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23/10/2017

Philipp Goldbach et la perfection ironique

Goldbach.pngPhilipp Goldbach, Exposition Galerie Gisèle Linder, Bâle, du 4 novembre 2017 au 6 janvier 2018.

 

Comme il est écrit dans la présentation de l’exposition chez Gisèle Linder : « Philipp Goldbach voue son intérêt artistique aux possibilités cognitives et physiques du travail humain par rapport à la production technique ». La photographie sert de vecteur à un travail « prothésiste » et prophétique de la « machine » là où tout navigue entre le chaos ou le désordre et une forme d’élégance bien plus subtile qu’il n’y paraît. Les œuvres impeccables glissent par paliers vers d’autres plans car Goldbach. Surgissent des fenêtres célibataires qui interrogent le monde en des montages qui forcent l’œil à divaguer.

Goldbach 2.jpgGoldbach adopte au besoin sa propre camisole de machiniste afin d’exécuter « automatiquement » des tours de passe-passe qu’il transforme et transfère sur des « microgrammes » (en hommage à Robert Walser sans doute) ou qu’il fabrique entièrement et à la main afin de revendiquer un processus technique non-transparent dans un contact direct avec les matériaux. La visibilité du geste du travail artisanal est implicitement opposée à des processus industriels de fabrication de masse.

Goldbach 3.jpgTout bascule du familier vers l’énigme par décalages et associations graves ou joyeuses, ironiques et poétiques. Entre perfection et insignifiance volontaire les créations de Goldbach deviennent aussi hermétiques et originelles que relatives au temps présent. L’artiste fait le ménage, trie, casse, met aux rencards les apparences pour toucher à sinon une transparence du moins une radicalité plastique. Il s’élève contre la confusion des images et contre leur mythe de fusion. Le créateur ne veut pas faire triompher « l’idée » mais l’image pour répondre à tous les académismes, à toutes les standardisations non seulement des produits mais d’une pensée et d’un affect fabriqués en série.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

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22/10/2017

Le présent gnomique de Livia Gnos

Gnos.jpgLivia Gnos, « concentration » Bains de Pâquis, Genève novembre 2017

 

 

 

Sur une feuille vierge Livia Gnos crée des vibrations de courbes en fond monochromatique. L’œil se perd puisque l’image devient une sorte de mandala : il piège le regard là où l’espace et le temps à la fois s’enroule et se déroule. Ce n’est plus le côté connaissable du monde ou sa reproduction qui est en jeu. Le plaisir esthétique est celui du temps qui fait les « frais » d’une telle présentation. L’artiste répond à ce qu’espérait Schopenhauer dans « Représentation et principe de raison » dans « Le monde comme volonté et comme représentation » : « cette volonté de représentation pure du monde devient le but de l’artiste de génie ».

Gnos 2.jpgLa voie de l’art s’affranchit du côté connaissable pour une autre création et donc une autre contemplation. Si bien que la puissance de l’art augmente. A la gnose philosophique répond le « gnosique » poétique et graphique de Livia. L’artiste prolonge le son fondamental du monde par le silence des images en leurs monochromes signifiants. Cela tient de la magie. Jaillissent un sentiment de plénitude, une sorte d’« adagio » visuel. L’air danse au sein d’une mélodie inépuisable avec ses longs  "motifs" et ses écarts aussi proches que lointains.

Jean-Paul Gavard-Perret

Les illuminations xylographiques de Franz Gertsch

Gertsch 3.jpgFranz Gertsch, «Visages paysages», Musée Jenisch, Vevey, du 27 octobre 2017 au 4 février 2018.

En avance sur bien des artistes de son temps Franz Gertsch ose parfois des techniques archaïques comme un nouveau pari afin de créer des monochromes aux accents hyperréalistes revisités. Un nouveau choix en rien donnée pour acquis fut pour lui la gravure sur bois dite « en criblé ». L’artiste retranscrit un modèle éthéré de photographies sur planches de bois imprimé à la main sur papier du japon en fibres de mûriers et de lin du maître Heizoburo Iwano. L’artiste a réinventé cette technique qui le place au firmament des peintres graveurs.

Gertsch.jpgPar cette approche Gertsch cultive l’illusion revendiquée du photoréalisme en la transposant pour pousser plus loin les limites du réel que l'appareil photographique saisit et que la gravure subsume, densifie et uniformise en faisant du paysage un visage et du visage un paysage. Ces xylographies sont des icônes de l’art. Elles se retrouvent dans les grands musées du monde. L’artiste joue de la monochromie et du sombre comme parfois de la clarté. Il prouve qu’en dépit de l’âge il sait évoluer et ne vit jamais sur des « avantages » acquis. L’instance de la peinture crée un écart afin d’ouvrir la réalité sous-jacente pour la faire respirer et la soustraire à la simple apparence dans une esthétique bioluminescente. Elle fait du Bernois un seigneur des flots de la nature et de l’existence.

Jean-Paul Gavard-Perret

11:55 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)