gruyeresuisse

17/07/2018

Le Barbie World de Kate Ballis

Infra realism.jpgL’Australienne Kate Ballis avec “Infra Realism” transforme Palm Spring (Ace Hotel & Swim Club, the Palm Springs Tennis Club, etc.) et les déserts du sud de la Californie à travers les spectres et les filtres de son appareil photographique. Tout est bleu Magenta, rouge sang et rose bonbon afin de transformer le paysage en une fantaisie drôle et mystérieuse. La substance imaginaire des couleurs remplace le réel.

infra realism2.jpgLa photographe - par effet de frontalité - introduit néanmoins le regardeur de l’autre côté du miroir. Et la topologie prend consistance et sens (ou non sens) avant tout par la couleur. Elle fait tourner le réel sur lui-même dans une suavité bubble-gum. La couleur « fait » l’espace en le déplaçant du côté d’un conte étrange. L’espace y est plus ou moins accueillant comme le sac du Moi de Freud où le ventre maternel : les choses y macèrent jusqu’à interroger implicitement la substance du monde et des choses.

Jean-Paul Gavard-Perret

16/07/2018

Quand la possibilité de réel ramène à l’imaginaire – Phoebe Kiely

Kiely.jpgInversant le jeu du retour, Phoebe Kiely crée par ses photographies à la fois une poésie et une philosophie du réel et de sa matière. La question du portrait ou du paysage passe au second plan pour constituer une nouvelle substance et consistance.

La contrainte sur ce chemin du retour échappe au passé. L’affirmation du caractère objectif de la représentation n’implique pas une référence « juste » au réel mais passe par juste un peu de réel dans un contexte qui n’a rien de kantien ou de transcendantal.

Kiely 2.jpgLes conditions matérielles des existences et des lieux permettent néanmoins de distinguer un Réel de l’Imaginaire parce que l’image ne cherche pas à tourner autour d’un passé mais le déplace dans une forme d’atemporalité que suggère ce qui existe de plus ténu dans le réel.

Jean-Paul Gavard-Perret

Phoebe Kiely, « They Were My Lansdcape », Mack, Londres, 30 E..

Philippe Sollers : la littérature à l’oreille

Sollers.pngPour Sollers le « centre » est signifié par le génie des créateurs : ils sont souvent médecins - de Rabelais à Freud ou Céline. Mais pas seulement et la société ne les attend pas. D’autant qu’ils disent son hystérie : De Bach à Vélasquez, de Proust à Picasso voire Houellebecq. Et l’auteur de se moquer de tous les « post-» (modernes entre autres) et ses postiches. Mais à l’inverse de Houllebecq, l’auteur de « Femmes » s’élève contre la soumission et le nihilisme.

 

Sollers 2.pngCelui qui sera un jour - comme nous tous - « le dessert du néant », reste plus vivant que jamais. Romanesque et rétif aux hypocrisies sordides l’auteur produit une littérature délectable dans laquelle l’amour reste aussi fort que la mort. C’est là son romantisme mais ce dernier reste ici lucide et violent. Et sa « guerre du goût » au titre très XVIIIème ramène toujours à l’essentiel. Pour lui en effet, « la moindre faute de goût prouve qu’on a tord ». Nietzsche le savait : avoir raison c’est avoir du goût. Et la raison reste toujours en deçà. « Centre » est là pour le rappeler.

Jean-Paul Gavard-Perret

Philippe Sollers, « Centre », Editions Gallimard, Paris, 2018.