gruyeresuisse

17/02/2018

Le monde minéral de Benoît Jeannet

Jeannet.jpgBenoît Jeannet, “A Geological Index Of The Landscape”, Mörel Editions, 2018.

Benoît Jeannet explore la montagne en embrassant ses espaces : dans leur totalité ou en réduisant sa vision aux cristaux que leurs plis cachent. L’artiste y explore l’immémorial tout en offrant un cadre quasi conceptuel (mais sans tomber dans l’art du même nom) à sa puissance et ses richesses.

Jeannet 3.jpgLa montagne garde sa force mythique et le photographe en repousse paradoxalement les limites purement « physiques » par la manière de les capter. La photo a bien sûr un caractère informatif et géologique mais par sa vision il dépasse de telles limites descriptives. Sans emphase lyrique mais avec son « œil », Benoît Jeannet recrée la magie des lieux et ce qu’ils cachent selon un « toucher» particulier. Le photographe s’engouffre en une sorte d’absolu du minéral avec rigueur mais sans froideur.

Jeannet 2.jpgTout le mystère et la force de la nature est là. L’image n’est pas « de » la montagne mais naît d’elle afin qu’en surgisse un ensemble et des trésors disséminés dans ses entrailles. Elle reste ici une muraille qui jaillit dans une lumière particulière. Celle-là échappe à une vision purement « scientifique » et retrouve les chemins de la poésie entre l’immense et l’infime. Celui-ci émerge des ombres appesanties.

Jean-Paul Gavard-Perret

16/02/2018

Jindrich Štyrsky ; un monde rempli d’Emilie et de ses résonances

Emilie 2.jpgJindřich Štyrský (1899 -1942) est avec Toyen le plus grand poète et artiste surréaliste tchèque. Il appartint au groupe « Devesti » et fut l’un des membres fondateurs du « Groupe des surréalistes de Tchécoslovaquie ». Il a été aussi photographe, directeur du groupe « La théâtre libéré » et éditeur entre autres de deux revues d’avant garde : "Erotická revue" et "Odeon" dans lequel parurent plusieurs de ses textes courts et des études sur Rimbaud et Sade.

Emilie.jpgLes éditions Mörel republient en fac-simile « Emilie Comes to me in a Dream », un livre conçu et fabriqué par l’artiste en 1933. Cette édition témoigne des hallucinations érotiques et surréalistes de son créateur. L’œuvre est la parfaite introduction aux rêves voluptueux et fabuleux. Les photographies caressent les fantasmagories en plongeant dans un univers cosmique et fantastique où la femme est maîtresse de parades sauvages riches en stupre et fornication.

 

 

 

Emilie 3.jpgDe telles images anticipaient le futur. Elles restent une rébellion avec la conscience certaine d'un dérèglement des codes même si les mises en scène sont habilement établies. Il ne s'agit pas de « voir du pays » mais de faire basculer le réel de manière magistrale pour le bousculer érotiquement là où planent des amours muettes et des étreintes tacites.

Jean-Paul Gavard-Perrret

Jindrich Štyrsky, « Emilie Comes to me in a Dream », Mörel Books, 2018.

Good vibrations : Philippe Deléglise

deleglise.jpgPhilippe Deléglise, « Rêves de Li Po », galerie Anton Meier, du 1er mars au 21 avril 2018.

 

Descendant dans les entrailles de diverses formes de matières pour en, atténuer sans en retirer une certaine « pression », poursuivant des expérimentations des visualisations des ondes sonores du physicien fondateur de l’acoustique, Ernst Friedrich Chladni, le Genevois Philippe Deléglise renouvelle l’approche de l’abstraction. Sans besoin de s’appuyer sur le motif il crée l’autonomie de « plan-surface ». Utilisant à l’origine des plaques d’acier et les recouvrant de poussière de colophane il se sert d’un archet pour les faire vibrer. La performance est donc souvent à la base de l’œuvre : le geste permet à la matière se rassembler en certains lieux du support. L’artiste fixe le résultat (réseaux linéaires, entrelacs) dans une série d’estampes.

Deleglise 2.pngUn tel travail se poursuit ici par une suite d’aquarelles et peintures qui deviennent la reprise, l’approfondissement et des variations de l’expérience première. Se retrouvent des tensions et élasticités d’avènements particuliers. L'équilibre à tout moment semble pouvoir s'estomper au moment où un simple moment se transforme en éternité. Le présent le plus court devient un présent éternel. Entre persistance de la peinture et la permanence de l'obstacle de la matière, l’artiste exprime une liberté consciente de sa limite, de sa fragilité, du peu qu’elle est mais aussi de sa capacité à donner à l’indicible une beauté.

Jean-Paul Gavard-Perret