gruyeresuisse

12/11/2018

Marianne Faithfull : superfétatoire

Faithfull 2.jpgVoici un disque qui s’écoutera pour la seule présence de Nick Cave. Hors sa présence, pas de salut. Marianne Faithfull poursuit certains avachissements vocaux. Ils font sa marque de fabrique depuis trois ou quatre albums. Les plus méchants diront que cela dure depuis toujours.

Faithfiull.jpgDans ce dernier album tout s'effiloche – comme les prestations scéniques d’une artiste qui apparemment méprise le public dans ce qui tient d'un foutage de gueule organisé. La créatrice exploite sa légende et une aura douteuse même si il y a une dizaine d’années elle put un poli,surprendre un poil avec "Esay Come, Easy Go" et "Before the Poison".

faithfull 3.jpgWarren Ellis qui produit l’album fait ce qu’il peut : un ou deux morceaux sont écoutables mais pas question de remettre ça et de subir la purge plus longtemps. C'est pour un tel album que s'émet l'idée de la fameuse "résurrection" de l’artiste. Mais avait-elle vraiment surgi ? En tout état de cause « Broken English » est bien loin : l’artiste vit d’avoir survécu au Rolling Stones. C’est du sous, sous, sous Leonard Cohen ou Dylan. Est-elle touchante ? Oui si l’on fait référence à son âge. Pour le reste tout reste d’un ennui crasse et souffreteux. Les preux chevalier de Marianne n’en peuvent mais - ou rendent les armes.

Jean-Paul Gavard-Perret

Marianne Faithfull, « Negative Capability », label BRG, 2018

15:43 Publié dans Femmes, Musique | Lien permanent | Commentaires (0)

10/11/2018

Robert Ireland : la charge des images

Ireland.jpgRobert Ireland; "Essais", Skopia,  Genève, du 17 novembre au 22 décembre 2018.

Avec l'Américain Lausannois d'adoption la charge des images est des plus dense. Une épaisseur en jaillit mais selon une poésie des structures et de la matière. Tout suggère les diverses strates d'«Inframémoires»  personnelles ou collectives. Ireland cherche à capter une structure plastique labyrinthique par reprises de sortes d'archivages visuels. Tout se fonde superbement sur le vide traité à l'envers, par coupes sombres entre dérisoire et sérieux. L’artiste propose en conséquence une poétique de l’architecture de l'abandon plus que de la ruine. S’y déploient l’usage et l’usure de l’art, un jeu de « souvenances » (titre d’un livre de l’artiste) et une saisie du paysage (ou ce qui en tient lieu) en tant que textes armés d'accumulations de signifiants par codicilles de matières et de poussière blanche.

Jean-Paul Gavard-Perret

09/11/2018

Le bel aujourd'hui de Geneviève Romang

 

 


 Romang 2.jpgGeneviève Romang, « ne peux pas ne pas », art & fiction, Lausanne, 20168,CHF24, 64 p. 
 

Sur la couverture, un titre. Mais excentré. Comme prêt à sortit du cadre – ou y renter. Car un doute subsiste dans cette invitation liée à l’obligation que s’impose l’artiste comme possédée d’un besoin irrépressible. Et sur la première page tout reste énigmatique avec une paroi  d’Url  obscurs.

 

 

Romang 3.jpgA partir de là, dans son livre d’artiste, Geneviève Romang navigue à vue et à gestes en dessinant au feutre en traits noirs des figures pleines qui  condensent ses recherches complexes. Ses synthèses poétiques  mettent à mal les lieux communs et les évidences. Existe donc une théotie pratique d’us et coutumes faits pour déroger aux règles admises.  Il y a aussi une invitation par la créatrice à lui emboîter le pas, la main et surtout notre matière grise afin de faire sortir notre  imagination, folle de ce logis pour que nous osions à notre tour affirmer que  «Demain n’est pas annulé.» Encore faut-il s’en occuper dès  le bel aujourd’hui.

 Romang 4.jpgChez l’artiste, la pratique  du dessin, se prolonge dans les installations et les vidéos et dans des lieux non dédiés à l'art pour en questionner  le contexte. Dans une approche néo-fluxus elle questionne la situation de l’individu – et comme c'est le cas dans ce livre – pour créer une communauté à la reprise de ses possibilités de création et d’existence. Le temps  tremble non au cadran du banal bracelet-montre mais celui d’un temps traversé de désir qui sort des « gluantes masses cérébrales pour  s’en libérer.  

Romang.jpgL'artiste  propose des barrages afin que le monde comme l’être ne cessent plus d’exister. Il doit trouver  le moyen de sortir de la nuit qui est tombée dans ce livre noir pour ouvrir le « je » à la recherche du risque.C’est un tour de magie ou d’espoir radical et minimaliste pour renverser le fini dans l’infini propre à donner à l’être une dimension qu’il a perdue dans sa culture d’un ego réduit à sa plus simple expression . Il se contente d’être le peu qu’il est et que trop souvent la poésie classique comme les techniques numériques caresse mollement.

Jean-Paul Gavard-Perret