gruyeresuisse

15/01/2018

Mélusine et son compère : Ella & Pitr

Ella et Pitr.jpgElla & Pitr créent une œuvre poétique complexe, techniquement détaillée, ou composée de traits simples, bruts. Ils scénarisent souvent leur famille, leurs amis sont souvent représentés mais il existe aussi d’autres présences issues de leurs souvenirs ou de leur imagination débordante ou de celle de leurs enfants.

Entre complexité et naïveté se dévoilent des situations intimes dans lesquelles chacun peut se retrouver entre tendresse ou exclusion dans un mélange de réalisme et de magie. Il donne à l’œuvre un caractère fascinant mais difficilement « identifiable ». Les compositions jouent toujours sur les équilibres et les déséquilibres.

Ella et Pitr 2.jpgL’enchantement est là mais pour rappeler son aspect toujours provisoire. Le naturalisme est mis à l’écart même si apparemment le réel est bien représenté. Son espace est dé-spatialisé afin d'accéder au statut d'expérience. Les lieux et les images acquièrent la troublante souveraineté ou l'efficacité d'un lieu de mémoire. L'histoire de l'œuvre est donc l'histoire d'une accession au monde par l'intermédiaire de son décalage. Le mythe shakespearien s'y cache au besoin.

Jean-Paul Gavard-Perret

Ella & Pitr, « Comme des fourmis », La Galerie Le Feuvre, du 20 janvier au 17 février 2018. Monographie aux Éditions Alternatives (Gallimard), 248 pages, 35 E.

14/01/2018

Jean Rault et le Japon

rault 3.jpgJean Rault saisit un Japon méconnu. Toute une “ mémoire mouvante ” résulte de ce travail de représentation kaléidoscopique. Il entre en collision avec l'esthétique main street ou "adulescente". Le monde est sombre mais en jaillit une magie particulière peu éloignée de la destruction comme du "burlesque".

rault 2.jpg« Portraits du monde flottant » rassemblent des créatures de la nuit saisies en des lieux luxueux et privés, des Sumos à l'entraînement près de Tokyo, des paraplégiques lors de courses en fauteuils roulants à Kyoto etc.. Perdure néanmoins une sorte de joie salvatrice qui lutte contre l'atrophie, l'immobilisation.

rault.jpgC'est là sans doute la force insubmersible et subversive de l’œuvre de Rault. Son «rire » mord le monde. Il permet au regard de supporter les situations limites. Le dispositif choisi par l'artiste est lui-même « nu » mais les techniques sont sophistiquées : " je tiens à ce qu’elles soient transparentes, qu'elles s'effacent et atteignent le dépouillement, la sobriété" écrit l’artiste.

Jean-Paul Gavard-Perret

13/01/2018

Michael Hilsman s'amuse

Hisman bon 2.jpgMichael Hilsman, "New Pictures", Galerie Sébastien Bertrand, Genève, à partir du 23 janvier 2018.

Tout en préservant ses invariants symboliques (formes phalliques et rotondités) Michael Hilsman fonce désormais vers une figuration de plus en plus marquée. Mais la théocratie de cette dernière est revisitée par une vision surréaliste.

L'artiste semble s'amuser en revisitant les souverains poncifs entre autres du portrait et de la nature morte. Les vieux genres se mettent à prospérer de manière drôle et paroxystique. Le portrait par exemple est partiellement et volontairement "raté" par confusion des plans au moment où la nature morte semble redevenir vivante : le poisson n'y est plus noyé.

Hisman bon 3.jpgMichael Hilsman ramène la peinture à un bouillon de culture. Elle crée autant du connu que de l'inconnu afin d'inventer de nouveaux rapports par tout un jeu ironique de manipulation des limites sans le moindre retour au dogmatisme de la représentation et de ses règles. L'artiste a compris que la déconstruction n'avait plus rien à déconstruire. Il convient de passer à quelque chose de plus sérieux : le jeu.

Jean-Paul Gavard-Perret