gruyeresuisse

27/08/2017

Le grand jeu de Charlotte Herzig


herzig 2.pngCharlotte Herzig, « Hits and Misses », Bartschi, Genève, à partir du 31 aout 2017.

La peinture et la lithographie sont les médiums majeurs de Charlotte Herzig. Elle mélange dans ces deux processus le noir et le blanc comme les couleurs.
Les fleurs, les figures géométriques deviennent parfois des moyens de répéter le même geste ou plutôt de le faire varier afin que le contexte soit vu différemment en une sorte de « grand jeu » à la Daumal qu’elle développe parfois avec Andreas Hochuli comme pour « il frutto dentro di me » ou avec diverses collaborations.

herzig.pngL’artiste aime utiliser divers rappels de couleurs en des stratégies ludiques. Certains éléments demeurent néanmoins parfois isolés. D’où cette constellation de travaux influencés par ce dont l’artiste pense au moment où elle peint avant de se focaliser sur un sujet précis. L’objectif est de créer une atmosphère dans lequel le spectateur peut s’inclure au milieu des murs et au sein de paysages qui peuvent rappeler ceux où l’artiste a grandi. Enthousiasme, improvisation, mais aussi travail restent les maîtres mots d’une telle œuvre pleine d’alacrité. Au milieu du bleu turquoise, du violet ou de teintes plus acides, la peinture propose une chorégraphie visuelle, une suite de mouvements qui ravissent le regard par leur harmonie et leur mouvement.

Jean-Paul Gavard-Perret
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26/08/2017

De L’amour - sinon quoi d’autres ? Jean-Louis Baudry

 

baudry.jpgIl faut plus de 1200 pages à Jean-Louis Baudry pour écrire son livre le plus inattendu. Celui d’amour qui ne devait pas s’écrire mais se vivre. L’existence en a décidé autrement. La femme est morte trop vite. Baudry a pensé faire son deuil par l’écriture en tombant dans la tarte à la crème (ou le piège à zozos) de la résilience. Mais il réussit beaucoup mieux : son journal devient le contraire de ce que le genre évoque généralement. Il monte la contre thèse de la durée figée. L’auteur y vit très fort et ne néglige rien de ce qui vient des déplacements que l’amour a produits non seulement dans son psychisme (voire son machisme) mais aussi sa vision de l’art et de la littérature.

Il y eut comme en prélude un roman « A celle qui n’a pas de nom » comme si « l'objet » de la mémoire ne pouvait se regarder de face. Mais ici l’auteur à renoncé à la diagonale du fou et a trouvé l'angle qui évite l'aveuglement sans plonger dans l'obscurité - ce qui reste un des thèmes de l'art poétique de Baudry. Exit les dispositifs de rideaux, de miroirs qui réfléchissent, interceptent, tamisent une lumière. En lieu et place de la fiction, la tâche que se fixe l’auteur est fractale.,

Baudry 2.jpgPlus que fragment ce journal « extime » restent un amoncellement d’histoires et d’images « vraies » telles des bouées de corps mort et de survie où l’homme devient nu. Une fois écrit, la lutte pour la vie eut du mal à se poursuivre. Mais le livre reste celui du point premier et dernier, il démarre l’espace, le monte, le descend, soulève le logos, porte ailleurs les images. Il plonge dans les abîmes puis s’érige à nouveau dans une forme de sensualité pudique. Mais sa force tient aussi en ce qu’il crée l'instabilité, dénonce la parole trop développée de l’amour et ses miasmes voire de ses enfantillages hors saison. Il casse la probabilité des images, ouvre le monde jusqu’à son effacement. La disparition « improbable » crée donc à la fois une descente et une Ascension.

Au plus près de la vérité de l'être dans sa chair et sa pensée, le livre se dégage de la réalité tangible sans pour autant refuser de s’amarrer à la vie dans un accomplissement de l’écriture. En conséquence avec « Les corps vulnérables » Baudry reprit à sa main la formule du héros beckettien : "Je ne me tairai jamais. Jamais". Chose faite (et écrite) ma messe était désormais dite, le silence apparut. Mais reste l’évangile selon Jean-Louis. Le corps vibre par la présence de celle qui - non divisible et complexe - jusque dans le jeu du désir - méritait un tel hommage à perte de vue.

Jean-Paul Gavard-Perret

Jean-Louis Baudry, « Les Corps vulnérables », L’Atelier Contemporain, Strasbourg, 1250 P., 39 E., 2017.

16:50 Publié dans Lettres, Suisse | Lien permanent | Commentaires (1)

André Butzer : la peinture et rien d’autre

Butzer Bon.pngAndré Butzer, « exposition », Xippas, Genève, du 15 septembre au 28 octobre 2017

 

 

 

 

Butzer.jpgDans l’œuvre de Butzer, au fil du temps, la figuration a disparu au profit de la force pure de la peinture elle-même. L’empâtement et l’emploi de la matière directement du tube à la toile, la rupture avec la couleur sont devenus la marque de fabrique de l’artiste ; ne demeurent que des huiles sur toile en noir et blanc de moyen et de grands formats : jaillissent des espaces minimalistes blancs et verticaux sur fond noir. Au cours de la journée et selon les éclairages le blanc et le noir se chargent de digressions colorées là où le second devient source de lumière dans lequel le premier devient une présence blessante. Ce jeu reste paradoxalement la recherche autour d’un maximum de couleurs puisque le noir et blanc réunissent toutes les teintes existantes.

Butzer 2.jpgExiste la clé à la notion de « N-Bild » inventée par l’artiste. Le « N » fait appel au « Nasaheim », vision utopiste imaginée par André Butzer, mais ce « N » est aussi selon lui est un « nombre d’or » susceptible de trouver un propre chemin dans leurs toiles aux artistes. Celui de Butzer passe par des règles inédites qui se refusent à aucune aune réelle. Le minimaliste de l’artiste exclut le géométrisme et les ressemblances formelles. Les notions de premiers et arrière-plans sont abolis au profit d’un effet de surface inédit. Le travail ouvre à un état critique de la peinture. Mais il n’exclut en rien une émotion là où une telle approche ne peut que désespérer ceux qui tenteraient d’imiter l’œuvre.

Jean-Paul Gavard-Perret