gruyeresuisse

22/01/2019

Les incorporations de Gisèle Didi

Didi.jpgLa vraisemblance, la ressemblance pour Gisèle Didi ne doivent pas avoir forcément le dernier mot. Faire l’inventaire des images - principalement de la féminité -  n’est pas ajouter des images les unes aux autres. Il faut à travers elles fabriquer un monde "juste" et habité. L'artiste fait preuve des dispositions interprétatives même au sein de ce qu'elle nomme - à tord - son narcissisme. Dans chaque série et au fil du temps elle prouve comment existe  une multitude de moments imbriqués dont la photographe déplace certains lignes en une esthétique qui cherche bien plus la vérité que l'effet.

 

Didi 3.jpgL'oeuvre reste réaliste et drôle. Par la juxtaposition de prises en diverses séries Gisèle Didi présente un parcours de 20 ans en une sorte de journal intime. La question qui ressort reste la suivante : comment les image et leurs assemblages ("Femmes à nattes" par exemple) créent un savoir. Chacune crée une vérité d'appartenance là où une certaine impudeur se transforme en fantaisie singulière.

 

Didi 2.jpgSans forcément avoir comme but la considération d’une beauté formelle, la créatrice étend le champ des images en faisant abstraction ou en modifiant le concept du beau. Les gestes, poses, narrations (comme celle du "pigeon") créent des points de bifurcation. L'image reste dialectique. Elle met en scène différents plans de présences intempestives ou non. Jaillit moins un désordre qu'un morcellement. Il fait le jeu d'une unité et ce à travers le corps où tout passe loin du pathos, du romantisme ou de la parade. L'artiste prouve que sans imagination il n'existe pas de vérité d'incorporation.

 

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Gisèle Didi, "Le catalogue 1988 - 2018", voir le site de l'artiste.

 

Mariken Wessels entre fascination et répulsion

Wessels.jpgMariken Wessels est obsédée par le poids; les rotondités. Nul ne peut dire si de telles formes la repoussent ou la fascinent. Les deux sans doute. Comme le prouve la première représentation de son nouveau projet "Arising from the Ground" composé de photographies et de sculptures. Le corps ne laisse pas son simulacre derrière lui il pèse de sa masse portée par la fatigue qui le conduit vers le calme.

Wessels 3.jpgLe titre de la série vient du photographe Eadweard Muybridge qui étudia le déplacement des hommes et des animaux. Les sculptures ont été réalisées à l'European Ceramic Workcentre (EKWC) en s'inspirant des femmes obèses photographiées par Muybridge lorsqu'elles tentaient de se lever (‘Nude woman arising from the ground" 1885). Les modèle d'hier ou d'aujourd'hui sont obligées de vivre au ralenti.

Wessels 2.jpgQu'essaye d'éclaircir Mariken. Wessels ? Fascinée par la qualité animale et scénique du corps en mouvement spécialement lorsqu'il est volumineux voire démesuré l'artiste non seulement le modèle : elle le photographie de manière sous-marine pour un étudier le mouvement et les formes. Reste toute l'ambiguité d'une regard quasi anorexique face à ce qui reste son absolu contraire. Ce que l'artiste tente de montrer est peut-être le rêve d'atteindre un point de fuite face à ce qui la charme et la terrorise.

Jean-Paul Gavard-Perret

Mariken Wessels Expo Solo. The Ravestijn Gallery, Rotterdam du 7 au 10 février 2019.

21/01/2019

Frérécic Aquaviva : Isidore Isou l'oublié

 

Isou.jpgFrédéric Acquaviva, "Isidore Isou", Editions du Griffon, Neuchatel, 2019.

 

Trop méconnu par rapport à Dada, au futurisme et au surréalisme, le Lettrisme reste un mouvement majeur. Avec son chef de file Isidore Isou, grand oublié de l'histoire de l'art, une certaine poésie mourait parce que soudain elle fut démentie par une autre recherche. L'auteur d'origine roumaine la porta sur des fonds baptismaux. Hélas elle fut oubliée longtemps au détriment d'une “poésiequette” : celle-ci continue en servante en employant non seulement les vieux moules mais aussi les vieilles manières d’envisager le langage comme pour perpétuer un patrimoine littéraire littéral.

Isou 2.jpgIsou ajouta néanmoins  un autre visage à la poésie. Ou plutot il la remplaça par ce  qui fut pris  pour la déclamation et la musicalité de la poésie théâtralisée. Certes ces deux éléments ajoutent des gammes inédites propres à enrichir la poésie et épuiser une certaine façon de l’envisager.  Toutefois le lettrisme ne voulait exister que pour faire le ménage et s'effacer.

 

Isou 3.jpgCela se produisit. Mais pas comme Isou l'entendait. Le créateur est pratiquement gommé de l'histoire littéraire au profit ou au détriment d’une poésie moins rebelle aux canons classiques. Isou n’a donc pu casser que de manière provisoire les valeurs stables de ce qu’il nommait la “mélodie sèche” de la poésie habituelle. Mais cet essai lui rend ce qui lui revient. Frédéric Acquaviva a travaillé avec lui les dix dernières années de sa vie et fut avec Bernard Blistène le responsable de plus importante rétrospective sur le Lettrisme. Le livre remet les pendules du Lettrisme à l'heure et surtout le sort de "l'enfer" où elles demeuraient cachées.

Jean-Paul Gavard-Perret