gruyeresuisse

07/09/2017

MG et les belles carrosseries

MG.jpgDans un esprit post pop’art poétique parfois sulfureux, parfois intimiste, MG (nom d'artiste de Michel Gagnol) crée des montages où l’ironie et l’érotisme animent un jeu acidulé. Sexy et plein d’astuces, les Vénus sont parfaitement carrossées sous forme d’icones récréatives en d’innombrables poses et variations. L’artiste les combine par un dispositif complexe de construction de l’image et un espace subjectif qui représentent une sorte de mises en abîme de l’époque et de ses signes.

MG 2.jpgLes plans s’enchaînent en des montages homogènes et flottants. Surgissent des vanités postmodernes où se lit peut-être la nostalgie du temps qui passe. La femme déborde d’un seul cadre tant elle a besoin d’espace. D’où les compositions multiples. Les parties du corps se télescopent de manière dynamique et enjouée en des ensembles sans cesse recombinés. Si toute forme de réalisme psychologique ou de représentation trop intimiste est évacuée, les images n’en demeurent pas moins profondément liées à la subjectivité. Elles renvoient à la problématique du cadrage des séductrices. Dans un travail pictural du désir et de l’humour, la libido du voyeur qui érige l'attente en dogme en prend pour son grade.

Jean-Paul Gavard-Perret

MG, "Toujours l’été", Galerie Bertrand Gillig, du 7 au 10 septembre 2917.

06/09/2017

La dialectique de René Burri

Burri 3.jpgRené Burri, « Cosmopolitain », Bildhalle, Zurich, du 24 août au 21 octobre 2017

 

Cette exposition créée en étroite collaboration avec la famille de René Burri est la première depuis la mort du photographe en 2014. Schématiquement nommé « humaniste à l’appareil photo », une telle définition le réduit car Burri est avant tout un maître du langage photographique qu’il a métamorphosé.

Burri 2.jpgCertes, en tant que correspondant pour l’agence Magnum, ses photos portent une attention aux problèmes de son époque. Mais il va bien plus loin. Ses tirages argentiques et numériques se donnent comme homogènes et dépassent les vicissitudes historiques et les rapports conflictuels du monde.

Le langage devient chez lui un acte de reconstruction poétique qui dépasse le tumulte et la violence. L’image aspire à un ailleurs dans l’ici-même en tout ce qui vacille entre veille et réveil, réalité et rêve. Ces séparations restent chez Burri souvent infimes pour donner lieu à une dialectique où l’exigence créatrice demeure bien autre que le simple témoigne. La révérence à la métamorphose entre en ligne de compte et rend unetelle œuvre irremplaçable.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

10:13 Publié dans Images, Suisse, Vaud | Lien permanent | Commentaires (0)

05/09/2017

Esther Haase et les « grincesses »

Haase 4.jpgL’artiste allemande vit entre Hambourg et Londres. Elle a étudié le ballet classique avant de se tourner vers la photographie et elle travaille depuis plus de 25 ans pour les grands magazines internationaux. Ses prises sont identifiables grâce à leur lumière particulière et sa façon de scénariser ses égéries telles des personnages, gais, déterminés et forts. Les couleurs violentes soulignent des espaces baroques.

 

Haase 3.jpgEn de tels décors, les personnages d’Esther Haase cultivent des pâmoisons particulières. Fracassantes à leur manière elles montent à l’assaut des magazines de beauté. Mais il leur arrive d’appeler des vœux moins pieux tout en semblant ignorer leur cible. De tels personnages ne sont pas des anges et l’adoration que le voyeur leur porte n’est sans doute pas forcément la bonne. Face au miroir de la photographe elles le font peut-être (car le doute est permis ) comprendre. La séduction fonctionne et celle qui les saisit n’est pas la dernière à jouer la captive face à elles.

Haase 2.jpgElle scénarise leurs caprices et leurs jeux. Et pour les saluer, elle fabrique un monde glamoureux, délicat et drôle. C’est à la fois féroce et poétique. Les sirènes sont marquées d’étoiles de mer qui ne finissent pas forcément en queues de poisson. Tout un peuple intérieur chevauche les belles. Il n’est pas jusqu’aux Edwarda de Bataille de ne plus êtres ici putes ou soumises : elles trouent les surfaces des miroirs moins pour y trouver la grâce qu’afin de créer le trouble.

Jean-Paul Gavard-Perret

Esther Haase, « Esther’s World », Edition Badine Bart, Hatje Cantz, Berlin, 160 p., 50 E.