gruyeresuisse

20/07/2018

Quand Marin Raguz s’amuse sous le regard bienveillant de Barbara Polla

Barbara.pngPour Marin Raguz et pour Barbara Polla, l’été est le temps des folies. Il suffit que 4 filles réunies en un rêve prennent le large pour devenir des femmes avec vision. Il y a là une égérie rebelle (Ada Salomé), une rêveuse insomniaque (Cyrille Zoé), une porteuse de talons aiguilles et de bébés (Rachel Isadora) et celle qui les rassemble (Roxane Selana). Bref sont réunies les Polla Sisters pour le plus grand plaisir de leur mère qui leur apprit ce qu’il en est non seulement de l’amour et de la passion mais aussi de l’art et des lettres.

 

Barbara 2.pngDès lors les couchers de pleine lune peuvent avoir lieu en plein jour. Il faut dire que de telles femmes en imposent : « elles prennent de la place, grandissent parfois sans prévenir et nous embarrassent lorsqu’elles manquent de tenue. Mais malgré tout ce qu’on leur reproche… les fesses d’une femme, c’est tout un poème. » écrit Barbara. Et l’une de ses filles (Cyrille) en a fait un poème « Mes fesses de lune … ». Quant à Raguz, il les a si l’on peut dire saisi au bond.

Barbara 3.jpgEntre sinécure et ciné-cure tout est alors possible. C’est bien là que Lacan aurait pu identifier les données de bases de la perception empirique. Il convient donc de souligner son erreur : « il n’y a aucun espoir d’atteindre le réel par la représentation ». Voire. Voir. Car il est possible d’affirmer que l’image donne un sens au regard en de telles perspectives.

Jean-Paul Gavard-Perret

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Peter Kemp : La Musica

Kemp.jpgPeter Kemp vit à Delft et ses photographies s’en ressentent. Dans la ville de Vermeer celui qui admire la peinture classique la reprend à son compte avec humour. Le charme de ses « instrumentistes » est à la fois intrusif et décalé. Un monde suranné d’hier ou d’avant-hier, d’ici ou d’ailleurs est repris dans le jeu d’une perfection théâtralisée en dentelles et soie fine.

Kemp 3.jpgCe parti-pris plastique et formel permet de jouer des fantasmes et de la représentation de la femme en tant qu’ « objet » plus que véritable sujet de la représentation. L’artiste incarne à la fois le multiple et l’un d’une telle manière d’envisager le féminin instrumentalisé afin de donner libre cours aux influx qui animèrent (et le font encore) au fil des temps une certaine réductibilité du « deuxième sexe ».

Kemp bon 2.pngL’humour (quel que soit l'instrument des modèles) reste l’essence de la matière à montrer selon une visualisation poétique qui rappelle ce qu’écrivait Juarroz "aller vers le haut n'est qu'un peu plus court ou un peu plus long qu’aller vers le bas". C’est pourquoi face à un tel dilemme Kemp préfère le face à face.

Jean-Paul Gavard-Perret

19/07/2018

Jacques de Backer : Hulot et les autres

Da Backer.jpgLes bords de mer permettent à Jacques de Backer d’instaurer de nouveaux rapports entre le portrait et le paysage. Prises sur le vif, ses photographies créent un univers drôle et poétique totalement dans l’esprit des irréguliers belges de l’art - de Magritte à Marien (entre autres). S’y retrouvent de manière parfois incisive les univers de Tati ou Sempé. L’immensité des angles n’empêche en rien le sens du détail ou de l’intimité - par exemple de baisers volés.

Da Backer 2.pngLe quotidien se trouve métamorphosé avec un aspect quasi intemporel et quasiment surréaliste là où l’importance de la lumière demeure capitale. Se crée un univers de jeux ou d’occupations secrètes là où au détour d’une plage demeurent des moments suspendus au-dessus du vide des jours. Les histoires sont racontées par le bas. Et cela nous ravit, nous capture. Le photographe capte l’amour quand il passe. Il évoque ce qui n'est pas vraiment mais qui existe pourtant et demeure en instance de désir.

DaBacker 3.pngLes images ne sont pas là pour le dire : du moins pas en totalité. Presque rien ne (se) passe, mais le presque est un tout. Il emporte sur son passage. Ce presque s’appelle le sentiment. Mais pas seulement : existent d’autres éblouissements, d’autres divertissements pascaliens où les estivants semblent se couper du monde tel qu’il est. L’œuvre reste un philtre mystérieux qui unit et sépare. Elle n’a pas d’âge et permet de repasser vers des images vivantes. La mer monte dans une motricité et émotion particulières. Elle prouve qu’avec le temps tout ne s’en va pas mais revient.

Jean-Paul Gavard-Perret