gruyeresuisse

24/07/2018

Histoires d’eau de Don Herron

Herron.jpgDon Herron a photographié 1978 à 1993 des personnalités - d’abord d’un Los Angeles puis d’un New York freak ou underground - dans leur baignoire. L’idée germa lorsque le photographe travaillait pour le « Village Voice ». Il s’agissait de donner un visage différent aux artistes bohèmes dans leur conteneur ou récipient idéal : celui des ablutions lascives ou non.

 

 

 

 

Herron 2.pngSe retrouve tout le gotha de la bohème artistique de l’époque : Keith Haring, Peter Hujar, Robert Mapplethorpe, Cookie Mueller, Peter Berlin, Charles Busch, Ethyl Eichelberger, Annie Sprinkle, Holly Woodlawn parmi beaucoup d’autres. A travers ce lieu intime, il exprime de manière crue le glamour, la joie et parfois le tragique d’une communauté en ébullition. Certains des modèles se prêtent de manière naturelle et sans apprêts à de telles prises. D’autre à l’inverse se scénarisent, voire s’auto célèbrent.

 

 

Herron 3.jpgPour certains la baignoire n’est qu’un emballage du type sachet de cacahuètes - et où celles-ci se laissent voir. D’autres se dissimulent sous des bulles ou de la mousse. Herron exprime avec amusement et fun ce « face à face » avec ses modèles. Et leur saisie est doublée par les souvenirs provocateurs, drôles ou intenses de ses modèles. L’artiste les a rapportés pour immortaliser leur expérience dans l’East Village de l’époque.

Jean-Paul Gavard-Perret

Don Herron, « Tub Shots », Daniel Cooney, New-York, du 13 Septembre au 3 November 3, 2018

 

 

Giorgio Palmas : femme au bord de la crise de nerf

Palmas 3.jpgEn noir et blanc, sous la dureté lumineuse des spotlights, Giorgio Palmas retrace la tension des scènes de shooting. Les prises « in progress » mêlent divers types de saisies mais toutes troublent l’idée du portrait et le tiennent à distance. Au sein de la figuration la série pousse une porte non seulement sur l'onirisme mais vers une vision "lynchéeene" des êtres.

Palmas 2.jpgEt si la figuration fait loi, nous sommes loin du réalisme. C'est bien là le piège nécessaire choisi par l'artiste pour confondre et confronter ce qu'il en est du travail d’un modèle et de son photographe dans leur rapport au réel et à leur propre image. Le diable du réel est à leurs trousses mais il est pris dans un univers formel aux images algorithmes.

Palmas.jpgLa série illustre comment les techniques créent une dialectique subtile : l’artiste impose une iconographie paradoxale de la photographie « de mode ». L’oeuvre joue sur une nécessaire ambiguïté et un décalage. Elle fait du spectateur un être à la fois libre et aimanté. Le studio - comme dans « Blow-up » d’Antonioni - est mis à nu mais sous un autre registre. La pulsion d’éros demeure aux limites de la jouissance ou de l’abattement. L’usage de la surexposition ou à l’inverse de la sous exposition altère parfois et volontairement la perception des êtres comme il brouille les voiles qui les recouvrent - par pudeur ou pour signaler une forme de chosification. La photographie reste l’observatoire d’un monde énigmatique et précaire.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

 

23/07/2018

Carol Letanneur et les consistances défaites

Letanneur Bon Bon.jpgA travers ses photographies Carol Letanneur impose à notre perception des « objets » de substances diverses, tant par ses angles de prise que le sujet, la couleur pour les mettre en valeur. La substance se limite à son effet. Elle vient soudain moins de la réalité que du langage photographique lui-même.

Letanneur bon bon 2.jpgSon nœud borroméen crée un lointain dans le proche, une proximité dans un horizon où les êtres ne sont plus que des points. La démarche de la créatrice revient à faire abstraction de la consistance en tant que telle. La photographie offre donc une matière qui semble se passer d’elle-même et que débusque l’imaginaire.

Letanneur Bon 2.jpgLe réel fait quasiment effet de métaphore puisque l’image ne renvoie pas à la substance du réel : sa marque indélébile est transformée. La consistance réaliste n’est plus dans ce qu’elle contient mais dans ce qu’elle devient en tant que symptôme ou asymptote poétique. Carol Letanneur ouvre ainsi le cadrage à la fois de ce qui est la réalité comme du simple fantasme. Elle tourne et manipule ce qui résiste dans les deux. Bref elle révise le rapport que le regardeur entretient avec le monde.

Jean-Paul Gavard-Perret