gruyeresuisse

30/05/2018

Les métamorphoses de Erik Madigan Heck

eck 3.jpgErik Madigan Heck, « Old Future » Christophe Guye Galerie, Zurich du 3 mai au 25 août 2018, Ouvrage publié par Thames and Hudson, 28 £.

Erik Madigan Heck a créé un langage particulier dans la photographie de mode. « Old Future » le prouve. Ce projet est né d’une création d’un portfolio pour la marque "Comme des Garçons" et afin d’accompagner le lancement de l’exposition de Rei Kawakubo au Metropolitan Museum of Art de New York. Dans son approche il s’intéresse plus au travail d’un créateur (ici Rei Kawakubo) qu’à une simple illustration de la mode.

heck.jpgUn graphisme photographique empreint de formes nettes ou efflorescentes et du jeu des couleurs crée une suite de tableaux où le vêtement et son contexte se mêlent. L’approche joue autant de l’épure que d’une sorte d’impressionnisme mais aussi expressionniste. Le visage blanc de Saskia de Brauw est au centre de formes décalées ou étirées ; en fusion et résonnance avec la conception du styliste. Celui-ci remet les poncifs en question via – entre autres - ce qu’il nomme des « non-tissus ».

heck 2.jpgLes photographies soulignent une telle production. Elles démontrent que la beauté n’a rien de fixe mais est affaire de métamorphose du vêtement comme de l’image. Le créateur invente un univers poétique où se mêlent toutes ses influences : Vuillard, Degas mais aussi – et ce qui est plus étonnant - Peter Doig, Marlene Dumas et même Gerhard Richter. Dès lors la fascination de l’œuvre réside dans la figuration d’une intimité subjective.

Jean-Paul Gavard-Perret

29/05/2018

Julie Peiffer et les jeunes filles en fleurs

Pfeiffer 4.pngPresque impalpables les silhouettes de Julie Peiffer mettent à nu une présence qui sous le voile d’une presque nudité demeure masquée. C'est pourquoi l'artiste a tant de mal à figer chacune de ses modèles de manière définitive. La manifestation de la féminité prend chez elle un grain particulier. La sensualité reçoit un aspect intime par effet de surface dans le gris, parfois un monocolore rouge abstractif ou encore les couleurs.

Pfeiffer.jpgLa photographie dans une telle approche ne se cache plus derrière un sujet qui par excellence la vampirise. Mais Julie Peiffer maintient le féminin dans une ambiguïté. Aux effets de lumière s’ajoute une qualité particulière des poses : elles jouent parfois de l’audace, parfois de la pudeur. Surgit une étrange matérialité de l’impression qui reste « sourde » au simple fantasme.

Pfeiffer 3.jpgIl s'agit de questionner autant le féminin que son rapport à l’autre. Néanmoins une certaine solitude perdure. L’artiste indique une sorte de frontière là où surgit des insinuations particulières allusives. La femme prend une valeur d’icône conjuguée au quotidien. La visée psychologique disparaît. Les femmes restent perdues ou anonymes dans leur décor. La complexité et la complicité des prises les saisissent au sein de la fixité ou du mouvement. Tout reste sous-jacent pour mieux avancer. Mais comme sur des œufs. Il ne faut rien briser.

Jean-Paul Gavard-Perret

Œuvres visibles à la Paul Steward Gallery, Paris.

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Anaëlle Clot et Simon de Castro : parade amoureuse

Castro.jpgAnaëlle Clot et Simon de Castro, Espace Eeeeh! La Grenette, Place du Marché 2, Nyon. Du 8 au 23 juin 2018.

Pour dire les mots de l’amour en « repons » et afin d’éviter les contresens Anaëlle Clot et Simon de Castro (qui collaborent depuis des années sur des projets parallèles dont la revue « Aristide » qu’ils ont créée) ont usé du langage plastique en conservant leur propre thématique. Les sept mots choisis par chacun (Collision, effort, métamorphose, rencontre, rythme, souvenirs, camouflage, songe, solitude, structure, apparaître-disparaître, danse, repos, effervescence) sont devenus la base de ce travail.

Castro 2.jpgAnaëlle Clot dessine toujours une nature dense, Simon de Castro un univers moins souple, plus rigoureux. Mais cette opposition offre une complémentarité agissante. Là où soudain les deux amoureux créent incidemment une sorte d’abstraction qui les rapproche : preuve que l’amour permet une confrontation agissante. L’éros de la double psyché se dissipe pour atteindre d’autres voies comme s’il passait par deux fenêtres qui se font face.

 

 

 

Castro 3.jpgDifférentes formes d’espaliers se construisent. L’exposition devient donc un lieu d’expérience. Les visiteurs ont l’occasion de « vivre » une histoire d’amour selon un cadre qui préserve son vécu de manière indirecte là où les émotions et les sensations sans devenir cosa mentale sont finalisées par les images. Entre activité et passivité, séduction et retrait, une conquête et une quête se poursuivent : chacun dans ce duo répond à l’autre par son propre chant des lignes.

Jean-Paul Gavard-Perret