gruyeresuisse

01/04/2019

Barbara Polla : la Suissesse et l'amour

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Pour Barbara Polla la poésie est action. C'est l'arme tendre qui soulève le monde. Dans une époque qui se replie sur elle-même dans un néo-puritanisme la Suisse offre une zone de non droit. Ou plutôt de tous les droits. D'autant que pour la Suissesse la poésie érotique est un moyen de faire éclater le patriarcat et d'approcher les territoires cachés sans honte même et jusque ce qui est considéré hâtivement comme pornographique. Pour preuve à Genève l'artiste Patricia Terrapon a choisi un des poèmes de Barbara lors de l'exposition de groupe "Préliminaires".

Ecrit pour la "New River Press" dans son "Yearbook 2018-2019", le poème a été retiré de l'exposition car jugé scandaleux et dangereux pour les enfants qui pouvaient le lire. Il a été remis à sa place plus tard et lu en public lors du finissage. Et si les enfants doivent être protégés, ce n'est en rien d'une telle poésie. Le poème de Barbara Polla est une ode à l'amour sous toutes ses formes. Il ouvre les fenêtre de l'imagination par un éros qui vaut mieux que ce que les chères têtes blondes peuvent regarder sur la pléthore des sites pornos qui ne font que cultiver des stéréotypes masculins.

Polla.pngChez Barbara Polla à l'inverse tout est plus doux que cruel et dans une liberté de jeu : "Just before love / He likes to watch girls / While touching his balls / And then he looks at me /At my mouth at my lips /Ajar and wet and pink /Playing with my tongue /And my fingers in my mouth". L'objectif n'est pas de sacrifier aux normes pudibondes ou de payer de sa personne mais d'aimer en "correspondance" dans le partage d'une maturité affective et sexuelle assumée. La poésie de Barbara Polla - pour le moment uniquement disponible en anglais ("Ivory Honey" New River Press, 2018) - est un encouragement aux hommes à ne plus se comporter en "universel prédateur" et à considérer les femmes non comme objets mais sujets d'un désir  et un plaisir partagés dans un "entretien infini" vécue en harmonie.

Jean-Paul Gavard-Perret

Photo de Patricia Terrapon pour "Préliminaires".

Erika Materson : innocence

materson 3.jpgErika Materson a trouvé dans les animaux "réanimés" par la taxidermie un des moyens de transformer le monde des images à travers et principalement sa fille en tant que modèle.  Par leur état de survivance - qui n'appartient ni tout à fait à la vie, ni tout à fait à la mort mais à ce genre d'état aussi paradoxal que celui des spectres qui mettent notre mémoire en mouvement - la photographe invente des contes fabuleux à l'opposé de ceux de David Hamilton.

Materson 2.jpgL'enfance dort ou vit ici avec des animaux en des atmosphères nocturnes mais ouverts. La main enfantine cherche le pelage des bêtes comme si le soyeux la protégeait du temps qui passe et des prédateurs humains. La présence d'une mère est là aussi pour la préserver.

 

 

Materson.jpgExiste une hantise paradoxale, une diaphanéïté, une douceur. L'animal devient une nouvelle version de la bonne suie de Mary Poppins. L'innocence demeure. Elle reste l'envers de ce que le passage du temps indique. Il s'agit de suggérer une caresse "blanche" et éprouver un contact de la même couleur. Le coeur pur de l'enfance résiste à l'âme troublée de la féminité en devenir.

Jean-Paul Gavard-Perret

Erika Materson, "Tangled up in beauty", Soho Gallery, 3 abril au 4 mai 2019.

 

11:41 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)

Kenro Izu : retour et avancée

 

Izu 2.jpgKenro  Izu représente moins des corps ou des choses que des formes "pures" selon une esthétique qui croise la culture japonaise et l'art occidental. Dans tous les genres (nature morte, nu, etc.) que l'artiste aborde le laid est évacué pour donner au quelconque ou à l'éphémère une force d'émotion et de sensation renouvelée.

Izu.jpgAcceptant ce que tout un art contemporain méprise, il remet au centre de son oeuvre la question du beau presque absolu au delà de celle du goût par une "picturalité" augmentée. Elle se moque presque de l'objet saisi pour ne s'intéresser qu'à une "reformulation".

Kenro bon.jpgCe nouveau formalisme reste d'une part classique mais aussi mallarméen, il est producteur d'effets renouvelés loin de certaines farces esthétiques contemporaines avides de spectacle. L'expérimentation est chez Kenro Izu plus profonde pour créer une qualité sensible inédite par les jeux de couleurs ou de monochromes, d'ombres et de lumière.

Jean-Paul Gavard-Perret

Kenro Izu, "Séduction", Spazio Damiani, Bologne, du 22 mars 2019 au 31 juillet 2019

10:58 Publié dans Culture, Images | Lien permanent | Commentaires (0)