gruyeresuisse

24/08/2018

Anna Zemella : partages intimes au cœur des villes

Zemella.jpgAnna Zemella fait de ses photos des sortes de déambulations qui ne sont pas seulement géographiques. Elle ouvre sur l’intériorité de l’artiste et sa mémoire souterraine (et non plus anecdotique ). Jouent donc à plein des lieux de partage au cœur de l’intime. La photographe crée contre tout ce qui sépare. Elle cultive pour cela une certaine contention même si l’émulsion du monde sous diverses formes reste présente.

 

Zemella 2.jpgLes images reflètent un soleil noir face à un azur idéal dans un temps qui s’enfle ou se rétracte suivant les moments : Le mystère de l’existence est là comme celui de la ville (Venise en particulier souvent saccagé par les touristes).

Zemella 3.jpgL’artiste ouvre un équilibre entre paysages du dehors et de dedans - quels que soient ces dehors et ces dedans. Anna Zemella se fait gardienne d’une vérité d’autant plus forte que chez elle la beauté n’est jamais vierge et pure. Elle est parfois une noire sœur qui caresse. Elle est aussi de chair. Si bien que le retour de l’amour - mais est-il jamais parti ? - et quel que soit son « objet » est aussi mental que physique. Il reprend toute sa réalité jusque dans le cœur des villes.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Xavier Robel : mise en abîme de la position du voyeur

Robel.jpgXavier Robel, « 5 3 abot e+G om », Atelier de Bellevaux, Lausanne, du 2 au 22septembre 2018.

Xavier Robel est un artiste, illustrateur et graphiste. Il est notamment cofondateur de « Elvis Studio ». Pour lui la manière dont se construit et se dessine une histoire importe autant que l’histoire elle-même. Sa trame vire plein pot vers les effets plastiques. Cette exposition propose en conséquence moins un récit en suites que des scènes graphiques. Pas n’importe lesquelles : vues par le regard d’un créateur qui impose ses propres normes.

Robel 2.jpgCe regard passe à travers divers écrans ou filtres monochromes. Ils donnent aux images une valeur de cinématique en des jeux de miroirs sinon mal fixés. Ils transforment le regard en un « écran total ». L’exposition met à distance le voyeur témoin du spectacle évènementiel qui le prend au piège au sein de courts-circuits ou de décalages où toute possibilité de récit se perd. Et c’est bien ce qui fascine et réjouit. D’autant que l’auteur s’amuse à en remettre des couches, continue dans la lancée de tels détours à ajouter ou ajourer des détails. Tout se démultiplie, ricoche en vision kaléidoscopique froidement drôle, dégingandée et énigmatique.

Jean-Paul Gavard-Perret

23/08/2018

L’ineffable et la matière : Pina Chiarandà

PinaChiaranda3.jpgPina Chiarandà reste au plus près possible de l’existence par ses narrations. Jusque dans l’architecture - un de ses thèmes privilégiés- elle cherche néanmoins l’ouverture du réel tout en évitant les grandes orgues du lyrisme et en cultivant « un buisson de questions » (Char) dans l’impeccabilité des images.

PinaChiaranda2.pngSe construisent les fragments d’un voyage dans le monde au nom d’un parcours intérieur par successions de tentatives et de reprises. Face aux emprises, aux culs de sac, le vivant reste présent en dépit d’un contenu latent parfois oppressant.

 

PinaChiaranda.pngContre l’écrasement chaque image devient un pou : il gratte le dedans de la tête. Chacun se débrouille, se dépêtre dans ce réseau parcouru d'intensités diverses de mémoire, de pensée, de sensation, d'émotion – parfois radicales et froides, parfois bondées et chaudes. Entre persistance de la photographie et le passage du temps, Pina Chiarandà exprime une liberté consciente de la limite et de la fragilité du monde et de ses structures mais aussi des intensités qu’il et elles recèlent.

Jean-Paul Gavard-Perret