gruyeresuisse

19/01/2018

Tomoo Gokita et les voyageurs

Gokita 2.jpgTomoo Gokita cultive un attrait pour l’esthétique vintage des photographies des années 60 et 70. A partir de telles vues il peint des portraits imaginaires. Ceux par exemple des clients de sa série « Hotel Paraiso ». Le peintre de Tokyo y a séjourné lors d’un voyage au Mexique. Sous forme de gouaches en noir et blanc les situations les plus simples prennent un aspect à la fois surréaliste et presque abstrait et qui intrigue par le jeu entre le réel et l’irréel au sein de portraits où la forme organique et drôle prend le dessus.

Gokita.jpgL’artiste pétrit leur écho et reflet en pâte de lumière et d’ombre. De tels visiteurs comblent l’espace et le bravent de leurs présences imposantes aux confins du cœur ou sur une crête du temps. Leur feu physique n’est peut-être pas le bon même si un aveu dépasse par l'interstice que Gokita prend soin de préserver. Existe à la fois le danger de l'avalanche et le désir d’être mangé. Le corps est aussi masse qu’abîme entre le désir et sa ruine. La vie - du moins sa possibilité - monte du silence quand le plein minuit enfourche des nuages gonflés de voluptés. Mais des corps rien d'autre ne sera dit, entre plaie, plaisir, paroxysme fortuit et passages obligés.

Jean-Paul Gavard-Perret

10:29 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

16/01/2018

Osamu Yokonami : histoires d’eau. Ou presque

Mizugi 3.jpgRenversant la vision des femmes Osamu Yokonami en module la présence. Rebelle aux belles de cas d’X, il ne souscrit pas à la religion communicationnelle en usage. La femme n’est plus aliénée à l’exhibition. Vues de dos - leurs postérieurs parfois maculés de boue ou de sable , ses naïades en uniforme se livrent à un jeu chorale. Il laisse le regardeur perplexe au sein de ce qui reste des hypothèses vagues.

Mizugi 2.jpgLes baigneuses habillées – ou dévêtues – à l’identique, jouent sans se préoccuper de leur image. Nul ne sait si leur cœur bat et pas question de tirer une quelconque psychologie de telles prises. L’essence (des femmes) et le sens (du travail) demeurent un mystère qui ne peut se déflorer.

Mizugi.jpgTout ce qui peut s’en dire est qu’il paraît léger. Osamu Yokonami se contente d’effleurer la surface plutôt que de sombrer dans les profondeurs abyssales de la mécanique des corps. L’artiste ne veut que continuer de s’émouvoir de la qualité inénarrable des corps à la frontière d’histoires d’eau.

Jean-Paul Gavard-Perret

Osamu Yokonami, « Mizugi », coll. "Seasons Series", Libraryman Editions, 35 E.

 

14:15 Publié dans Culture, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

Magali Latil : anéantissement et exaltation

Latil.jpgMagali Latil crée une recherche picturale dans laquelle sont éliminés les surcharges rhétoriques et effets de métaphores par l'utilisation d'une série d'ellipses, de soustractions, de mouvements et de lignes contradictoires. Tout joue entre exaltation et anéantissement. Le regardeur n’a plus l'impression de se situer devant la toile ou les calques mais "au-dedans", au milieu de ces traits qui pénètrent la surface sans jamais la conquérir.

Latil 2.jpgUne forme d’effacement exprime moins du  négatif qu'elle ne dégage simplement l'exprimable pur en une sorte d’évaporation jusqu'à la transparence où rien ne peut être réel que le presque rien. Pour Magali Latil les images doivent être autre chose que la possession carnassière des apparences, autre chose que cette mimesis en laquelle, depuis la Renaissance italienne, elles se sont fourvoyées dont le prétendu réalisme est la forme la plus détestable.

 

 

 

 

Latil 3.jpgLe dessin permet à l’art de devenir abstracteur de quintessence en éliminant tout wagnérisme pictural. La seule peinture est celle qui ouvre sur un vide qu’il s’agit de cerner. L'Imaginaire pictural trouve la puissance paradoxale de creuser le monde. L'oeuvre se démet de tout chaînon expansif : un énoncé pictural est presque dissout dans la plénitude lacunaire de ses blancs, comme si la matrice pesait de tout son poids sur les lignes et leurs effets de trames dans l’émergence d’un « à peine, à peine » cher à Beckett.

Jean-Paul Gavard-Perret

Magali Latil, « La couture du blanc » ; Editions Remarque