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16/02/2018

Jindrich Štyrsky ; un monde rempli d’Emilie et de ses résonances

Emilie 2.jpgJindřich Štyrský (1899 -1942) est avec Toyen le plus grand poète et artiste surréaliste tchèque. Il appartint au groupe « Devesti » et fut l’un des membres fondateurs du « Groupe des surréalistes de Tchécoslovaquie ». Il a été aussi photographe, directeur du groupe « La théâtre libéré » et éditeur entre autres de deux revues d’avant garde : "Erotická revue" et "Odeon" dans lequel parurent plusieurs de ses textes courts et des études sur Rimbaud et Sade.

Emilie.jpgLes éditions Mörel republient en fac-simile « Emilie Comes to me in a Dream », un livre conçu et fabriqué par l’artiste en 1933. Cette édition témoigne des hallucinations érotiques et surréalistes de son créateur. L’œuvre est la parfaite introduction aux rêves voluptueux et fabuleux. Les photographies caressent les fantasmagories en plongeant dans un univers cosmique et fantastique où la femme est maîtresse de parades sauvages riches en stupre et fornication.

 

 

 

Emilie 3.jpgDe telles images anticipaient le futur. Elles restent une rébellion avec la conscience certaine d'un dérèglement des codes même si les mises en scène sont habilement établies. Il ne s'agit pas de « voir du pays » mais de faire basculer le réel de manière magistrale pour le bousculer érotiquement là où planent des amours muettes et des étreintes tacites.

Jean-Paul Gavard-Perrret

Jindrich Štyrsky, « Emilie Comes to me in a Dream », Mörel Books, 2018.

Good vibrations : Philippe Deléglise

deleglise.jpgPhilippe Deléglise, « Rêves de Li Po », galerie Anton Meier, du 1er mars au 21 avril 2018.

 

Descendant dans les entrailles de diverses formes de matières pour en, atténuer sans en retirer une certaine « pression », poursuivant des expérimentations des visualisations des ondes sonores du physicien fondateur de l’acoustique, Ernst Friedrich Chladni, le Genevois Philippe Deléglise renouvelle l’approche de l’abstraction. Sans besoin de s’appuyer sur le motif il crée l’autonomie de « plan-surface ». Utilisant à l’origine des plaques d’acier et les recouvrant de poussière de colophane il se sert d’un archet pour les faire vibrer. La performance est donc souvent à la base de l’œuvre : le geste permet à la matière se rassembler en certains lieux du support. L’artiste fixe le résultat (réseaux linéaires, entrelacs) dans une série d’estampes.

Deleglise 2.pngUn tel travail se poursuit ici par une suite d’aquarelles et peintures qui deviennent la reprise, l’approfondissement et des variations de l’expérience première. Se retrouvent des tensions et élasticités d’avènements particuliers. L'équilibre à tout moment semble pouvoir s'estomper au moment où un simple moment se transforme en éternité. Le présent le plus court devient un présent éternel. Entre persistance de la peinture et la permanence de l'obstacle de la matière, l’artiste exprime une liberté consciente de sa limite, de sa fragilité, du peu qu’elle est mais aussi de sa capacité à donner à l’indicible une beauté.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

15/02/2018

Les études de cas de Makita (Angela Marzullo)

Marzullo bon.jpgAngela Marzullo, « Homeschooling », cinema Dynamo, CNP Genève, du 20 février au 14 mars.

« Makita » connut sa première révolte féministe à 12 ans lorsqu’elle ne put s’inscrire à un club de football. Elle surprit les bonnes âmes avec ses photos « Makita Pissoff » où elle s’immortalisa en plusieurs époques de sa vie, accroupie pour un besoin naturel, tantôt pantalon baissé sur les cuisses, tantôt dans la position d’une statue de fontaine triomphante projetant un puissant jet d’eau afin d'inscrire une réflexion sur le territoire.

Marzullo.jpgAngela Marzullo poursuit sa route intempestive pour mettre à mal les souverains poncifs masculins et les injustices faites aux femmes. Ici 4 courts métrages incisifs et/ou délurés énoncent un Pas de pitiés pour les couillus. « Taranta », « Concettina », « Education for Autonomy »et « Let’s spit on Hegel », remettent en quelque sorte leur pendule à l’heure en revisitant mythes, lois et règles.

Les deux derniers sont les plus drôles et incisifs : dans un zoo est surpris un dialogue de fillettes sur l’éducation face à un bouquetin qui peut-être serait plus capable d’en faire bon usage que les mâles eux même. Le second parle d’un certain séparatisme féminin/masculin dans l’art et ses cérémonies de célébration.

Marzullo 2.jpgComme toujours l’artiste zurichoise installée à Genève lutte contre pudibonderies et impostures. Elle utilise pour cela autant une révision des vieux corpus philosophiques, moraux et didactiques, que la scénarisation astucieuse de ses propos. Performances, films poursuivent cet « enseignement » toujours réinvesti, mis à jour, réinventé de production en production et aux collisions souvent hilarantes mais jamais gratuites. Avec un sens de l’image parfait se poursuit une chanson de gestes transgressive, radicale et jouissive

Jean-Paul Gavard-Perret