais revenez moi derechef". Et ils rentreront laissant flotter leur chemise et - en plan - seins et écrin qu'ils viennent de marauder, non sans gestes maladroits envers les sauvageonnes hirondelles.

 

Sur leurs talons hauts les magiciennes - dont le sourire ne ment jamais à qui sait y voir leur sexe - auraient pu leur proposer printemps et léthé. Elles restent pantoises face à ceux qui les quittent. Il faut attendre que leur crâne se dégarnisse et qu'eux-mêmes décryptent ce qui se passe à l'intérieur. Ils ne se contenteront plus d'arracher boutons, pressions et broches. Peu à peu leur fenestron se fermera afin d'éviter que s'envole la chimère. Ils regarderont les étoiles à travers (le Vélux est un luxe) avant que le ciel disparaisse dans celui du lit. Le tout avec le goût de verveine des jours qui blanchissent.

 

Lheo Telle (aka Jean-Paul Gavard-Perret)

Photomontage de Michèle Divoy 

 

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Hreinn Friofinnsson : murs et murmures de la pensée

Frioff.pngHreinn Friðfinnsson, "To Catch a Fish with a Song: 1964 - Today", Centre d'Art Contemporain, Genève, du 24 mai au 25 aout 2019.

Le Centre d’Art Contemporain Genève présente la première exposition personnelle de Hreinn Friðfinnsson en Suisse. L'Islandais fait preuve autant d'austérité que de lyrisme en une série de transfigrations abstraites de la nature.  L'expression  - trop pompeuse peut-être - "une sorte d’alchimiste idiosyncrasique". pour le définir met néanmoins  l'accent sur les transformations fabuleuses que l'artiste propose afin de mêler l'art et le temps, la raison à une certaine folie créatrice d'émotions puissantes.

Frioff 2.pngInstallé à Amsterdam depuis 1971 le plasticien est un artiste majeur du temps. Photographies, dessins, vidéos, installations, ready-made : tout passe par une économie autant sémantique que de moyens.  L’univers, commencé en une soupe chaosmique, est remis sinon sur pied dans une vision contre toute attente. Elle remet les pendules du monde et de l'art à l'heure. D'intempestives vues de l’esprit prennent corps en un mixage de repères qui interceptent la lumière et la communique à l’autre dans une magie visuelle.

Jean-Paul Gavard-Perret

Je ne vois que toit (XVII)

le-fils-unique.jpgLe ver à soi

Hugues dit "L'Indien", enfant unique - en conséquence infirme par pusillanimité. Déjà songeur avant de naître. Bref rêveur et peureux. A mis ses mains dans la madoue d'entrailles mais ne finit pas de les laver jusqu'à ce qu' il défaille. Il tient pourtant tant que faire se peut. Parfois mignon (doigts fins de petit homme) parfois habité de ses démons. Que fait-il sinon marcher à reculons, roses de lèvres, rouge de colère ?

Frêle enfant au vent levé n'ayant de cesse d'embrasser les lilas neufs au senteur de nuit. Un gazouillis s'échappe, une jupe s'envole. Mais ce qui subsiste des autres reste une hypothèse vague, un mur, un profil dangereux, un mal qui empêche d'exister. Profit et perte restent incertains. Nulle souveraineté. Le don n'est plus inclus entre débiteur et créancier. L'obligation d'incertitude : une nécessité. Dans cette configuration ne naissent jamais les grands d'Espagne. Uniquement leurs châteaux.

Lheo Telle (aka Jean-Paul Gavard-Perret)

 

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