gruyeresuisse

30/03/2018

Jacques Duboux : les formes et les gestes

Duboux.pngJacques Duboux, « Dynamies », Cité internationale des arts, du 16 mars au 06 avril 2018 (Paris) et livre « Dynamies », Tsar 19, Tsar Editions,Vevey, mars 2018.

Pour « Dynamies », le Lausannois Jacques Duboux a créé vingt pièces ou sculptures en acier forgé. Ces structures sont l’applications de principes d’actions, de gestes, d’ustensilités et de rapports à l’objet. L’objectif est de réunir des mouvements - pousser, tirer, lever, etc. - et des archétypes formels. L’artiste y associe des relevés « techniques » dans des suites d’étude qui induisent l’économie de matériaux et d’énergie dans la création d’objets.

Duboux 2.jpgNéanmoins en dépit de ce formalisme théorique l’artiste a créé un accrochage mural pour mettre en évidence l’aspect plastique des pièces en effaçant leur aspect utilitaire. Les "Dynamies" proposent implicitement et également au visiteur d’envisager mentalement le mouvement et le geste qu’induisent de telles pièces. Chacun peut donc s’y projeter.

Duboux 3.jpgConcepteur autant qu’artiste et avant tout sculpteur, Jacques Duboux est donc inspiré par les paradoxes des formes « simples ». L’artiste y découvre des aspects contradictoires qu’il respecte pour mieux les piétiner afin de cerner des vérités sourdes et cachées.


Jean-Paul Gavard-Perret

07:40 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

28/03/2018

Quand Su-Mei Tse révise l'éloquence

Su mei Tse bon.jpgSu-Mei Tse, « Nested », Aargauer Kunsthaus, Aarau, du 5 mai au 12 aout 2018.

Su-Mei Tse choisit ses médiums (installations, vidéos, photographies, objets...) en fonction de l'idée qui préside à l'élaboration de chacune des ses œuvres. Bien des perceptions coexistent : le spectateur peut les saisir selon sa culture, sa sensibilité et ses références personnelles. Su mei Tse3.jpgVioloncelliste de formation, l’artiste compose son espace d'exposition comme un jeu de rythmes. La pause est aussi importante que le son en des « sculptures » nées par exemple des variations de Bach par Glenn Gould. Mais parfois le seul bruit de l'exposition reste celui de chats que l'artiste a enregistrés pour les assembler en un "oronrontorio"…

Su mei Tse 2.jpgL’artiste combine, à Aarau, des œuvres anciennes avec le lieu spécifique d’exposition. Elle y introduit aussi de nouveaux éléments (plantes et minéraux) dans des ensembles visuels et acoustiques avec par exemple un ensemble de balles de diverses couleurs dans un équilibre précaire et une poésie qui rappelle le cosmos. Parfois réapparaît la tradition de la peinture paysagiste chinoise inhérente à ses racines. L’ensemble repose la question d’être au monde avec subtilité et humour

Su mei tse bon 2.jpgUne telle œuvre semble aller au dessous du silence parfois dans un jeu baroque où le potentiel des mots comme des sons est réanimé. Au moment où tout semble se refermer dans le dépouillement total et au bord du vide. Néanmoins s’y cache encore quelque chose. Et dans cette "Fermeture en fondu" que Beckett évoquait dans Nacht und Traüme, le travail de Su Mei Tse pénètre, prend le relais. Existent encore un (faible) afflux, un (moindre) appel, une visite. Dans l'extinction, loin des rigueurs de l'éloquence.

Jean-Paul Gavard-Perret

Denis Roche : entre apparition et disparition

Roche 2.jpg« J’écris pour être seul, je photographie pour disparaître », disait Denis Roche. Mais les photographies du livre (en partie inédites) montrent comment cette disparition est relative et comment elle est compensée. Une série de textes du photographe illustre cette relative « disparition des lucioles ». Ils prouvent que le créateur reste atypique tant par ses théories que sa pratique. Cette dernière a pour cadre le passage du temps, le corps, le nu « amoureux » ; le silence et le lien entre les images et les mots. Ses photographies sont la plupart du temps des photos en vision directe effectuées lors de ses voyages et pérégrinations. « Il n'y a pas de mise en scène, ce ne sont pas des photos faites en studio, des photos préméditées ». Mais le doute est permis : sous l’apparence désinvolture s’inscrit une vocation esthétique sophistiquée et réfléchie.

Roche.jpgDenis Roche prouve que plus que les mots (même s’il fut aussi poète)- la photographie est capable de faire parler le silence en noir et blanc. Le créateur se comporte en véritable compositeur de formes. Car chez lui l’image n’est jamais simple. Elle se distribue en secondes et en tierces quel que soit son sujet : autoportraits, portraits, nus, paysages, natures mortes. La dénudation est rarement frontale : elle passe par un baroquisme des jeux de miroirs, la reprise incessante de l’expérimentation formelle.

Roche 3.jpgLe créateur affirmait en 2002 « L’écriture c'est le propre, le définitif, la photo c'est le sale, l'approximatif ». Et il est vrai qu’il compilait des milliers de ses photos plus ou moins ratées qu’il compulsait et classait même si « leur ratage est irrattrapable ». Mais si une photo ratée ne peut ni se corriger ni s'améliorer, remuer les négatifs, c'est remuer le temps, remuer la mort. Et il n’était pas question pour lui de se débarrasser de tels déchets : « Ce serait aussi s'amputer d'une très grande partie du temps qui s'est déroulé dans cette activité. J'aurais l'impression de détruire des pans entiers de ma propre vie ». D’autant que dans ce capharnaüm il existe toujours des photos à sauver. Ce livre et cette exposition le prouvent.

Jean-Paul Gavard-Perret

Denis Roche, « La montée des circonstances », Editions Delpire et exposition à la galerie Folia à Paris du 5 avril au 2 juin 2018