gruyeresuisse

12/01/2018

Les affinités électives de Li Hui

Li hui 1.jpgLa photographe chinoise Li Hui crée un univers diaphane et doux. Tout reste de l'ordre de la suggestion et de l'effluve. L'érotisme est plus éthéré que léger. La porosité de l'indicible se feuillette parfois d'un jeu de strates. Le romantisme plane dans les poses et les lumières rasantes propres à donner une certaine image de rêve de l'amour pacifié et du corps lui-même apaisé, détendu.

Li Hui bon.jpgLa photographe cultive la perfection de l’intime en faisant sauter les verrous du regard mais juste ce qu’il faut. Le désir est suggéré sous forme d’état naissant au sein de cocons. La féminité reste une fleur vivante sous l’éclat de flammèches et d'auras. Elles croissent et se multiplient non sans humour ou délicatesse.

Li hui bon 2.jpgL’intime comme "l’extime" reste décalé. La « parure » est autant un frêle bouclier qu’une métaphore loin des idéologies du marivaudage. Insidieusement et à travers ses esquisses le pubis incarne l'unité perdue. S'"image" le lieu où tout recommence dans un floconnement vaporeux. Un envol parfois strie l'espace sans altérer le vivier des possibles. Un ordre inédit s'organise dans le jardin des délices et en divers blasons.

Jean-Paul Gavard-Perret

Li Hui, « No words from above », Huiuh editions, 72 p., 35 $

 

Ursula Palla : demain hier

Palla 3.jpgExposition Ursula Palla, “Talking to the moon”, Galerie Gisèle Linder, du 20 janvier au 10 mars 2018.

Ursula Palla crée des mondes et des personnages fascinants : ils séduisent par leur charme et leur innocence. Nous pénétrons dans un monde d’illusions ; mais désormais le rêve ne s’arrête là où l’angoisse fait insidieusement son nid. Il perdure. L’artiste construit des petits pans de douceurs et d’éden (« Talking to the moon ». Dans la vidéo Porcelaine, l’objectif est sensiblement le même : des mains errent pour façonner l’impossible : de la vaisselle s’empilée en une tour de Babel idéal mais qui finit là où une telle architecture finit…

Palla.pngLes œuvres finalement ne seront ni un leurre ni une jouissance mais juste la poussée dans l’inconscient. S’y inscrivent des gerbes divergentes de sens en une confrontation avec l’Autre là où non seulement le lieu mais le temps ont forcément leur mot à dire. Ils sont induits dans de telles narrations proches d’une acmé mais aussi d’un déchirement. L’œuvre par ses assiettes ou son éléphant aussi immobile que ceux d’une célèbre fontaine de Chambéry crée une étrange proximité et un éloignement. Proximité communicante - presque communiante et utopique.

Palla 2.jpgExiste toujours coupure et rétention. Et une alternative comme dans « sunflowers » où en référence aux tableaux de van Gogh, les fleurs se fanent ou s’épanouissent en fonction du temps. Et la technologie n’y peut rien. Preuve que la nature leur échappe. Même celle de l’image. Une telle œuvre nous entraîne jusqu’à ce que nous en devenions partie prenante tout en restant en expectative au moment l’image redevient langage et matière aussi jouissante que résistante.

Jean-Paul Gavard-Perret

11/01/2018

Claude Louis-Combet, Elizabeth Prouvost : chorégraphie originaire

Prouvost Bon.jpgLe pouvoir des rythmes qu’Elizabeth Prouvost accorde aux ombres des corps impose un vertige premier L’œil suit ce qui est tracé, se frotte à la matière, s’effraie de la noirceur de l’ombre, tente de fraterniser avec la lumière, jouit de la force de l’obscur, se heurte aux pleins, plonge dans les vides. Tout est fait pour ramener à quelque chose de primitif et d’ailé que Louis-Combet exprime en un carnet de bord de l’origine où sont « consignées » des impulsions premières. Nous revenons à la sortie (ou de l’entrée) de ce qui se fomenta lors de « la nuit sexuelle » - nuit première de la conception de celui qui en ignorera tout.

Prouvost Louis-Combet.jpg« C’est la naissance du sexe. C’est le commencement de l’histoire » écrit Louis-Combet. Elizabeth Prouvost « image » cet indomptable, cette nuit première et l’acte de naissance ; chute suprême et danse des scalas que l’être va tenter de remonter et reprendre pour retrouver à travers toutes les femmes celle dont il est sorti, conçu moins que créé. Et c’est pourquoi de telles photos comme l’aurait dit Duras sont « sublimes forcément sublimes». Elles font ressentir par le noir et blanc, et l’arrêt sur le mouvement qui semble néanmoins s’y prolonger la douceur, la violence, la chaleur tellurique et l’humidité que le désir crée. L’argile de la femme ne se distingue pas de celle de l’homme au sein d’une confusion organisée en chorégraphie de la plénitude.

Jean-Paul Gavard-Perret

Claude Louis-Combet, Elizabeth Prouvost, « Né du limon », Fata Morgana, Fontfroide le Haut, 2018.