gruyeresuisse

17/09/2017

Thésée et les mots du silence


Thésée.jpgLa collection « Apostilles » permet d’évoquer ce qui ne peut se dire. Tout reste sur le sceau du secret puisqu’en absence de texte, seul ce qu’il en reste – à savoir ses notes «critiques» - crée des béances dans l’anonyme afin de suggérer quelque chose de plus substantiel que les mots eux-mêmes. De telles incidences à l’absence permettent le passage et le partage du tout.

Thésée3.pngA cause de leurs racines et de l'énigme de leur écorce- marge d'opacité où peu à peu la transparence instruit – les notes unissent à l'arbre de vie du vide ou - si l’on préfère - le goût d'une vérité unique au nom d’un tronc commun via un flux venu ici, selon ce qu’en écrit Thésée, des lieux d’extrême orient.
Thésée 2.jpgLa crête des citations permet de ne pas penser la fixation de manière banale. Elle blesse le ciel de la pointe de sa tendresse. L’apostille permet donc de revenir à ce qui est tu dans un discours nu. Quoi de plus stable qu’un tel déploiement ?

Au tronc, sont préfèrés ses rhizomes toujours premiers. Il convient de suivre les directions qu’en trace implicitement Thésée. Se livrant à un exercice de paradoxal silence elle évoque l’éveil comme une plainte presque religieuse qui rapproche l’éloignement de la proximité selon un rapport confondant.

Jean-Paul Gavard-Perret


Thésée, «Une voix de passage », coll. Apostilles, Danielle Berthet, Aix les Bains, 2017.

 

16/09/2017

Guy Bourdin : mannequins, fiesta et orchidées

Bourdin 3.jpgL’œuvre de Guy Bourdin est présentée, grâce à Samuel Bourdin et Shelly Verthime, au Festival de Tbilissi sous forme d’une sorte diaporama. Il ouvre à l’exploration en profondeur de travaux parfois peu connus (son travail noir et blanc acquis par le MOMA), de ses making-off de shootings et un ensemble de polaroïds mythiques du créateur disparus en 1992. Se retrouvent aussi les séries surréalistes pour la publicité. Comme celle pour Charles Jourdan dont les clichés furent créés lors d'un roadtrip en Cadillac en Grande-Bretagne avec une paire de jambes de mannequin. Ces fausses jambes revinrent de manière récurrente dans les œuvres du créateur lors des scènes de la vie courante : ponton de bord de mer, un quai de gare, etc..

Bourdin 4.jpgUn tel univers tire sa force de la composition graphique comme le prouve les éléments qui retracent son processus de création. L’artiste ne laisse jamais de place au hasard. Tout est d’abord écrit et dessiné avec précision. Le montage permet d’apprécier la créativité d’un précurseur qui a inventé et joué de techniques et concepts devenus monnaies courantes dans l’art et la communication visuelle de notre temps. Ses égéries marchent au cœur du désordre, dans l’étoffe du jour ou de la nuit. Une sorte de houle semble toujours cambrer leurs reins ou les faire plier par les muscles les plus chauds du langage visuel et une colonne sans fin d’humour. Elles sont parfois des orchidées géantes sur les hommes. Le long de leurs jambes ils remercient la lune de telles inflorescences.

Jean-Paul Gavard-Perret

Guy Bourdin, Tbilisi Photo Festival, Fabrika (Georgie), du 13 au 20 septembre 2017

15/09/2017

Steve Hiett : voyeurs sous influence

Hiett 3.jpgL’artiste de mode Steve Hiett crée parallèlement à ses commandes des travaux personnels au Polaroid. Ils sont les prémices aux scènes qu’il imagine pour ses images « officielles ». Sous formes d’assemblages se créent des compositions narratives drôles et insolites. Le glamour devient plus ludique là où les flashs éblouissants saturent de lumière des clichés aux cadres plus ou moins excentrés.

Hiett.jpgLe collage et la juxtaposition de tels travaux préparatoires sont des œuvres en elles-mêmes: le dynamisme et la spontanéité donnent existence à des séquences décalées. Fasciné par ses modèles hyper-sexy le photographe semble les saisir en des situations presque volées. Mais tout est scénarisé et l’escouade des égéries jouent de l’inquiétude, de la surprise comme de l’érotisme. Si bien que le plaisir visuel prend divers détours ou pistes.

Hiett 2.jpgLe photographe feint des approches intimistes parallèles à ses images sur papier glacé. Mais en ces préliminaires l’énergie se bande. La symphonie des couleurs et des formes créent une rythmique érotique faite de jeux de textiles, de maquillages d’objets et de situation selon des pré-requis. Sans le photographe le voyeur en serait exclu. Et ce serait dommage de perdre les prolégomènes à de tels récits.

Jean-Paul Gavard-Perret.

Steve Hiett, « Polaroids », Galerie Madé, Paris14 septembre au 20 octobre 2017. Photographies sur Yellow Corner (Suisse)