gruyeresuisse

28/07/2018

Yvette Kapsala : la belle étrangère

Kappala.jpgAvec « Katrina », Yvette Kapsala crée un récit d’une belle étrangère sous forme de reportage. En cette série le voyeur est contraint à un effort de réflexion à travers ce qui est montré et caché dans la texture des photographies qui mêle en des effacements ou des dédoublements incertitude et fascination.

Kappala 2.jpgYvette Kapsala n’a pas à penser à l’amour : elle n’a d’yeux que pour la déesse étrangère. Photographier c’est amener à la surface non sa pensée mais son impatience, sa persévérance, son désir qui n’est pas uniquement celui de rêver. Parfois la créatrice s’approche de son modèle, parfois elle la suit de loin. Non en « mateuse » mais pour ne pas la déranger.

Kappala 3.jpgSes images deviennent le savoir du désir. L’un passe par l’autre. Un jeu parfois anxieux mène au désespoir comme à l’espoir dans une « ardore » discrète. L’artiste semble veiller sur son modèle. L’étrangère ramène ainsi à l’étrangeté de l’existence au sein d’un « entretien » qui ne peut se dérouler qu’à deux. La photographie forcément muette fait du silence un aveu.

Jean-Paul Gavard-Perret

27/07/2018

Anouck Everaere : les uns et les autres.

Anouck 2.pngLes photographies d’Anouk Everaert sont des tentatives de donner un ordre au chaos. Celui-ci est toujours sous-jacent aux paysages comme au portraits par le désordre qu’ils imposent même si la photographe est toujours à la recherche d’une harmonie plastique là où elle n’est pas toujours facile à débusquer.

Anouck.pngL’artiste illustre de la sorte et de manière subtile de nombreux rapports en jeu dans la société et les mécanismes architecturologiques du réel dont la plasticienne traque les impasses. Dans tous les cas un décalage a lieu au sein de systèmes de représentation où la mémoire garde une importance capitale. L'artiste ne cherche pas à donner une lecture platement politique de ses œuvres. Son espace est plus poétique et en dehors d'un pur travail de dénonciation.

Anouck 3.jpgDans un mixage fiévreux l'artiste interroge les conditions d’existence des femmes et des êtres en général mais aussi de l’art par une vision d’une mythologie urbaine revisitée. L'artiste inscrit des traces insidieuses faites d’images obsédantes. Tout se joue entre une masse confuse et les signes qui s’en dégagent. Une telle recherche exerce sur l’esprit et sur la perception une fascination entre chaos cité plus haut et – qui sait ? - un ordre à venir.

Jean-Paul Gavard-Perret

L'artiste est présentée en aout chez Corridor Elephant, Paris.

26/07/2018

Jephan de Villiers : abécédaire archéologique

Villiers 2.png« Druide des âges bien enfouis » Jephan de Villiers comme Henri Michaux déplace les signes qui détournent les lignes de leur placidité. Taches et griffures d’encre deviennent des pensées sauvages. Elles s’envolent en épousant le support papier. Existe tout un monde nouveau d’épiphanies par chorégraphies de sceaux étranges.

 

 


Villiers.pngL’œuvre permet de s’empaler à la pointe des désirs. Elle lutte contre le pire. Car De Villiers refuse que la vie ne soit qu'un leurre et la mort un Shakespeare. Jaillit la vie secrète des gestes les plus vifs, la vie à l'écart de la société et de ses alphabets de mise.
L’œuvre rappelle parfois la vie avant le jour, avant le langage. La vie vivipare, dans l'ombre, avec des graphismes qui tentent de recouvrer leur naissance.

Villiers 3.jpgJephan de Villiers reste donc un des créateurs les plus paradoxaux de notre époque. C’est aussi une sorte de « naturaliste » poète. Homme des forêts il y apprit que “ce n’est pas la pomme qui tombe, c’est l’arbre qui s’envole”. Son œuvre en indique pourtant sa racine dans notre terre primitive, primordiale. L’artiste nous ramène à une sorte de culte païen pour des cérémonies en l’honneur d’une vérité sauvage.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jephan de Villiers, « Le signe et la mémoire » (texte de P. Turine), Bibliothèque Wittockiana, 2018.