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20/03/2019

Esther Teichmann : les narrations du féminin

Teichmann.jpgLa sidération des photographies peintes d'Esther Teichmann opère pour la deuxième fois à la galerie des Filles du Calvaire. L’influence du romantisme allemand et du cinéma est toujours présente et selon une esthétique que l'artiste définit ainsi : « Plutôt que de travailler directement à partir d’une histoire de l’art spécifique, je collectionne des documents provenant de sources diverses", elle en tire corps et gestes pour un potentiel narratif qu'elle reconstruit et active.

Teichmann 3.jpg

 

Dans des sortes d'installations vidéo la peinture et la photographie ne font plus qu’une. Soit la peinture ruisselle sur le tirage, soit elle lui sert de fond en des couleurs subtiles. Tout appartient au registre du mystère : celui de la recherche du désir, de sa peur ou de son risque comme de son exacerbation  qui  déjoue tout devenir de mortification.

 

 

Teichmann 2.jpgL'artiste construit une plongée dans le monde énigmatique du fantasme. Des métaphores aquatiques ou minérales (cascades, coquillages) entourent d’autres excroissances : celles de la statuaire. Derrière, des encres glissent pour suggérer des grottes aux réminiscences parlantes. L’érotisme n’a rien d’obscène : il est l’image d’une quête intime. Celle qui se dérobant aux regards s’offre néanmoins dans les abysses de la féminité.

Jean-Paul Gavard-Perret

Esther Teichmann, "On Sleeping and Drowning", Les Filles du Calvaire, du 12 avril au 11 mai 2019

19/03/2019

Olivier Rachet : et Sollers réinventa la peinture

Rachet.pngSi l'écriture ne signifie ni éternité, ni éternisation (eu égard son caractère abstrait) mais seulement une agonie, l'art à l'inverse déjoue le "devenir-mortification" autant du langage que d'ailleurs de l'image lorsqu'elle n'est pas la source d'une "dialectique" comme le précisa Sollers au moment où "Tel Quel" et le revue "Peintures" nouèrent un nouvel avenir pour l'art.

 

 

Rachet 2.jpgCette dialectique - comme le rappelle Olivier Rachet dans son essai fondamental sur Sollers et la peinture - l'auteur de "Paradis" (son chef d'oeuvre) n'a cessé de l'explorer. A partir d'une image "primitive" celle de "la divine Olympia", il a relié l'art à l'essentiel : Eros frère jumeau de Thanatos comme l'ont prouvé tous les artistes qui comptent pour lui du Caravage à Bacon (mais ce ne sont que deux noms parmi bien d'autres repères).

Sollers.pngParfois dans une forme de dialogue inventé afin d'alléger sa démonstration, Rachet prouve que l'alacrité de l'écriture de son modèle est inhérente à son "goût" (mot clé chez lui) pour un art parfois oublié, parfois ou "mal vu mal dit" (Beckett) jusqu'à lui : de Courbet à Pollet, de Fragonard à De Koonig. Sollers fut donc au centre d'une "contre-histoire de l'art" (sous titre de l'essai) et de sa révolution. Ce qui pour Rachet efface certaines errances maoistes de l'auteur. Mais celui-ci vient d'en faire sauter l'hypothèse par une belle torsion. Celle qu'il propose via Shakespeare embarqué avec lui sur le bateau de son dernier et superbe "Le Nouveau" (Gallimard).

Jean-Paul Gavard-Perret

Olivier Rachet, "Sollers en peinture", coll. Tinbal essai, éditions Tinbad, Paris, 2019, 220p., 21 E..

 

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Olivier Rachet, "Sollers en peinture", coll. Tinbal essai, éditions Tinbad, Paris, 2019, 220p., 21 E..

Céline Masson : masques

Masson.pngCéline Masson, "Toison", Le Flon, Lausanne, du 29 mars au 27 avril 2019.

 

Par ses effets de surface Céline Masson ne cherche jamais à épater au moyen d’images fausses, frelatées et éphémères - ce qui paraît pourtant souvent le plus original aux yeux des gogos. Elle attire l’attention par ses jeux de superpositions pour transformer le trivial en des sortes de "tableaux vivants" qui ne recyclent jamais de vieilles formules.

Masson 2.jpgPas de compromis avec le fantasme mais les noces de l'audace et de l'impertinence. Elles portent en elles une vérité à la fois d'apparence et d'apparentement. C'est habile et drôle. Le corps est tissé mais s'y ouvre des poches d’ombre en aplomb du chaos. Jaillissent l’énergie hallucinante et les effets d'une sorte de cinéma où l'artiste mêle à sa manière Louise Bourgeois et Charlie Chaplin.

Céline Masson ne veut pas diminuer l'obscurité mais augmente la lumière. Chaque fois en filigrane il existe une différence inattendue. Le corps change sa "'viande". Voire son âme. Celle-ci semble parfois sous éteignoir : une bouche se tord, une farce prend forme. Et ce pour souligner qu'en chacun de nous demeure un "monstre" caché qui fait tout notre mystère. L'artiste le rapproche moins du voir que de l'entrevoir - ce qui est bien plus intéressant.

Jean-Paul Gavard-Perret