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27/06/2017

Fred-André Holzer abraseur de quintessences statiques

Holzer.jpgFred-André Holzer, « Aria et variations », Musée Jurassien des arts, Moutier, du 2 juillet au 27 aout 2017 .

 

 

 

Holzer 2.gifNé à Moutier en 1935, Fred-André Holzer quitte la Suisse pour Paris en 1956 . Récemment disparu, le peintre reste celui de l’indicible par la traversée des données premières de la perception. Il casse une certaine apparence sans annuler en rien l’angoisse éternelle mais en donnant à la hantise de l’air et de l’eau une matérialité intense et diaphane. L’œuvre propose donc un déplacement. Ce n’est pas forcément une connaissance mais un « trait », un jaillissement face à tout ce qui se dérobe dans un jeu de métamorphoses au sein d’éléments épars, disjoints qui recèlent une unité d’ensemble. La lumière reste majeure là où l’anecdote visuelle lorsqu’elle est encore présente crée une immatérialité poétique en une suite de variations que révèle l’aquarelle choisie par l’artiste pour sa fluidité et sa transparence.

Holzer 4.jpgAbraseur de quintessence, Fred-André Holzer joue de l’ellipse, de la biffure et selon une rythmique qui transforme la nappe des apparences en scansions au bord du monde dans la seule volonté d’exprimer l’instant et ce qui le traverse. Holzer 3.jpgExiste là une rupture des images afin que créer ne soit pas une magie décevante qui convoquant le tout ne fait apparaître que le rien. A ce titre l’aquarelle devient une idée plus étonnante que la représentation : elle ne garde du réel que le flux, le mouvement.

Jean-Paul Gavard-Perret

16:34 Publié dans Images, Suisse | Lien permanent | Commentaires (0)

25/06/2017

Matthias Bruggmann : sans concessions.

 

Brugman 3.jpgMatthias Bruggmann vient d’obtenir le prix de la deuxième édition du Prix Elysée le prix du Musée de l’Elysée de Lausanne pour son projet « A haunted world that never shows » sur les conflits de Proche-Orient créé à la suite de son travail commencé en 2012 sur le conflit syrien. Le « simple » reportage - qui est déjà un exploit vu le nombres de photographes tombés au combat - se double d’un angle d’observation particulier. L’artiste effaçant tout présupposé de parti pris a étendu son périmètre d’investigation pour implicitement « décrire » la complexité du problème en ouvrant un malaise qui n’est plus seulement d’ordre moral (les bons d’un côté, les mauvais de l’autre).

Brugman 2.jpgLa violence devient ainsi multimodale et le photographe élimine les points de vue partisans afin de donner à ses prises une homogénéisation d’ensemble. Si bien qu’une telle approche demeure résolument ouverte et le conflit est saisi de manière radicale loin des codes d’interprétation. Ce télescopage devient un journal extime de ce qui se passe à la fois par une imprégnation au plus près du terrain mais aussi une forme de décontexualisation de l’analyse idéologique. L’envers et l’endroit du conflit se rencontrent et font apparaître de nouvelles interfaces.

Baumann bon oui.jpgL’information est donc transfigurée pour un nouveau message ou « dialogue » au sein d’éléments hybrides qui se répondent. Ils se « lisent » de diverses manières hors récit préconçu. Une telle expérimentation permet à l’artiste d’exprimer ses angoisses face à la gravité du conflit et la violence qui ignore les idéologies en présence. Le système est imparable : le trouble personnel que suscitent des catastrophes montre aussi comment l’histoire et l’actualité rencontrent l’expérience intérieure du créateur. La violence s’inscrit ainsi au cœur du monde à travers ses constats et interrogations. Une telle re-présentation se veut un partage particulier hors grilles ou clés. Tout demeure comme la résolution du conflit et la nature guerrière du monde : en suspens.

Jean-Paul Gavard-Perret

24/06/2017

Toutous pas snobs : Marty Goldstein

Goldstein 3.jpgMarty Goldstein n’obéit pas forcément aux toutous mais il en exhausse le règne en des bronzes jouissifs. A la rudesse du monde, le Californien préfère l’attention aux vies de chiens. Il faut dire qu’ils sont moins bêtes qu’humains. Sans dire des uns ou des autres qui en sortira grandit.

Sous le climat de l’Ouest américain, l’artiste sculpte ses toutous stupéfiants, se met à leur remorque, leur élan afin de nous propulser sous le charme enjoué de leurs physiques dodus ou altiers, pansus ou efflanqués. De manière insidieuse et pleine de tact il pousse la débauche et la transgression. Goldstein.jpgChaque toutou vit à sa guise : mais leurs pulsions restent de bonne facture. Le toutou - contrairement à l’homme - n’est pas guidé par son sexe. On peut même dire qu’il n’en a cure. A l’inverse du Gai-Luron de Gotlieb et des loups-bars de Crumb, les bas ventres des larrons de Goldstein ne sont pas gonflés d’amalgames douteux. Chaque chien semble savoir que ça existe mais c’est toutou. La modération semble bien de son côté.

Jean-Paul Gavard-Perret