gruyeresuisse

23/08/2018

Formento + Formento : in the mood for love

Formento.jpgFormento + Formento est le nom d’artistes du couple constitué par Richeille Formento à la mise en scène plastique et BJ Formento aux lumières et à la prise. Ils sont réputés pour leur style à la fois romantique et érotique où ils explorent ce qu’il en est de l’amour, de sa perte, de  son absence et des charges de la mémoire collective ou individuelle. Leurs narrations révèlent un goût certain pour la mise en scène qui fluctue entre fiction et réalité ou si l'on préfère entre « pulpe fiction » et irrévérence de scènes souvent provocatrices.

Formento 2.jpgLes visages restent toujours au centre des scénographies riches en « mood » et textures comme en couleurs saturées. Qu’importe qu’elles soient prise en Europe, aux Usa, à Cuba, au Mexique, en Inde ou au Japon : l’amour reste au centre des prises. Le duo sait saisir l’atmosphère de chaque lieu dans des photos originales quant à leur esprit subtilement décalé.

Formento  3.jpgApparaissent des situations où l’amour prend diverses situations. Toutes suggèrent qu’il s’agit de la chose la plus rare et la plus mystérieuse qui soit et qui peut prendre diverses figures. Elles peuvent jouer autant du lascif que d’une sorte de venin là où le silence parle encore le silence à l'extrême du soupir, en un lieu où l’image, tel un fantôme, ramène aux ombres appesanties.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Formento + Formento, The Little Black Gallery, Londres.

Copyright Galerie Frank Elbaz, Paris.

 

22/08/2018

Julije Knifer : le noir et le blanc

Lujije 2.jpgJulije Knifer, Cabinet d’art graphique, Mamco, jusqu’au 9 septembre 2018.

Décédé en 2004, Julije Knifer fut à l’origine membre du groupe néo-dadaïste de Zagreb « Gorgona » à Zagreb. Très vite il radicalise son approche de plasticien de manière suprématiste au moyen de tableaux et dessins faits de masses noires à l’huile ou à l’acrylique ou modelées sur des papiers lourds par pressions superposées de graphite ou créés à la mine de crayon doux ou avec du graphite à la texture métallique.

Lujije 3.jpgDe tels ensembles rythment les espaces laissés vierges : les fissures qui parcourent les plans fomentent des masses sombres en allusion à un motif décoratif permanent de l’art dorique grec antique. Knifer les transforme selon des vibrations à travers diverses verticales et horizontales qui se développent ou se réduisent dans le blanc.

Lujije 4.jpgLe noir crée ainsi une sorte d’instabilité dans des structures aussi austères que singulières. Ces œuvres demeurent toujours aussi vibrantes qu’émouvantes là où le rythme pictural n’offre jamais une réponse unique. Dans une telle œuvre apparaît la priorité à l'intelligence - c'est-à-dire à un esprit d'analyse et de synthèse - mais elle ne se satisfait pas d’elle-même. L’émotion demeure et possède une force vitale dans des essaims d’incertitudes subtilement fomentées.

Jean-Paul Gavard-Perret

Silke Wagner et les bijoux ravis


Silke.jpgSilke Wagner crée une œuvre fascinante à travers de multiples mediums. Elle ne cherche pas à décrire - cela n'a de sens que pour un répétitif, un sans invention - : elle invente des mythes étranges, des bords, des interruptions ou des surgissements qui intriguent. D’où un état particulier entre l’art et la vie. Les deux semblent en gestation entre lenteur et vitesse.

Silke 2.jpgExiste une plastique du biais qui sépare et unit. Tout semble parfois flotter de manière évanescente mais intense en des suites d’errances. Parfois la douceur fait place et volontairement à l’exagération graphique et une certaine idée de l’immense. Mais lorsque l’artiste sépare c’est pour unir. Tout demeure tenu - ou presque - comme si les éléments ne voulaient pas être lâchés tant la douceur retient. Mais parfois une puissance accapare, déborde.

Silke 3.jpgChez Silke Wagner les formes ne se ferment pas. Et pour pallier un manque de légende propre au monde contemporain, l’artiste travaille avec insistance, délicatesse : cela permet à chaque œuvre de pimenter tous les attributs du verbe “s’envoler ”. Dès lors attente et espérance sont proches l'une de l'autre. Statismes et mouvements interfèrent selon des indications, des repères, des points de naissance ou de perte. Telles sont les directions d’une œuvre dont le dynamisme se complète de reprises en reprises, d’une œuvre à l’autre pour aller du clos à l'ouvert en une succession de créations continuelles. Avec chaque fois des avancées qui contiennent forcément des abandons forment les rênes de l'attelage d’une « mythologie » dont les bijoux semblent ravis.


Jean-Paul Gavard-Perret

Silke Wagner, « New works », galerie Wilma Tolksdorf, Fransfort, du 8 septembre au 31 octobre 2018.