gruyeresuisse

17/06/2017

Trump le Schtropumpf

Trump.jpgCollectif, « We Need to Talk », Ed. Petzel Gallery, New-York et Hatje Cantz, Berlin, 40 p., 25 E., 2017.

La galerie Petzel n’a pas attendu l’intronisation du Dux Imperator Donald Trump pour allumer des contre feux face à lui. Depuis, elle a mis les bouchées doubles en proposant un livre au format particulier (10 posters pliés deux fois pour proposer de fait 80 pages) là où une pléiade de créateurs et non des moindres (Cecily Brown, Paul Chan, Hans Haacke, Rachel Harrison, Jenny Holzer, Jonathan Horowitz, Barbara Kruger, Robert Longo, Allan McCollum, Adam McEwen, Sarah Morris, Dana Schutz entre autres) mettent le paquet pour tenter de faire du monarque un roi nu.

Trump 3.jpgLes artistes inventent toute une calligraphie plastique. Se révèle un mouvement de désobéissance civile selon divers angles et pour casser les chorégraphies de celui qui invente sa propre narration obscène du monde. Sa théâtralité est donc mise à mal à travers diverses expériences plastiques. Le regard s’infiltre dans ce dédale. Les artistes ouvrent la voie à une vérité cachée. S’éprouve l’intimité de l’écart. Elle reste la condition exigeante de l’expression artistique. L’intelligence critique des images propose des transgressions nécessaires face à celui qui force le réel selon « la sainte concision » de vindictes et mensonges.

Jean-Paul Gavard-Perret

16/06/2017

Abbé Louis : Père vert et entorses bénéfiques

Le curé.jpgAbbé Louis, « Le curé travesti », coll. Eros Singulier, Humus, Lausanne


Le directeur de la collection Eros Singulier a été mis - il y a quelques années - sur la piste du journal d’un curé de campagne au cœur de la France. De ce massif central le préfacier et éditeur a retenu les poèmes, fragments, récits ou facéties où le prélat pour se prélasser s’est amusé à compasser les descriptions minutieuses de travestissements et de diverses combinaisons sexuelles.

Le curé 3.jpgLibidineuses, voluptueuse, fantasmatiques et drôles ces œuvres sont plus le fruit d’un pur scripteur que d’un pratiquant. Il est vrai que dans la campagne française au milieu du XXème siècle, un abbé ne pouvait jouer les Molinier. Et le queer demeurait une vue de l’esprit. Le penchant pour la chair devint néanmoins un sacerdoce littéraire dans les moissons d’un prêtre où l’ivresse est préférée au bon grain.

 

 

Le curé 2.jpgLes textes posent la question de ce que l’on voit lorsqu’on lit. Et se perçoit aussi comment un pratiquant de la dérision et de l’autodérision conteste les limites de la sexualisation et la sortie de leurs constructions officielles. L’abbé céda à une succession d’espaces désorientés où s’abolissent les repères.

Nul ne sait s’il fut inspiré, pour ses digressions, par les confessions sulfureuses de ses ouailles ou par les ondulations croupières d’une bonne gironde. En tout état de cause, demeure la méditation lascive d’un abonné à la solitude de presbytère. Surgit de manière compulsive un monde obsessionnel où l’auteur se plut aux infinis arrangements d’entorses de gouffres plus démoniaques que saints. Dieu l’en bénit.

Jean-Paul Gavard-Perret

 

15/06/2017

Gregory Bojorquez : du soleil dans l’eau froide

Borjorquez.jpgLes photos argentiques de Gregory Bojorquez offre un panorama d’un Los Angeles - sa ville natale - populaire. Le tableau de la cité est éloigné des fragrances hollywoodiennes. Se substitue une vision plus profonde, lucide mais poétique. Elle ouvre d’étranges fenêtres où rouillent les épices d’une émotion médiatisée selon un envers de la société du spectacle.

Borjorquez 2.jpgL’image devient la pieuvre douce des corps et le poulpe de lueurs solaires. Des lions et des lionnes dorment ou se reposent. Au sol ou en suspens. Ils ne font rien. Juste parfois une ascension fainéante. D’autres ressemblent à des éléphants humains dont une souris tente la trompe, la grignote (joie de la flibuste).

Borjorquez 3.jpgL’ouverture d’esprit est toujours là comme lorsque le créateur s’amuse à caviarder les situations par d’habiles décadrages. Chaque image est un terrier : comme un renard Bojorquez en sort les lapins pour une nouvelle découverte, un agrandissement particulier en un jeu de déphasages.

Jean-Paul Gavard-Perret

Gregory Bojorquez, « Frame Life », Galerie Bene Taschen, Cologne, du 7 juin au 29 septembre 2017.