gruyeresuisse

24/02/2018

Amanda Charchian : le désir et ses formes

Charchian 2.jpegLes créatures d’Amanda Charchian ne créent pas le vice mais le jour. Et elles n’ont pas besoin de vin pour fomenter l’ivresse : elles se suffisent à elles-mêmes avec parfois un serpent attaché à leur ventre. Les fruits encore verts du corps sont là et parfois se partagent en divers types d’amour que la photographe décline pour étancher une soif, une folie ou simplement la volupté.

 

Charchian 3.jpegLe langage touche jusqu’aux lèvres des jeunes filles surprises dans leur concentration. Parfois le regard est à l’image mais parfois celui de voyeur est absorbé par d’autres plans impeccables ou élégamment parodiques selon des domiciliations hallucinées qui excluent l’anachorèse. Il est vrai qu’on est là en Californie du Sud et non dans le Middle-West. Ici des recluses s’apprivoisent dans leurs sanctuaires le cœur battant.

Charchian.jpegEt si Platon faisait de l’effroi le premier présent de la beauté ; Amanda Charchian prouve le contraire. Le corps resplendit au soleil. Et ce n’est pas parce que la photographe a ôté le voile qui la cache que la beauté se transforme en bête. Le désir rode  sans problème dans des intrigues narratives où tout demeure en suspens et impliquent divers types d’imbrication sous forme d’instants condensés.  Les alcôves n’ont pas besoin d’être chauffées. Le feu couve sur la langue et le soleil devient le dieu voyeur d’outrages mesurés.

Jean-Paul Gavard-Perret

23/02/2018

Peter Wuettrich : la passion de ce que le livre ignore

Wuettrich.jpgIl n’existe plus chez Peter Wuettrich d’un côté l’esprit ou l’âme et de l’autre côté le corps des signes et des mots. Face à cette dualité spécieuse l’artiste propose la souplesse, une parure d’espace plus qu’une mentalisation. Tout ce qui devient langage change de registre et quasiment de statut. Le l ivre fait masse en devenant image. Et en conséquence c’est elle qui fait signe.

Wuettrich 2.jpgL'artiste propose tout un dressage monumental des figures. Leur attraction suffit. Emane une émotion étrange. Quelque chose d’éperdu et d’aérien s’élève. Le dire ne peut encercler l’état de voir. Et si une image vaut mille mots, celles de l’artiste bernois en valent des millions. Si bien que le livre apparemment relégué à l’état d’objet trouve une nouvelle signifiance.

Wuettrich 3.jpgDès lors plutôt qu’écrire des livres - "c’est une maladie que menace la folie" disait Ovide - Wuettrich préfère une autre relation d’échange avec le « lecteur ». Le livre devient corps qui n’est plus affecté par lui même mais par ses ensembles. Et soudain le regard subit la passion de ce qu’il ignore encore.

Jean-Paul Gavard-Perret .

"ANDERS",Kunstverein Bremerhaven, Karlsburg, à partir du 16 janvier au 4mars 2018.

 

09:00 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

22/02/2018

Du dévoilement à l’hypnose – Mona Kuhn

Kunh 2.jpgMona Kuhn, dans série "Bushes and Succulents", alterne des photos de coraux et de femmes nues. L'objectif : souligner la perfection des lignes et créer au-delà de l'apparence "réaliste" de véritables visions du merveilleux. La photographe reprend la problématique Georgia O'Keefe et ses peintures florales. Sa série devient une célébration particulière du féminin en le poussant sinon vers l'abstraction du moins la métaphore.

Kunh 3.jpgLes nus proprement dits, dans leurs traitements techniques métalliques, rappellent les expérimentations d'un Man Ray et représentent selon l'artiste une réponse à certains courants féministes. Il en va de même avec les coraux. Ils offrent à l'intimité un biais astucieux à ce que la chair ne pourrait suggérer. Le saut dans l'éros prend par voie de conséquence une dimension poétique. La vulve y apparaît loin de la chair. Mais cette distance n'a rien d'un mouvement de recul et d'anachorèse. Elle fait le jeu de la proximité. Le sexe y devient un corps imagé et invaginé par illusion d'optique..

Kunh 1.jpgLe sexe féminin vu de près n'est donc jamais offert tel quel mais "re-présenté" afin de dépasser les limites libidinales ou les désynchroniser de leur objet. Le corail porte donc secours au féminin afin que le plaisir visuel se détache du désir. Se produit une "déformation" insoluble au fantasme. Elle permet une émotion plus sophistiquée. Et la femme acquiert une autre beauté : celle d'un mystère hypnotique. Sa nudité devient princeps : elle est moins sexuelle que génésique.

Jean-Paul Gavard-Perret