gruyeresuisse

08/11/2017

Romain Slocombe : Tokyo Gate et post-postmodernité

Bondage 2.jpgTokyo reste le centre de bien des transgressions. Elle devient désormais la « City of Broken Dolls ». Romain Slocombe photographie de jeunes femmes dont le propos est de muter au sein d’un univers médicalisé, sexuel et technologique. Les égéries s’affichent sous des bandages, plâtres, supports médicaux telles des victimes de traumatismes inconnus.

Bondage 3.jpgLes plus belles filles de la « Métropolis » s’enlaidissent selon leurs propres canons de beauté qui mélangent éros et thanatos. La relation qu’elles suscitent ressemble à un vide. Et ces poupées cassées inventent une nouvelle forme de bondage, de Grand Guignol, de « fantasy » violente et un fétichisme médical inédit. A travers leurs mises en scènes et leurres, elles dénudent les fils grossiers de l’excitation libidinale et laissent dériver les fantasmes vers des zones troubles.

 

Bondage.jpgEn se "dérobant" les poupées rappellent que la chair désirée reste une existence irréelle, "accidentelle". La sidération bascule vers une désidération programmée là où les articulations du discours sexuel sont à la fois démembrées et remontées de manière perverse. D'où la folie de ces nouvelles "situationnistes". Elles engagent le regard en des chausse-trappes et des impasses nécessaires loin des poses et des illusions de l’imagerie où la femme est l'infirmière docile des désirs masculins.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

Gabriela Torres Ruiz : silence tel que ce qui fut

Torres 2.pngGabriela Torres Ruiz photographie le silence afin de faire entendre ses craquements sourds. Chaque lieu (ruines architecturales, forêts alpines, etc.) crée un mystère. Ici le mystère veut dire mystique au sein de tanières où le vide s’entend. Partager son secret exige de le garder.

Torres BON.jpgLe silence ne reçoit ainsi que le dépôt de la nudité des lieux. Parler éloignerait ainsi leur sensation : le langage contraint, refoule, divise, repousse le silence. A l’inverse la photographie en témoigne. La ruine des lieux requiert le parfait mutisme en guise d’aveu. Il faut que le silence montre son museau comme un animal féroce et écumant, comme une divinité prédatrice qui s’oppose au Verbe. Le silence court ; livre. Devient un chien abandonné là où les gravats où se perd toute « vanité » et les paysages glacés sont éloignés de la civilité des sociétés et des cours.

Jean-Paul Gavard-Perret


Gabriela Torres Ruiz, « Silence », Hatje Cantz, Berlin, 128 p., 40 E ., 2017.

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07/11/2017

Richard Meier : un Prince

Meier Bon 2.jpgGrâce à Richard Meier Don Juan trouve à dire à Juliette que la femme est le plus bel Alpha de Roméo : celui qui couronne le mémoire de Dieu par l’esthétique selon - et entre autres - un « rond dans l’eau – fleur sage et bouton d’or ». Il est vrai que l’auteur sait parler aux femmes et à ceux qui les accompagnent.

Et lorsqu’il n’est pas compris il joint l’image à la parole en « danse typogramme » quite a faire un scénario en carton grossier mais sans besoin de souffleur. Pour l’auteur, même compromis par Judas, le baiser n’en constitue pas moins un pont sûr. Et Meier en appelle aux corps des amoureux qu’il évoque en des flèches. Elles ne gardent de la lascivité que la sueur et le chant des lettres.

Meier.pngChez lui tout est incisif en petits méandres et lignes discontinues au milieu des sémaphores féminins. D’un rond dans l’eau du livre l’artiste puise pour rappeler que l’amour est tout ce que l’humain a pu tirer d’un péché originel. Afin de le prouver il transforme une nuit d’encre en une constellation de lumières.

Nul ne sait chez lui – lorsqu’une femme affirme n’avoir jamais trompé son mari - si elle le dit en toute fierté ou à regret. Ne serait-ce pas la preuve que, si la femme n’existait pas, la rose serait la plus belle fleur ? En tout état de cause il ne discrimine l’époux. Ni ses parasites. Dans leurs veines court du sang humain et qu’importe si dans de tels livres »l’œil ne suit plus la conversation ». Il a d’autres chas où entrer.


Jean-Paul Gavard-Perret

Richard Meier, « Un œil pour les yeux », et « Dynamo des Tropismes », Voix éditions, 2017.