gruyeresuisse

01/02/2018

Les hétérotopies de Frank Kunert

Kunert.jpg« LifeStyle » représente la suite des deux livres précédents livre de Frank Kunert « Topsy-Turvy World » and « Wunderland ». Il y poursuit son invention méthodique des lieux intérieurs ou extérieurs chargés d’un certain non-sens voire d’une absurdité. Les maisons de l’être prennent d’étranges aspects. Et de tels tout petits mondes deviennent des magasins de curiosité en dérive entre le grotesque et une métaphysique des lieux. S’y cache néanmoins toujours un charme. Voire une magie que le photographe saisit sans se prendre au sérieux mais avec impeccabilité.

Kunert 2.jpgLe plus profond humour et un certain tragique ne sont jamais loin l’un de l’autre. La satire n’est qu’apparente au sein des compositions de décor que l’artiste construit avec minutie. Il pourrait s’en contenter mais leur représentation photographique leur donne une autre dimension et illusion. Sont proposées des narrations de vie que le spectateur peut inventer à sa guise. Vides de présence humaine de tels lieux évoquent toujours - au-delà de l’humour et de la fantaisie - mélancolie et la tristesse. Kunert propose donc un contre monde aussi poétique que critique. Toute la question de la visibilité se situe en un idéal absurde entre le réel et ce qui lui échappe, comme entre l’art et son imaginaire renouvelé de manière originale.

Jean-Paul Gavard-Perret


Frank Kunert, « Lifestyle », Hatje Cantz, Berlin, 72 p., 2018

15:26 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (1)

David Lynch et les languides

Lynch 2.jpgLa Fondation Cartier publie un superbe livre d’une centaine de photographies en noir et blanc et en couleur des nus de David Lynch. Ces clichés sont parfaitement conforme aux visions que révèlent "Twin Peaks" et "Mulholland Drive" (entre autres). Comme toujours l’auteur joue de l’érotisme et d’une forme d’abstraction entre humour et glamour.

Lynch 3.jpgJamais d’outrage dans de telles prises. Même si la proximité est des plus prégnantes Jamais de mépris, de dégoût, de violence mais la fascination pour le corps féminin là où la vieille dépendance de l’homme à son double ne fait jamais défaut. Chez Lynch les femmes le savent et elles en jouent en créant un lien ravageur à la dépendance tacite et délicieuse.

 

Lynch.jpgContrairement à ce qui se passe dans les films du créateur ; le désir est déconnecté de la peur. D’autant que les égéries l’attisent plus qu’elles ne l’éprouvent elles-mêmes. La femme reste chez Lynch l’Eve de la Bible : d’une certaine manière la première « coupable ». Pas question pour autant de pousser plus loin l’ « analyse ». Le charme ne fait que commencer à dévoiler ce qu’il ensemence. Les corps nus mais relativement cachés restent d’une certaine manière « invisibles » selon cette perspective chère à Lynch : le voyage du désir est toujours un déplacement vers l’étrange ou l’étranger. Hypnos est au cœur d’Eros.

Jean-Paul Gavard-Perret

David Lynch, « Nudes », Fondation Cartier pour l’art contemporain, 2018, 55€