gruyeresuisse

20/06/2018

Géométrie de la femme dans l’espace : Reine Paradis

reine-paradis2.jpgDans « Midnight » la nuit de Reine Paradis est américaine. D’où ce bleu qui se marie au jaune citron au sein de dérives et narrations ludiques, symboliques - peut-être - et surréalistes - certainement - dans une Californie urbaine ou désertique L’univers est comme toujours chez l’artiste géométrique et poétique. Le réel est pimenté de fantasmes.

reine-paradis.jpgLes scènes sont construites selon un imaginaire quasi conceptuel. Tout est méticuleusement structuré (couleurs, accessoires, costumes) avec humour. L’univers devient fantasmagorique et demeure une énigme là où pourtant le réel semble saisi de manière brute. La lumière coule sur lui dans une intensité de couleurs violente. L’héroïne habillée (légèrement) de jaune - il remplace de rouge d’autres séries- « claque » visuellement sur le bleu du ciel et dans divers types de mouvements et de prises.

reine-paradis4.jpgLe spectateur ne peut qu’être émerveillé par une beauté insaisissable et éphémère. Elle forme l'archétype de la féminité dégagée de tout poncif. Ce que la photographie évoque est dynamique, drôle et magnifié par la présence d’une sirène émoustillante et émoustillée par ses propres farces. Elle se moque du réel et soudain la Californie devient une fête. La photographie lui emboîte le pas.

Jean-Paul Gavard-Perret

Reine Paradis, « Midnight », galerie Avenue des Art, Los Angeles, du 23 juin au 30 juillet 2018.

 

19/06/2018

Femmes au bord de l’intime - Senta Simond

Senta Simon.jpg

 

C’est en référence à la technique du portrait par Eric Rohmer que Senta Simond a intitulé son denier livre de photographie « Rayon vert ». Il fait référence aussi à un procédé optique du même nom. L’artiste propose une vision de la femme selon des angles rarement conventionnels. Pour autant l’objectif n’est pas de choquer mais de produire un effet de beauté particulière.

 

 

 

Senta Simon 2.jpgL’artiste joue d’une forme de connivence avec les modèles. Ce qui lui permet de toucher à leur intimité pour en surprendre l’impeccabilité plastique et non de faire d’élever des châteaux de cartes de fantasmes et de faire croire à une désirabilité complice. Photographier revient à disposer le corps en positions toujours plus incertaines : pour le lire à l’envers, lire ce qui n’est pas dit pour une présence plus prégnante loin de la seule expertise de la chair.

Senta Simon 3.jpgSenta Simond atteint la « choséïté » (Beckett) de poses inductrices de subtilité à lectures multiples. Elles ne s’épuisent pas afin de laisser libre court à un processus ouvert : ce dernier ne cherche pas à convaincre d’une vérité. Le corps tombe autant vers le haut que vers le bas. Il se retrouve en ses poses parfois drôles ou spectrales pour retourner au besoin au natal et l’enfance.

Jean-Paul Gavard-Perret

Exercice du doute et école des curieux : Mina Maure

Mina Maure 2.pngLa jeune photographe parisienne Mina Maure ne cesse d’augmenter la capacité du réel en l'articulant autour des fantasmes, pratiques sexuelles et imaginaire érotique. Les questions demeurent multiples : savoir qui est praticien(ne) et qui est patient(e) dans des jeux où à la fois ce qui ? mais aussi le quoi ? demeurent en suspens.

 

 

Mina Maure.pngLa photographe ne répond jamais. Elle scénarise. Avec humour et grâce. Le travail est léché (sans jeu de mots), les portraits « énigmatiques. Nous ne sommes plus dans des scènes de genre. La dérision est parfois sous-jacente. Et Mina Maure affectionne - pour la montrer - des compositions incongrues, ambiguës et back-stage. Ce qui lui permet au passage de questionner le rôle, l’identité et la représentation de la femme dans la société comme dans l’art.

Jean-Paul Gavard-Perret

Mina Maure, « 69», Le Cabinet des curieux », du 15 Juin au 13 juillet 2018.

12:29 Publié dans Femmes, Images | Lien permanent | Commentaires (0)