gruyeresuisse

26/04/2018

Ray Mendoza : du renouveau métaphorique

Mendoza 3.jpgPrises à la « plage pour chiens » du Fort DeSoto Park à St-Petersburg (Floride), les photographies de la série « Dog Beach » font partie de "Cats and Dogs". Dans cette exposition présentée par le photographe, Tony Mendoza a transformé son Teckel Bob en star au milieu d’autres « acteurs » improvisés.

mendoza 2.jpgAfin de jouer les intellos nous dirons que de tels toutous renvoient à une sorte de premier temps de la métaphore: à savoir lorsqu'elle devient "l’acte d’instauration du sujet" selon Lacan… Mais - et plus sérieusement - le photographe sort la plage, ses plaisirs et ses dangers du jeu de la représentation traditionnelle en créant un imaginaire qui écarte d'une jouissance du réel telle qu'habituellement elle est proposée.

Mendoza.jpgAux vues de plages avec naïades affriolantes et Adam aux corps d'éphèbes Tony Mendoza préfère ce renouveau métaphorique avec - incidemment - des modulations "érotiques" et drôles. La magie impeccable du langage des images donne aux émois canins une vision grotesque ou iconoclaste non de qui ils sont mais de quoi nous sommes "faits". Sous le joug bienfaiteur de l’humour les dérives océanes prennent des allures de romans courtois ou de films d’épouvantes au sein d’une chienne de vie et de ses os à ronger.

Jean-Paul Gavard-Perret

Tony Mendoza, “Cats and Dogs”, Lee Marks Fine Art, Shelbyville, Indiana. Du 16 mars au 10 juin 2018

25/04/2018

Théâtralités et curiosités esthétiques de Guillaume Pilet

Pillet.jpgGuillaume Pilet, « My Life as a Parade », Galerie Joy de Rouvre, Genève et « I was born to be dramatic », Editions du Musée cantonal des Beaux-Arts, Lausanne, 2017

Guillaume Pilet est un artiste multi-médiums qui explore à travers eux les potentialités de l’abstraction comme des formes plus anciennes (avec des références à l’art populaire, primitif ou brut), de reprises en reprises. Néanmoins la peinture demeure au centre de sa pratique car plus qu’ailleurs il est question ici du retour à l’essentiel : se confronter à la surface la plus simple afin de l’animer par la fixité de la matière.

pILLET 2.pngUn tel geste apparemment simple est toujours à reprendre. L’installation, la performance, la céramique, la vidéo sont un moyen de prolonger ce geste par delà la figuration en deux dimensions. Mais l’artiste revient toujours au geste fondamental en dépit d'envies et d'intérêts primesautiers.

D’année en année, le travail devient de plus en plus ambitieux. L’humour perdure car c’est là le moyen de créer une distance naturelle avec une pratique et d’en proposer une critique en acte à mesure que les formes qui se précisent créent en une remise en question des processus de création. Mêlant ce qu’on nomme hâtivement le beau et le laid, la haute peinture et l’art vernaculaire Pilet crée des décalages, ouvre des portes - au besoin en trompe l’œil – si bien que  lorsqu’on croit les franchir, on va droit dans le mur. A chaque regardeur toutefois de trouver son chemin.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

18:07 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

24/04/2018

Barbara Polla herself : refondations de l’éros

Polla.pngBarbara Polla, « Ivory Honey », dessins de Julien Serve, New River Press, Londres, 201

Barbara Polla frappe fort pour son premier livre de poèmes écrit en anglais. L’éros  - comme le titre l’indique  - est chauffé à blanc mais conserve son «taste of honey » chanté jadis par les Beatles. La Genevoise demeure en effet miel et abeille. Pour l’homme elle reste « a dream machine / flying in the sky ». Elle semble se soumettre à cette condition de maîtresse et servante mais n’est en rien soubrette. Cœur romantique certes, elle sait bien des choses sur la mécanique des sentiments comme de l’érection. A celles et ceux qui l’auraient oublié l’auteure et galeriste reste éminent médecin. D’où peut-être sa liberté d’écriture pour parler du plaisir féminin. D'autant que le transfert d’une langue maternelle à une langue foraine lui permet d’être encore plus « crue », directe et crédible.

Polla 2.jpgBarbara Polla ne se contente pas pour ses poèmes d'un minimum vital du plaisir. Elle le pousse avec humour et de multiples références au sein de l’Histoire du monde et la marche du temps. Si bien que plus que le corps de la femme c’est le corpus féminin qui sous la grande nacre du ventre n’a plus rien de famélique. Il se revendique pour ce qu’il est et qu’importe si son lustre rend jusqu’aux vieux boucs novices. A sa manière l’auteure secoue les hommes et devient cowgirl des taureaux afin qu’ils ne l’ennuient pas le dimanche mais lui donnent du plaisir.

Polla 3.jpgUne fois de plus l’auteure étonne et dépote. Elle prouve qu’il existe toujours de belles surprises dans une belle personne. C’est à la fois féroce et poétique. Parfois des abats sont marqués d’étoiles de mer qui finissent en queues de poisson. Les étalons ne sont pas forcément d'or. Qu’importe pensent certain(e)s si la fusion dans le réel n’est pas au rendez-vous. Mais la poétesse fait tout pour. Et Julien Serve indique par ses dessins une certaine marche à suivre… Rappelons pour finir que juste après la belle préface de Frank Smith, l'amazone offre à tous les Moïse ses tables de la loi. Pour sûr, ils ne resteront pas de marbre. Ainsi, celle à qui jadis on voulut retirer la langue, la tire à son tour. Par ses injonctions, son ironie, sa sensualité elle brouille les cartes qui donnent de l’atout au seul mâle. Elle en demeure la reine cœur mais aussi le Joker.

Jean-Paul Gavard-Perret