gruyeresuisse

24/05/2019

Je ne vois que toit (XXIV)

Bergère.jpgL'amour est dans le pré

Existant dans l'improférable je l'énonce pourtant de toute mon intériorité. Elle s'écrase comme mon doigt sur les touches du clavier. Saccage de l'indicible d'où viendrait le mot amour. L'ouverture de mes bras préfigure une présence plantée là où pas un poisson ne brasse l'eau, pas un oiseau de proie ne mouline l'aire. Non rien. L'autre s'écarte à force et m'observe avec effaremment.

Je suis là planté au milieu du langage. Comprenez : je m'efface, poursuivant mon travail de berger poussant le cul des vaches qui renoncent à avancer. Un borborygme est ce qu'il y a de mieux car cela evite d'entrer dans les détails. Sur la route mouillée parfois je pile des coquilles d'escargots. C'est mon saccage de l'indicible sans que s'agrège à moi une émotion sourdement injectée. Je ne leur veux pas de mal, ça se fait machinalement.

Puis je recolle au troupeau et agite ma trique regardant au passage si les pommiers accoucheront de leurs fuits. Ils s'attachent à mes os comme à mes manques. Parfois j'étire ma peau pour savoir si elle adhère encore à mon squelette. Une oreillette me souffle en boucle les souvenirs d'une vie en parallèle dont j'ignore tout.

Arrivé au pâturage je n'en dirai rien à la bergère qui conduit le troupeau. Une nouvelle fois elle va sortir son chapelet pour l'égrainer. "Prie avec moi" dit-elle. J'opine à la seule condition qu'elle me montre ses affaires. Sans parler elle le fait, je mate les douces éclisses de son bas-ventre. Commencent les Ave et les Pater Noster. Après l'ouverture des parenthèse de ses cuisses : le vouvoiement de la prière

Lhéo Telle (aka Jean-Paul Gavard-Perret

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23/05/2019

Walead Beshty - l'été au MAMCO

Beshty.jpg"Walead Beshty", MAMCO, Genève, 29 mai au 8 septembre 2019.

L'exposition estivale du Mamco consacrée à Walead Beshty a pour but "d'expliciter l’image comme résultat d’un processus, plus proche en quelque sorte d’un software que d’un hardware". Créés par un script les travaux de Walead Beshty questionnent l'apparition  des images et les liens qu'elles entretiennent avec le réel en une société mondialisée.

Beshty 3.jpgCe travail est donc crucial pour comprendre l'oeuvre d'art et son langage. Celui-là illustre par exemple différentes facettes d’une même "histoire". Le spectateur est donc situé en un porte à faux où demeure entière l’énigme de la représentation. Photographies, magazines, cartes postales, objets, gravures, installations, séquences télévisuelles, peintures, etc.,  embrassent tous les champs en passant par l’information ou l’imagerie populaire. Repéré entre autres à la Biennale de Venise en 2015, Walead Beshty traverse la représentation de Brunelleschi à Instagram, de Marey à Gordon Parks en divers filtrages.

Besthy 2.pngLe plasticien déstabilise tout en ayant pris conscience que ce qui fait son approche au sein d’une perpétuelle remise en cause. Une transmutation s'opère à différents niveaux et sur divers supports. L’artiste relie un dedans et un dehors souvent inconnus. Il inscrit les états inqualifiables de processus ou les empreintes de moments de désaccords et de fractures entre l'homme et le monde. L'oeuvre les donne à voir dans une épaisseur de strates et de plans.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

Je ne vois que toit (XXIII)

Flanagan.jpgLe Jeanre

Se sait ridicule en se tortillant sur du disco mais n'arrive pas à renoncer aux tournées nocturnes. Ayant traversé le lac Léman, il accompagne parfois une veuve en cheveux bleu iris jusqu’aux machines à sous du Casino d'Evian avant de l'inviter à l’hôtel en prenant soin d’avaler une pilule de la même couleur.

A-t-il aimé ? Aura-t-il aimé ? Se le demande même pas. Il dit parfois avoir vécu un roman de garce, une chanson à l'eau de rosse, un film aux illusions déchues. Le voici revenu au temps où il interrogeait chaque mot pour comprendre leur parlêtre. Bref leur qui, leur quoi, tout ce qui ne va pas de soi quoique que l'on puisse en dire.

Il plonge dans l’indétermination, espère un temps sans sujet - ou celui qui n'est pas le bon - afin de renoncer à toute souveraineté. Il ne cesse de se reconnaître dans l'île d'Elle. Ce pronom n’autorise plus rien de personnel : il pleut, il neige, il y a. Il est rassurant de comprendre qu'une telle indéfinition le restera longtemps.

 

Lhéo Telle (aka Jean-Paul Gavard-Perret)

Sculpture de Flanagan.

 

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