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18/02/2018

Hugo Deverchère : abîmes temporels et cosmiques

Deverchere 2.jpgHugo Deverchère, « Cosmorama - Objects in the mirror might be closer than they appear”, Indiana, Vevey, Du 24 février au 17 mars 2018.

 

"Cosmorama" est une série de cyanotypes. Ce procédé de tirage par contact permet ici la formation d’empreinte de rayonnements que la perception ne peut normalement saisir. Ils ont été conçus en relation avec l’Observatoire du Teide (Ténérife). L’œuvre rend visible une strate inaccessible du spectre lumineux. A savoir des constellations saisies par le télescope du lieu et reconstituées en images à partir de ses données.

Deverchere 3.jpgJaillit « une cartographie impossible de la matière noire de l’Univers ». L’œuvre présente en conséquence un monde quasiment rêvé. Celui d’un « ciel profond ». Il dépasse nos échelles spatiales et temporelles ou renvoie au plus obscur passé de vies et forêts premières. Il s’agit par de telles expériences à la fois d’évaluer notre rapport au monde et nous confronter à divers types de vertiges.

Deverchere BON.jpgHugo Deverchère y poursuit sont travail poetico-scientifique constitué à partir de récits, de données collectées, d’images captées, fabriquées ou trouvées. Il les fabrique grâce à des procédés de modélisation, de transposition, de reconstruction et de conversion. Apparaît de ce qui transforme l’écart entre perception et appréhension. En rebond l’imaginaire des impossibles touche la nature primitive et/ou cosmique.

Deléglise.jpgSes phénomènes quoique soumis au doute et à l’incertitude se rapprochent de notre univers sans pour autant fournir de clés. Il se montre, s’ouvre, béant, isolent et propre à plonger par sa prise et sa beauté dans des abîmes de réflexion. Fascinant et prégnant, un merveilleux vient jusqu’à nous. L’univers représente une dystopie épique. La condition humaine trouve là des raisons d’espérer ou de se confronter au peu qu’elle est face à ce qui la dépasse.

Jean-Paul Gavard-Perret

10:35 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

17/02/2018

Denis Freppel à la fondation Auer Ory

Freppel.jpgDenis Freppel pendant trois décennies a exploré les archives visuelles constituées par l'architecture de Los Angeles et de ses alentours. Passionné de cinéma et d’images fixes il a photographié les quartiers de la cité des Anges. Elle est devenue sa ville d’adoption et pour la saisir il a mêlé photographies documentaires et d'architecture en saisissant « l’ombre et la lumière, le vide et le plein, le beau et le laid, le bruit et le silence » en une sorte de nouveau journalisme quelque peu déjanté.

Freppel 2.jpgAutodidacte, influencé par les livres d’Ansel Adams, Freppel a toujours préféré le noir et blanc à la couleur. C’est parfois une vue d’ensemble ou parfois un détail qui impose la prise. Mais pour l’artiste tous les sujets -petits ou grands- ont la même importance.

 

Freppel 3.jpgDe la sorte il propose un étrange kaléidoscope de la ville californienne. L’exposition mêle réalisme et poésie de la ville en ses mutations architecturale. Non seulement les photographies suscitent l’étonnement : elles ouvrent un fantastique voyage d'exploration autour d'une ville dont la circonférence reste incertaine et le centre toujours inconnu car non repérable.

Jean-Paul Gavard-Perret

Denis Freppel, « Los Angeles, architectures et autres horizons, 1967-2010 », Fondation Auer Ory pour la photographie, Hermance, du 18 janvier au 13 mai 2018.

Le monde minéral de Benoît Jeannet

Jeannet.jpgBenoît Jeannet, “A Geological Index Of The Landscape”, Mörel Editions, 2018.

Benoît Jeannet explore la montagne en embrassant ses espaces : dans leur totalité ou en réduisant sa vision aux cristaux que leurs plis cachent. L’artiste y explore l’immémorial tout en offrant un cadre quasi conceptuel (mais sans tomber dans l’art du même nom) à sa puissance et ses richesses.

Jeannet 3.jpgLa montagne garde sa force mythique et le photographe en repousse paradoxalement les limites purement « physiques » par la manière de les capter. La photo a bien sûr un caractère informatif et géologique mais par sa vision il dépasse de telles limites descriptives. Sans emphase lyrique mais avec son « œil », Benoît Jeannet recrée la magie des lieux et ce qu’ils cachent selon un « toucher» particulier. Le photographe s’engouffre en une sorte d’absolu du minéral avec rigueur mais sans froideur.

Jeannet 2.jpgTout le mystère et la force de la nature est là. L’image n’est pas « de » la montagne mais naît d’elle afin qu’en surgisse un ensemble et des trésors disséminés dans ses entrailles. Elle reste ici une muraille qui jaillit dans une lumière particulière. Celle-là échappe à une vision purement « scientifique » et retrouve les chemins de la poésie entre l’immense et l’infime. Celui-ci émerge des ombres appesanties.

Jean-Paul Gavard-Perret